Suisse: L’Allemand Johannes Rau présente sa conception de la politique à Berne
Berne, 10 mars 1999 (APIC) L’ancien Ministre-président de Rhénanie-Westphalie, Johannes Rau croit au primat du politique sur l’économie. Ce fils de pasteur fait aussi référence aux valeurs de la Bible et estime que le Sermon sur la montagne doit inspirer ceux et celles qui font de la politique. Il a redit ses convictions mardi soir au Kursaal de Berne dans le cadre de la deuxième réunion de «Vision pour la Suisse – Réflexion fédérale».
Johannes Rau, pressenti pour la prochaine présidence de la République fédérale d’Allemagne, s’est exprimé devant quelque 150 cadres dirigeants suisses des milieux de la politique, de l’économie, de l’armée, de la science, de la culture et des Eglises. Une allocution de bienvenue a été prononcée par Ruth Dreifuss, présidente de la Confédération.
Peut-on faire de la politique en s’inspirant de l’Evangile en particulier du Sermon sur la montagne? Johannes Rau, du parti social-démocrate (SPD), dans une analyse méticuleuse du thème de la journée : «Quelles valeurs choisissons-nous? Pour un style de direction axé sur les valeurs», préfère poser la question autrement : «Peut-on faire de la politique sans s’inspirer du Sermon sur la montagne? Des valeurs, comme la justice, la miséricorde, la solidarité et la fraternité sont des références fondamentales en politique. Mais pour transmettre ces valeurs, la formation a une importance centrale.
Johannes Rau ne soutient pas une formation qui sert uniquement à augmenter le savoir des citoyens, mais il veut celle qui mène à une maturité accompagnée d’émotions et à la faculté de prendre ses responsabilités.
Attention aux beaux discours
Il ne manque pas de beaux discours, ironise-t-il, en faveur de ces valeurs en politique. Mais il manque surtout des réalisations concrètes qui s’inspirent de ces valeurs. La raison de cette inefficacité provient de l’égoïsme, mais celui-ci peut être dépassé par un agir moral. Une exigence que l’on peut exiger de chacun..
Joahnnes Rau a également parlé des relations entre la politique et l’économie. Il est persuadé que le marché a besoin d’être régularisé, car ce marché est totalement aveugle face aux valeurs. Les prix doivent donner des signaux écologiques justes. Il faut aussi savoir connaître les limites de la croissance économique et ne pas négliger la détérioration lente de la nature. L’image qu’ont les responsables politiques de l’homme et de la vie en société est tout fait décisive en ces domaines.
Si on abandonne le primat de la politique – qui doit être légitimé démocratiquement – sur l’économie, ce serait fatal. On pourrait alors dire adieu à la démocratie! Nous devons aussi, dans le domaine de la technique, respecter de bons tabous, comme par exemple les interventions dans le domaine génétique ou le clonage humain.
Un monde guérissable
Dans sa conclusion de son intervention parsemée de pointes d’humour, Johannes Rau a cité le savant juif Pinchas Lapide. Ce dernier proclame sa conviction que ce monde n’est «ni en bonne santé, ni irrécupérable. Mais il est guérissable». «L’amélioration du monde est aussi bien un message de la Bible qu’un cri avertisseur pour ceux qui veulent créer le ciel sur la terre», ajoute l’orateur du jour
Dans son message à l’assemblée, Ruth Dreifuss a montré combien l’action éthique dépend de perspectives transcendantales. Elle a dit de façon très franche qu’elle ne se réclame pas de ceux qui croient «en un Dieu tout puissant». Cependant «je crois quand même que nous avons beaucoup de choses à faire ensemble et que notre action doit être bâtie sur nos valeurs humaines communes».
Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses, présent à Berne, a déclaré à l’agence APIC qu’une telle réunion donne aux chrétiens une motivation supplémentaire de s’investir pour travailler à un monde meilleur. En faisant référence aux valeurs décisives de leur foi.
La rencontre «Vision pour la Suisse» est organisée pour la deuxième fois cette année. Elle a eu lieu sur l’initiative du groupe de travail «Vision pour la Suisse- Réflexion fédérale», présidée par Bernhard Seiler, député UDC au Conseil des Etats, représentant du canton de Schaffhouse. (apic/com/ba)
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