Indonésie: Les émeutes interreligieuses se poursuivent à Ambon
Djakarta, 10 mars 1999 (APIC) Les violences interreligieuses qui opposent chrétiens et musulmans se poursuivent en Indonésie. A Ambon, dans les îles Moluques, au moins deux personnes ont été tuées après que les troupes indonésiennes aient tiré des coups de semonce contre les émeutiers, rapportent mercredi les médias indonésiens. Des milliers de personnes armées de lances, de machettes et de cocktails Molotov se sont une nouvelle fois affrontées à Ambon, une ville de 250’000 habitants située à 2’300 km à l’est de Djakarta.
Mercredi tôt le matin, un chrétien a été retrouvé poignardé dans un marché qui a été totalement incendié dans l’ouest d’Ambon. Dans le même temps, plus de 40 maisons appartenant à des musulmans étaient détruites par le feu dans une autre partie de l’île. Ces nouvelles violences font suite à des pourparlers destinés à rétablir la paix à Ambon. Mercredi, des leaders religieux chrétiens et musulmans ont lancé un appel à la population en faveur de la paix et de la réconciliation. «Tous les hommes religieux devraient se maîtriser, dominer leurs émotions et déposer les armes», ont déclaré dans leur appel commun l’évêque catholique d’Ambon, Mgr Petrus Canisius Mandagi, et le chef musulman d’Ambon Sanusi.
Appel à la guerre sainte contre les chrétiens
Les islamistes accusent les chrétiens «d’épuration ethnique» à Ambon, une région à prédominance chrétienne dans les îles Moluques. Les incidents intercommunautaires qui ont éclaté depuis le début de l’année ont déjà fait plus de 200 morts, tandis que plus de 3’000 maisons et des dizaines d’églises et de mosquées ont été incendiées par les émeutiers. Des dizaines de milliers de personnes ont déjà fui la zone dévastée par les émeutiers.
L’armée indonésienne a envoyé une «task force» composée d’officiers, chrétiens et musulmans originaires d’Ambon, dirigée par le général Suaidy Marabessy, ainsi que plus de 3’000 soldats, mais ils ne sont pas encore parvenu à rétablir le calme. Ces violences ont suscité des grandes manifestations de rue à Djakarta, capitale de l’Indonésie, qui ont rassemblé des milliers de militants musulmans aux cris de «Allahu Akbar! (Dieu est grand!) et de «Djihad!» (Guerre sainte!)
L’armée sur la sellette
Les fondamentalistes accusent l’armée de mollesse et exigent qu’elle «enquête sérieusement» sur la possible «implication des chrétiens et des Eglises», accusées par les musulmans d’inciter à la violence contre les musulmans. Les manifestations d’étudiants de mercredi font suite aux marches de protestation qui ont vu défiler plus de 100’000 musulmans dimanche dans les rues de Djakarta. Une marche de protestation a également eu lieu dans la ville de Bandoung, à l’ouest de Java.
Les premiers incidents à Ambon ont éclaté en janvier dernier, et les violences entre chrétiens et musulmans en Indonésie – le plus grand pays musulman du monde – ont augmenté considérablement depuis la chute du dictateur Suharto en mai de l’année dernière. Des troubles interreligieux ont éclaté dans la capitale Djakarta en novembre dernier déjà. L’Indonésie passait récemment encore pour un exemple de coexistence interreligieuse.
Une des causes majeures du mécontentement de la population chrétienne d’Ambon vient du fait que le gouvernement central apparaît de plus en plus ouvertement musulman à ses yeux. L’ancien président Suharto avait nommé un certain nombre de chrétiens dans son cabinet et parmi les responsables militaires, et les musulmans s’estimaient sous-représentés dans les sphères du pouvoir. Cette situation a été inversée depuis l’arrivée aux affaires du président Habibie, provoquant des craintes au sein de la petite minorité chrétienne. La crise économique qui a paupérisé des millions de personnes a encore déstabilisé une situation sociale déjà explosive, encore aggravée par la politique de migration interne qui a déplacé des populations entières et provoqué l’hostilité de populations indigènes qui vivaient jusque-là, comme à Ambon, en parfaite harmonie. (apic/kna/bbc/be)
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