Actualité: Mgr Kurt Koch est depuis trois ans évêque de Bâle. A quelques mois du Synode des évêques pour l’Europe, il analyse la situation de son diocèse.

APIC – Interview

Mgr Kurt Koch est depuis trois ans évêque de Bâle

« Certaines attentes étaient irréalistes »

Par Josef Bossart, de l’Agence APIC

Soleure,

(APIC) Trois ans après son entrée en fonction, Mgr Kurt Koch évêque de Bâle n’est pas déçu de n’a voir pu répondre à toutes les attentes placées sur lui. Beaucoup d’entre elles étaient irréalistes, explique-t-il aujourd’hui. En tant qu’évêque Mgr Koch réaffirme la nécessité de vivre en communion non seulement avec Rome mais avec l’ensemble de l’Eglise universelle. Des changement tels que l’ordination d’hommes mariés ou le diaconat féminin ne peuvent se faire qu’avec l’accord de tous.

Pour l’évêque de Bâle, les leçons de la démission de son prédécesseur Mgr Hansjörg Vogel n’ont pas toutes été tirées. L’évêque porte une lourde responsabilité et ne peut pas être seulement quelqu’un sur qui projeter ses désirs.

APIC: Vous êtes depuis trois ans à la tête d’un diocèse où le manque de prêtres est toujours plus grand. Comment vivez-vous cette difficulté ?

Mgr Kurt Koch: C’est le problème le plus brûlant et le plus difficile qui m’occupe tous les jours. Lorsqu’il y une nouvelle vacance dans une paroisse et qu’il n’y a pas de prêtre à disposition, c’est toujours une décision douloureuse.

APIC: Les solutions ne se trouvent pas sous la main…

K.K.: Certaines solutions sont dans mes mains. Je suis toujours persuadé que nous ne faisons pas tout ce que nous pourrions et devrions faire pour la pastorale des vocations. Dans le diocèse de Bâle, je vis une attitude double. On souligne volontiers le besoin urgent de prêtres lorsqu’il est question de nouvelles voies d’accès au sacerdoce. Mais si je parle de pastorale des vocations, c’est-à-dire de la question de trouver de nouveaux prêtres, la réticence grandit. Cela signifie une insécurité certaine sur la situation du prêtre dans le diocèse. Ce qui n’est pas précisément le meilleur terrain pour de nouvelles vocations sacerdotales.

APIC: Certains estiment que la question de nouvelles voies d’accès à la prêtrise en particulier l’ordination d’hommes mariées pourrait trouver une réponse prochaine à Rome, grâce à une pression plus forte des évêques…

K.K.: C’est un peu le problème du diocèse de Bâle. On a l’impression qu’il y a d’un côté le diocèse de Bâle, et de l’autre Rome et que s’il y avait une meilleure compréhension, la chose serait résolue. Mais le problème n’est pas simplement à Rome, c’est celui de tout l’épiscopat mondial. Nous sommes les membres d’une Eglise universelle. En tant qu’évêque, je suis lié à un collège d’évêques dont la majorité, pour autant que je puisse m’en rendre compte, ne désire pas pour l’instant ouvrir de nouvelles voies d’accès aux ministères.

APIC: Mais les choses bougent. Le Synode des évêques pour l’Océanie l’a montré. Nombre d’évêques ont souhaité l’ordination d’hommes mariés. En automne aura lieu le Synode pour l’Europe. N’est-il pas utile que vos collègues d’Océanie aient mis la question sur la table ?

K.K.: Je suis un peu surpris de voir comment le Synode pour l’Océanie a été exceptionnellement pris en considération. Car les évêques suisses, lors de leur visite ad limina en 1997, ont apporté à Rome exactement la même préoccupation. Malheureusement les médias n’ont alors parlé que du diocèse de Coire. Dans l’environnement difficile de la situation de Coire, cette préoccupation n’a été abordées que trop brièvement.

Le Synode pour l’Europe a un thème beaucoup plus fondamental : « Jésus Christ, vivant dans l’Eglise, source d’espérance pour l’Europe ». Il s’agit donc plus fondamentalement de la situation de foi de l’Eglise en Europe. Les questions du ministère sacerdotal et de l’ordination d’hommes mariés en font certainement partie, mais ce ne sera pas le thème principal.

APIC: Les évêques d’Allemagne, d’Autriche et de Suisse pourraient dire: « Chez nous le manque de prêtres est un des plus graves problèmes. Comment pouvons nous le résoudre ? » Est-ce un scénario imaginable ?

K.K.: Il n’est pas seulement imaginable, il est réaliste. Mais il ne faut pas donner l’illusion que le Synode sur l’Europe est le forum où on traitera de cette question. Lors d’un tel synode nous pouvons seulement aborder le problème et travailler pour qu’un autre synode, universel celui-là, s’en saisisse.

APIC: Dans le diocèse de Bâle, ne faut-il pas aussi avoir le courage de remettre radicalement en cause les structures paroissiales actuelles pour définir de nouveaux modèles pastoraux ?

K.K.: Seul un évêque d’un autre diocèse peut poser de telles questions; là où il a plus d’influence sur les structures de la vie ecclésiale. Nos structures de droit ecclésiastique sont trop lourdes pour développer de tels modèles.

En France par exemple, un diocèse n’a absolument rien à faire avec une Eglise nationale. Ainsi un diocèse s’est entièrement restructuré pour passer de quelque 300 paroisses à 80. Cela s’est passé très sérieusement. Pas simplement par un décret épiscopal, mais avec un dialogue local pour tenir compte des conditions sociales et psychologiques. Une telle chose n’est pratiquement pas réalisable chez nous.

APIC: Ne peut-on tout de même pas revoir la carte pastorale du diocèse ?

K.K.: Mes prédécesseurs ont fondé de nouvelles paroisses en assez grand nombre parce qu’il y avait alors une nécessité pastorale. Aujourd’hui, il faut au contraire se poser la question: quelles paroisses sont-elles encore viables ? La vie de la communauté justifie-t-elle le maintien de la paroisse ? Cette question doit être posée indépendamment de celle du manque de prêtres. J’ai l’impression que nous avons un problème encore plus fondamental : le manque de communauté. La question est de savoir si une paroisse est une vraie communauté et si elle prend au sérieux ses tâches fondamentales. Lorsque je constate comment la fréquentation des églises recule, je vois qu’au fond le manque de prêtres n’est que relatif car il évolue parallèèlement à ce recul.

APIC: Vous parlez de « manque de communauté ». Pouvez-vous être plus précis ?

K.K.: Par tradition, nous partons toujours d’une pastorale présente dans tous les secteurs. Cela signifie que l’individu veut voir ses besoins religieux être satisfaits par des employés d’Eglise. La question est maintenant de savoir si cette individualisation de la pastorale ne doit pas être repensée à travers ce que j’appelle le « faire communauté » de la paroisse. La communauté paroissiale découvre qu’elle porte elle-même la responsabilité principale de la vie communautaire et elle réfléchit si dans la situation actuelle, complexe, elle a la possibilité d’être une véritable communauté locale où s’il faut organiser la vie pastorale en collaboration avec les communautés voisines. C’est ce que nous avons commencé à faire avec les fédérations pastorales.

APIC : Et comment se définit une communauté ?

K.K.: Ma conviction fondamentale est que la communauté ne se construit pas d’abord elle-même à travers ses activtés, mais par l’eucharistie. C’est pourquoi nous devons nous poser la question: comment arriverons nous le dimanche à pouvoir fêter naturellement l’eucharistie? Chaque paroisse ne peut plus le faire toute seule. Il faut donc une collaboration entre les paroisses. Il m’est difficile de comprendre qu’une communauté qui a encore un prêtre à disposition ait trois messes le dimanche, et qu’une paroisse voisine, qui n’a plus de prêtre, ne puisse pas en avoir une. Ne peut-on pas mieux partager les possibilités de célébrations afin que les paroisses voisines puissent célébrer l’eucharistie ?

APIC: En Suisse, généralement, l’appartenance à une Eglise est liée au paiement d’un impôt ecclésiastique obligatoire. Comment voyez-vous le développement de cet aspect des relations Eglise-Etat ?

K.K.: Je ne sais pas. Car ce n’est pas l’Eglise, mais le peuple qui décide de l’avenir de l’Eglise en Suisse. Notre système ecclésiastique fonctionnera aussi longtemps que le peuple le voudra bien. Si, dans certains cantons, des initiatives pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat aboutissent, nous nous retrouverons au point zéro. C’est un souci pour moi. Nous autres, du côté de l’Eglise, nous vivons toujours dans l’espoir que nous continuerons dans les cadres actuels pour toute éternité.

Nous devons réfléchir sur ce qu’est vraiment l’Eglise de l’avenir. Une chose est sûre: le système de droit ecclésiastique tel que nous le connaissons en Suisse, n’existe nulle part ailleurs dans l’Eglise universelle. L’Eglise peut vivre dans des situations sociales très diverses et avec des règles très différentes pour ses relations avec l’Etat.

APIC: Lors de votre arrivée à la tête du diocèse, il y a trois ans, vous avez suscité de grands espoirs. N’êtes vous pas déçu de n’avoir pu répondre à toutes les attentes ?

K.K.: Au fond je suis content que certains espoirs soient atténués parce qu’ils étaient irréalistes. Parce qu’on attendait de moi des choses qu’on ne peut pas attendre d’une manière réaliste d’un évêque. On a en outre retenu de manièère très sélective ce que j’ai dit en tant que professeur de théologie. Je ne vois pas de rupture dans ma biographie comme certains observateurs ont pensé pouvoir le dire.

Une partie de ces espoirs étaient totalement irréalistes. Ainsi une théologienne laïque m’a récemment dit: ’Tu t’es toujours prononcé comme professeur pour le diaconat des femmes. Comme évêque tu n’en as ordonné aucune. Tu n’es pas cohérent.’ Je dois répondre que si le théologien a pour tâche de trouver des chemins praticables pour l’Eglise, l’évêque, au contraire, doit s’y engager. Et s’il n’en a pas la compétence, il ne peut pas le faire. On ne prend absolument pas en considération le fait que je m’engage toujours au sein de l’Eglise universelle pour le diaconat des femmes, mais on mesure uniquement mon action sur ce que je fais ou ne fais pas maintenant.

Si on se rappelle vraiment ce que j’ai dit après mon élection, j’ai placé au deuxième rang de mes priorités l’ouverture à l’Eglise universelle. On dit aujourd’hui : « le voilà qui arrie avec son Eglise universelle ». Je l’ai dit dès le départ, mais on ne m’a pas écouté.

APIC L’accumulation de problèmes non résolus est toujours plus sensible pour un évêque ?

K.K.: Oui. Mais honnêtement je dois dire que c’était déjà le cas pour mon prédécesseur Hansjörg Vogel. On a projeté sur lui tous les espoirs possibles et impossibles. Et lors de sa démission, on n’a jamais voulu prendre en compte qu’il s’agissait en partie d’espoirs irréalistes. De son départ tragique, on a trop peu appris sur la responsabilité d’un évêque. (apic/job/mp)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/actualite-mgr-kurt-koch-est-depuis-trois-ans-eveque-de-bale-a-quelques-mois-du-synode-des-eveques-pour-l-europe-il-analyse-la-situation-de-son-diocese/