Europe: Document sur l’Europe de la COMECE

« Vérités, mémoire et solidarité… » clés pour la paix?

Bruxelles, 15 mars 1999 (APIC) Les problèmes européens liés au chômage, à la drogue, à la criminalité, à l’intolérance croissante à l’égard des minorités ethniques ainsi que qu’au terrorisme, inquiètent les évêques européens. Qui viennent de tenir, à Bruxelles, une session de deux jours dans le cadre de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (COMECE).

Dans un document de 20 pages – « Vérités, mémoire et solidarité: clés de la paix et de la réconciliation » – adressé le 11 mars aux hommes politiques, mais également aux citoyens de l’Europe, les évêques se réjouissent que « le temps des guerres massives paraît résolu », mais déplorent la guerre dans les Balkans. Au terme de leur réunion, tenue les 11 et 12 mars dans la capitale belge, les évêques délégués des quinze pays membres de l’Union européenne, prônent une politique commune de paix et de sécurité, fondée sur la justice.

Dix ans après la chute du mur de Berlin, les évêques européens constatent que leur continent se trouve dans une situation inédite: selon eux, le temps des guerres massives paraît résolu. Premier signe d’évolution positive à leurs yeux: « La réunification de l’Europe, scindée en deux puissances militaires surannées, a pu s’accomplir sans heurts, ce qui a sensiblement réduit la menace d’une guerre nucléaire dévastatrice ». Ils déplorent cependant la guerre dans les Balkans, qui continue à faire « la honte et la tristesse » des Européens. « Au vu des risques d’escalade dans les conflits régionaux, la paix en Europe est donc loin d’être un acquis ».

Pour la CONECE, la prolifération des armements conventionnels ajoute encore à l’insécurité. En outre, dans chaque pays, « les questions de justice politique et sociale se font sans cesse plus pressantes. L’augmentation du chômage, en particulier parmi les jeunes, la consommation de drogues, la criminalité et le climat croissant d’intolérance et de réactions de violence face aux minorités nationales, aux étrangers et aux migrants menacent de détruite la paix à l’intérieur même de la société », écrivent les évêques. S’y ajoute les menaces que font planer sur l’Etat de droit et la démocratie « le terrorisme et la criminalité organisée ».

Faire face à la situation

« L’Europe est-elle capable de faire face à la situation nouvelle? » Telle est, selon Mgr Lucien Daloz, archevêque de Besançon et délégué de l’épiscopat français à la COMECE, la question que les évêques européens se posent depuis deux ans. « Depuis la signature du Traité de Maastricht, le pilier européen de politique étrangère et de sécurité se cherche encore, tout comme les moyens de faire exister une force militaire crédible, de se concerter avec l’OTAN, de décider rapidement ensemble, de financer de multiples organisations… »

A ces questions, la COMECE n’a pas de solution directe à proposer, mais un éclairage qu’elle puise dans la tradition biblique et dans la tradition ecclésiale, spécialement dans les documents pontificaux ou épiscopaux qui ont traité de ces questions depuis le Concile Vatican II. Les évêques en arrivent ainsi à mettre en relief un enjeu majeur qui reste une « question-clé »: les diverses menaces qui pèsent sur la paix ne trouvent-elles pas « leurs racines communes dans une revendication excessive d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt collectif perçu dans sa globalité? C’est l’intérêt collectif qui devrait nous guider vers une action solidaire au sein des systèmes sociaux et politiques. Nos actions ne sont-elles pas dirigées par le désir de satisfaire les intérêts particuliers par des rapports de force? »

Les regards portés sur l’évolution récente de l’Europe conduisent les évêques à proposer plusieurs pistes concrètes, qui sont à considérer comme autant de chantiers de travail. Premier chantier: « Fonder l’avenir de l’Europe sur la solidarité et la justice ». Il importe que les accords et les solutions soient recherchés en vertu d’un équilibre des intérêts, qui puisse être considéré comme juste et solidaire par toutes les parties intéressées. De même, disent les évêques, « la considération d’intérêts nationaux doit rester compatible avec la protection des réfugiés et des persécutés et la garantie de leurs droits fondamentaux ».

Agir contre les intégrismes

Une autre piste invite à « agir contre les intégrismes par le développement durable ». Les mouvements intégristes suscitent d’autant plus d’attraits, observent les évêques, que leurs membres ou leurs sympathisants ressentent leurs existences individuelles « comme dénuées de perspectives ». Il convient donc de « couper les racines politiques et sociales des intégrismes de leur terre nourricière », grâce à une politique de coopération qui contribue de manière significative à « l’amélioration du sort des plus défavorisés de ce monde ». Coopérer au développement, mais aussi, insistent les évêques, « ne tolérer aucun relâchement des efforts de désarmement et de contrôle de l’équipement militaire ».

La dernière réflexion engage au développement de « la confiance mutuelle par l’éducation et la formation ».

Les évêques demandent en conclusion aux citoyens européens de « ne pas faiblir et de poursuivre leurs efforts afin que l’on prenne conscience, dans la construction et le développement des institutions et des instruments d’une politique européenne commune, qu’une paix juste et durable ne relève pas de la pure utopie ». (apic/cip/pda/pr)

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