21 mars: Consultation nationale de l’EZLN sur les droits des Indios
Mexico, 16 mars 1999 (APIC) Alors que le gouvernement mexicain rejetait le 15 mars « en raison d’imprécisions » le projet législatif sur les droits des peuples indigènes rédigé par la Commission de Concorde et Pacification (COCOPA), qui sert de médiatrice dans le conflit armé du Chiapas, une nouvelle attaque contre la « théologie indigéniste » a été lancée par Mgr Onésimo Cepeda Silva, évêque d’Ecatepec.
Pour le prélat mexicain, la théologie indienne, « qui interprète la foi à partir d’idéologies et politise la foi » (…) « fait peu ou rien du tout en faveur des Indios ». Notons que le dimanche 21 mars, les zapatistes organisent dans tout le pays une « Consultation nationale » sur les droits des Indios. Coïncidence ou non, Mgr Cepeda, président de la Commission de communication sociale de la Conférence épiscopale mexicaine (CEM), a déclaré que « la meilleure preuve que quand l’Eglise politise sa prédication, quand elle se met à faire de l’idéologie et non à évangéliser, elle perd tout simplement des fidèles », rapporte mardi l’agence de presse catholique conservatrice ACI-PRENSA.
L’évêque d’Ecatepec, une des régions du Mexique où l’on rencontre de nombreux Indios catholiques, relève que l’Eglise a le devoir de recourir à la dénonciation sociale quand il s’agit de défendre les droits de l’homme, « mais l’idéologisation de la foi ne défend pas vraiment les indigènes ».
Des « agents venus de l’extérieur »
Dans une interview concédée au quotidien mexicain « El Universal », Mgr Cepeda affirme que ce type d’interprétation idéologique de la foi ne vient pas des indigènes eux-mêmes, « mais de l’extérieur ». « Ce sont des questions encouragées par des agents extérieurs à la communauté catholique » qui divisent le pays. Et l’évêque d’Ecatepec d’affirmer qu’à l’intérieur de l’Eglise elle-même, certains désirent maintenir le Chiapas en état d’ »ébullition ». Pour le prélat mexicain, l’actuelle « théologie indigéniste » constitue un élément qui divise la communauté catholique en privilégiant la recherche d’objectifs sociaux plutôt que l’authentique évangélisation des peuples indigènes.
Il est intéressant de noter qu’au même moment, le site Internet du diocèse de San Cristobal de las Casas – dans le collimateur du gouvernement et des secteurs conservateurs de l’Eglise mexicaine – produit des textes en défense et illustration de la « théologie indigéniste ». Annonçant le mois dernier son départ à l’automne pour raison d’âge, après quatre décennies à la tête du diocèse de San Cristobal de las Casas, Mgr Samuel Ruiz García, « l’évêque des Indiens du Chiapas », relevait que son travail en faveur des Indiens et de la paix était plus encouragé que jamais par les paroles de sollicitude pour les indigènes que le pape Jean Paul II a prononcées lors de sa dernière visite pastorale au Mexique.
Pas la première attaque contre le diocèse de San Cristobal de las Casas
Quelques temps auparavant, l’évêque de San Cristobal de las Casas était sévèrement attaqué dans un document publié sur le site Internet de l’archidiocèse de Mexico. La théologie indigène au Mexique et le travail pastoral de Mgr Ruiz étaient massivement mis en cause dans un article intitulé « Jean Paul II, indigènes et théologie ». Suite à de nombreuses réactions indignées, l’archevêché de Mexico a dû platement s’excuser de cette attaque surprenante faite à l’insu de l’archevêque de Mexico, le cardinal Norberto Rivera Carrera. Ce dernier a présenté ses excuses au diocèse de San Cristobal de las Casas, aux évêques du diocèse et à ses fidèles.
Dans sa lettre, le cardinal primat du Mexique déclare ressentir pleinement le malaise que cette publication a sans aucun doute provoqué. L’auteur du pamphlet n’hésitait pas à parler de « perversité pastorale » dans la théologie indienne, « comme le montre clairement le cas du Chiapas ». Les agents de la pastorale du diocèse étaient rendus responsables de l’aggravation de la guerre civile entre indigènes.
Mettre un terme à la « guerre d’extermination » au Chiapas
Dimanche 21 mars, la guérilla zapatiste réalisera une consultation nationale pour obtenir la reconnaissance des droits des peuples indigènes du Mexique et « pour mettre fin à la guerre d’extermination » qui se déroule au Chiapas. L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a convoqué cette consultation pour chercher des appuis au projet de loi rédigé fin 96 par la COCOPA, la commission législative responsable de créer les conditions politiques pour les négociations de paix entre les guérilleros zapatistes de l’EZLN et le gouvernement mexicain. Il s’agit de mettre en œuvre les Accords de San Andrés sur les droits et la culture indigène signés par le gouvernement et l’EZLN. Le 12 mars dernier, 5’000 sympathisants de l’EZLN ont quitté leurs communautés de l’Etat du Chiapas et se sont rendus dans tous les coins du pays pour participer aux travaux de la « consulta » sur les droits des Indios mexicains.
Les zapatistes demandent la participation de toute la population mexicaine afin qu’elle se prononce dimanche prochain sur l’acception ou le refus de la militarisation du Chiapas, la reconnaissance constitutionnelle des droits des indigènes et la participation des citoyens dans la processus de paix. (apic/aciprensa/dioc/be)
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