Philippines : L’Eglise se mobilise contre un traité militaire avec les Américains
Manille 21 mars 1999 (APIC) L’Eglise catholique des Philippines se mobilise contre la ratification d’un traité entre Washington et Manille qui autorise les Américains à continuer leur «jeux de guerre» dans la région. Une pétition portant 800’000 signatures a été envoyée le 11 mars au Sénat à Manille pour empêcher le «USA/Philippines Visiting Forces Agreement» (VFA).
Une marche pacifique de protestation de 2’000 personnes, menée par l’évêque de Marbel, Mgr Dinulado Gutierrez, par l’évêque de Iba, Mgr Deogracias Iniguez, et par Soeur Rosanne Mallillin, secrétaire du bureau d’action sociale de la Conférence épiscopale – la commission Justice et Paix -. s’est également déroulée devant le parlement à Manille.
Le VFA entre le gouvernement des Philippines et celui des Etats-Unis a pour but de permettre aux forces armées américaines de poursuivre leurs «jeux de guerre» dans la région. «Pendant 44 ans, de 1947 à 1991, les dirigeants du gouvernement ont cru que la présence des forces militaires américaines assureraient la sécurité sociale, politique et économique. Or c’est un fait indéniable que cette présence a mis en danger notre sécurité nationale, a entraîné la déroute de notre économie, a transformé notre environnement, et a enlevé toute dignité à un nombre incalculable de femmes et d’enfants», dénonce le Secrétariat national d’action sociale. Le traité VFA «est une mesure décevante, anormale, et injuste entre deux nations souveraines. Il prévoit des privilèges spéciaux aux forces en visite, et n’accorde à notre pays que des assurances qui ne sont pas contenues dans les clauses de la VFA.»
Le secrétariat national de l’Action sociale a mobilisé ses membres pour participer à l’action de protestation. Une caravane anti-VFA tout autour de l’île de Mindanao au sud du pays lancée à l’initiative des diocèses de Mindanao, a démarré le 15 mars.
«En tant que Philippins, nous demandons que soit reconnu le fait de la subversion de notre dignité nationale et de notre souveraineté» par les forces militaires, souligne Soeur Mallillin. «Notre pays a connu 100 ans de lutte avec des milliers de morts pour se libérer de la domination militaire étrangère. Nous ne pouvons tolérer que les enfants de cette génération et de la génération à venir aient à souffrir ce que nos ancêtres ont dû souffrir. Nous sommes contre le VFA parce que nous croyons fermement qu’il détruit l’intégrité des créatures de Dieu.»
Le président Estrada renie ses convictions antérieures
«En acceptant ouvertement la ratification du traité VFA, le président Joseph Estrada s’éloigne de son peuple qui l’a admiré pour son attitude patriotique contre les bases US en 1991», relève de son côté la secrétaire générale de l’Association des Supérieures majeures des Philippines soeur Lyn Nakanilaw. En 1991, en effet, le futur président Estrada était parmi les sénateurs opposés à l’extension des bases US dans le pays. Il produisit même un film où il tenait le rôle principal, qui traitait des abus du personnel américain dans la ville de Olongapo, où sont stationnées les principales bases US.
«Le peuple philippin n’a pas chassé les troupes américaines et les derniers vestiges de l’occupation américaine dans notre archipel pour voir tout cela remplacé par une autre forme de domination à la manière du VFA», relève Soeur Nakanilaw. (apic/fides/mp)
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