Broc: Journée «Portes ouvertes» au «Village de la Paix»

Pour une culture de la non-violence

Broc, 1er février 1999 (APIC) « Le Village de la Paix », installé à Broc depuis mars 1997, peine à prendre sa vitesse de croisière, le rythme qui était le sien avant son déplacement du Flueli-Ranft, de la Suisse alémanique en terre romande. Deux raisons à cela, dit-on: les travaux ne restauration du bâtiment de l’Institut de Bouleyres mobilisent plus d’énergie que prévu. Mais, surtout, son implantation en Gruyère tarde à se faire connaître. D’où l’idée d’organiser, samedi 6 février, une journée « Portes ouvertes », destinée au public. Que les responsables de l’Association voudraient le plus large possible.

Le « Village » a été fondé en 1981 par les organisations de jeunesse catholiques alémaniques « Blauring » et « Jungwacht ». Depuis 1983, ce « Village » a pu s’appuyer sur la Communauté des Sœurs de Ste-Dorothée, dans le lieu symbolique et significatif du Flueli-Ranft, là où vécu saint Nicolas de Flüe. Des difficultés d’ordre relationnel et structurel avec la Communauté de Sœurs ont cependant mis un terme à la collaboration. Le bail entre les deux parties a été résilié en 1995. Après deux ans de recherche, l’Association a jeté son dévolu sur le vétuste bâtiment des Pères de Notre-Dame de la Salette, une ancienne école catholique reconvertie en maison de colonies de vacances.

Après 20 mois consacrés à des travaux de rénovation et de mise en place d’une structure de travail, le « Village de la Paix » devrait désormais pouvoir se concentrer sur ses activités. A savoir la « recherche de la paix intérieure des personnes », mais aussi jouer la fonction de pont entre les régions, les cultures et les mentalités suisses. « C’est le rôle du ’Village », relève Josef Wirth, curé de Flawil, dans le canton de St-Gall, et coordinateur du projet. Il faut, assure-t-il, construire des ponts entre la paix spirituelle intérieure et la paix concrète, dans le monde, l’Eglise et la société ».

Une cinquantaine de lits

Lieu de retraite et de cours destiné aux écoles, aux paroisses, aux jeunes et aux familles, le « Village » est ouvert toute l’année. Les participants ont la possibilité de suivre des cours sur des sujets liés à la vie quotidienne, à l’apprentissage de la non-violence, ou encore aux violences contre les enfants ou entre enfants, sans oublier les aspects politiques de la paix. Actuellement, une cinquantaine de lits sont disponibles.

« Lorsque nous sommes arrivés, les locaux ne permettaient pas d’accueillir beaucoup de monde. D’où l’accent mis sur la rénovation des chambres et des salles communes », explique aujourd’hui Anita Thomas, une jeune théologienne protestante, collaboratrice de projet et responsable des activités. Dès mars prochain, et jusqu’en octobre, toutes les semaines sont largement occupées au « Village » par des familles, des écoles qui viennent en classe verte, par des camps organisées dans le cadre de la préparation à la confirmation, à la première communion… »

Le « Village de la paix » séduit moins que le « Friedensdorf »

Selon les statistiques de l’Association, 50’000 personnes ont fréquenté le « Village de la Paix » durant son existence au Flueli-Ranft. Soit une moyenne de près de 5’000 personnes annuellement. Depuis son installation en terre gruyérienne, un petit millier de personnes, seulement, enfants et adultes, ont profités de l’infrastructure offerte. Mais seules environ 200 personnes – dont 80% de Suisses alémaniques – ont pris part aux activités proposées. Les chiffres sont éloquents. Echec? Le « Friedensdorf » du Flueli-Ranft séduisait-il davantage que « Le Village de la Paix » de Broc? A moins que la notion théorique de l’approche de la non-violence et de la paix ne connaisse elle aussi son « röstigraben » dans son interprétation?

Le « Village » de Broc est encore peu connu, reconnaît Anita Thomas « Il fallait faire un choix entre l’aspect technique, la réfection de la maison et le désir de nous faire connaître en Suisse romande. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de présenter un programme annuel et une palette variée d’activités, de formation et de rencontres thématiques liées à la paix, à la non-violence. Nous organiserons en outre un week-end sur la consultation œcuménique des Eglises à propos de l’avenir économique et social de la Suisse, un autre sur la place des femmes dans le travail…Le « Village » s’engagera enfin pour la décennie de la non-violence, décrétée par l’ONU en décembre dernier, afin de promouvoir une culture de la paix par différentes actions menées notamment auprès des jeunes ».

Encore mal connu par les habitants de Broc, le « Village de la Paix » tentera de démontrer qu’il n’est pas simplement une « machine » supplémentaire à fabriquer des utopies à coups de mots, dans le but de faire du bien au niveau des consciences. Pas facile….dans un monde confronté aux problèmes de famille, au social, au chômage et à la pauvreté…. qui sont autant de pièges à la paix. La culture de la non-violence est-elle seulement possible ne serait-ce qu’à l’école déjà, où domine le concept du meilleur. Où la compétition est érigée en valeur absolue? Pas simple, en effet, admet Anita Thomas. « Nous avons tous en nous une forme de violence, d’agressivité. Sans agressivité, on ne peut pas vivre, c’est la mort. Pour pourvoir manger ou encore travailler, par exemple, il faut un fond d’agressivité. La question? A partir de quand je deviens destructif? Où se situe la frontière entre l’agressivité nécessaire à la survie et l’agressivité destructrice? C’est là la limite à ne pas franchir ».

Cette journée « Portes Ouvertes », insiste encore Anita Thomas, servira à montrer que nous existons maintenant à Broc. Nous entendons faire découvrir nos travaux de rénovations, l’église aussi, qui menace de s’écrouler sur ses bases, montrer enfin combien les gens ont investi de leur personnes… (apic/pr)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/broc-journee-portes-ouvertes-au-village-de-la-paix/