Brésil: Nouvelles et inquiétantes tendances au sein de l’Eglise
Rio de Janeiro, 7 février 1998 (APIC) Le fossé entre l’Eglise et les pauvres se creuse au Brésil. Les coups de boutoirs assénés à la théologie de la libération perturbent les communautés de base. Et de nouvelles tendances, par forcément réjouissantes, font surface au sein de l’Eglise catholique brésilienne. Une chose est certaine: l’option de l’Eglise catholique pour les pauvres est en déclin au Brésil, comme l’atteste un document de réflexion et d’analyse sur la situation de l’Eglise locale élaborés par les jésuites, très présents dans le pays.
Le projet de la Commission de planification apostolique de la province jésuite de Baya (Rio de Janeiro), qui présente les difficultés et les défis que doivent affronter aujourd’hui les catholiques brésiliens, en est l’illustration. Miguel Martins Filho, jésuite, en rend compte pour la revue missionnaire italienne « Popoli ».
Le chemin parcouru par l’Eglise catholique en Amérique latine depuis 40 ans a été marqué, rappelle le Père Martins Filho, par l’éveil d’une nouvelle conscience de l’Eglise (les communautés de base), lié au rapport qu’elle entretient avec les pauvres et les jeunes (les deux options retenues à Puebla) et à une vision théologique plus tournée vers la réalité de l’oppression que connaît le continent (théologie de la Libération). Le choix en faveur des pauvres, qui caractérise l’Eglise catholique et constitue la directive essentielle d’action pastorale, a connu, observe-t-il, « un certain déclin dû à une radicalisation idéologique et à une action sécularisante sans inspiration évangélique réelle, comme si l’Eglise était incapable de toucher le coeur des pauvres et de leur offrir consolation et espoir ».
Crise d’identité des communautés de base
Le réveil de nouvelles tendances au sein de l’Eglise, le Père Martins Filho l’attribue notamment à la chute du communisme, à « l’essor d’une pensée subjectiviste post-moderne » (l’affirmation de l’individu) et à une plus grande implication de l’Eglise dans la vie sociale, spirituelle et personnelle. Ce réveil se traduit « par une crise d’identité des communautés de base et par le développement au sein de l’Eglise de nouvelles organisations, très différentes des associations traditionnelles ».
On s’attendrait à ce que des lettres pastorales, si elles veulent avoir un impact de transformation sociale, prennent naissance au sein des communautés de base et s’y alimenter, écrit le religieux jésuite; au lieu de quoi elles « risquent au contraire de s’en éloigner et de se transformer en ’’mouvements’’ d’idées autonomes ». Dans le même temps, le pentecôtisme se révèle chaque fois un phénomène religieux libéré des structures ecclésiastiques traditionnelles, mais qui va à l’encontre d’une foi plus proche de l’homme.
De l’avis du Père Martins Filho, ces facteurs ont bouleversé ces derniers temps certaines caractéristiques de l’Eglise. Il est, en effet, « impossible d’ignorer les difficultés rencontrées pour faire travailler ensemble les mouvements, les communautés, les paroisses et les diverses pastorales. Malheureusement, cela s’est souvent traduit par des tensions et des conflits », écrit-il.
Divorce avec les pauvres, les laïcs, les jeunes
Le jésuite poursuit l’analyse: « Le manque de créativité dans l’option en faveur des pauvres (comme action d’assistance et de promotion sociale), l’inexistence d’un engagement plus politique, accompagné d’une formation de la conscience civile, ont crée un fossé entre l’Eglise et les problèmes sociaux concrets. La peur d’affronter le pluralisme religieux, au moment où le catholicisme a cessé d’être la seule religion, est associée à l’incapacité de développer un dialogue oecuménique et interreligieux. La tendance à concevoir la religion catholique à partir de la réalisation d’événements de masse se manifeste alors, laissant apparaître un esprit de compétition plus que de compréhension et de dialogue.
« Aux nouveaux ministères et services qui se créent dans l’Eglise, tendent à substituer des activités réalisées précédemment par les prêtres et ne favorisent pas les actions des laïques en faveur de l’Eglise. Ce phénomène est accentué par un certain autoritarisme de la hiérarchie catholique qui décourage souvent les laïcs à participer aux décisions ecclésiastiques ».
Enfin, alors que le sacré attire de plus en plus les jeunes, l’Eglise a des difficultés à leur transmettre l’expérience de la foi dans un message adapté à leur mentalité. La recherche d’une « immédiateté pastorale », plus gratifiante, car ne nécessitant ni formation spécifique ni prise de conscience, rend difficile une véritable évangélisation, écrit le Père Martins Filho. Aujourd’hui, constate-t-il, on privilégie « la dimension du sacrement, dissociée d’une authentique formation chrétienne adaptée à la vie; en outre, « l’exaltation de l’individu dans la culture actuelle crée une religion personnifiée, repliée sur la sphère privée, qui ne compromet pas la foi avec les engagements éthiques et moraux, qui ne se préoccupe pas de la vie ». (apic/cip/pr)
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