Le Vatican classe l’affaire

Assassinat à la Garde suisse: Conclusions de l’enquête

Vatican, 8 février 1998 (APIC) Le dossier sur l’assassinat du Commandant de la Garde suisse est classé par le Tribunal du Vatican, a annoncé lundi la Salle de presse du Saint-Siège. Celle-ci précise que l’enquête menée depuis neuf mois par le promoteur de justice du Vatican a abouti à la conclusion que «les époux Estermann ont été tués par le vice-caporal Cédric Tornay, lequel s’est ensuite immédiatement donné la mort avec le même pistolet d’ordonnance».

La mère de Cédric Tornay a immédiatement réagi, en affirmant détenir la preuve que son fils a été assassiné. Elle l’a déclaré dans un entretien paru dimanche dans la presse italienne. Quant à la Conférence des évêques suisses, par la voix de Nicolas Betticher, porte-parole, elle relève qu’elle a toujours souhaité que la vérité soit faite sur les événements du 4 mai, et cela pour le bien de toute les personnes impliquées par ce drame.

Le rapport du Vatican révèle notamment que le jeune Cédric Tornay consommait du cannabis. Des substances de ce produit ont été décelé dans son urine. 24 joints de cannabis a en outre été retrouvés dans ses effets personnels.

C’est par un décret daté du 5 février 1999 que le juge d’instruction du Tribunal du Vatican, Gianluigi Marrone, a conclu au classement des actes relatifs à la mort, le soir du 4 mai 1998, du nouveau commandant de la Garde suisse, le colonel Alois Estermann, de sa femme Gladys Meza Romero, et du vice-caporal Cédric Tornay. Le communiqué publié par la salle de presse du Vatican précise que, ce faisant, le Juge d’instruction s’est rallié à la thèse du promoteur de Justice du Vatican, l’avocat Nicola Picardi, qui a demandé, le 1er février dernier, de «ne pas engager d’action pénale», vu les résultats de ses neuf mois d’enquête.

Pour cette enquête, précise le communiqué officiel, ont été réalisées «dix expertises nécroscopiques, anatomo-istopatologiques, toxicologiques, balistiques, graphiques et technico-téléphoniques», confiées à des spécialistes, parmi lesquels des professeurs réputés de l’une des trois Universités d’Etat de Rome, celle de Tor Vergata. Par ailleurs, cinq rapports de police judiciaire ont été demandés à l’Inspection générale du Corps de police du Vatican.

38 personnes entendues

Trente-huit personnes ont été entendues comme témoins, complétant «de nombreuses demandes d’informations et de rapports faites à des offices publics de l’Etat de la Cité du Vatican et de la Conférence des évêques suisses», ainsi que des études réalisées par des photographes et autres techniciens. C’est à la suite de ces expertises, conclut le communiqué qu’»on est parvenu à la conclusion que les époux Estermann ont été tués par le vice-caporal Cédric Tornay, lequel s’est ensuite immédiatement donné la mort avec le même pistolet d’ordonnance».

Le bulletin officiel du Saint-Siège cite pour compléter cette information de larges extraits de la relation faite par l’avocat Nicola Picardi, promoteur de Justice du Vatican, au juge d’instructeur du Vatican, Gianluigi Marrone à l’issue de son enquête.

Les conclusions de l’enquête ne dissipent en rien les doutes soulevés immédiatement après les événements, constatent les observateurs à Rome, doutes qui portent tant sur le déroulement du délit que sur les motifs du meurtrier présumé. Beaucoup sont en outre irrités par le fait que le Vatican, «Etat souverain», a choisi de confier cette enquête à sa propre justice.

Documents en lieu sûr

La mère du vice-caporal valaisan conteste d’ailleurs la version vaticane des faits. «Les trois morts du 4 mai dernier ont été victimes d’une machination et la version officielle est pleine de dissimultations, de contradictions et de mensonges afin de cacher la vérité probablement inconfessable», soutient Muguette Baudat-Tornay. Celle-ci précise qu’elle tient «deux documents de grande importance en lieu sûr», qui «contraindront le Vatican à dire la vérité». Selon elle, «le colonel (Estermann) avait vu ou su quelque chose qu’il n’aurait pas dû savoir ou voir». La mère du jeune vice-caporal Tornay relève encore que «les espions ne manquent pas au Vatican. Des gens ont organisé une mise en scène dans le seul but d’éliminer Estermann et d’avoir un assassin fou et mort».

Enfin, assure-t-elle Mme Tornay, «plusieurs personnes ont exercé une pression pour me détourner de mon combat pour la vérité. La mère du jeune Tornay affirme encore avoir écrit au pape, mais qu’elle n’a jamais obtenu de réponse. Elle pense que la missive n’est pas parvenue dans les mains de Jean Paul II.

On s’attend donc à ce que les conclusions de l’enquête soient contestées et à ce que les hypothèses non évoquées par le Vatican soient présentées par la presse italienne, comme cela avait été le cas en mai dernier, sous des titres tels que «drame de l’homosexualité», «malaise profond dans la Garde suisse depuis plusieurs années», ou encore «Estermann espion de l’Allemagne de l’Est».

La première enquête avait été effectuée immédiatement après le délit par le juge unique de l’Etat de la Cité du Vatican, Gian Luigi Marrone. Un juge habituellement chargé de traiter les affaires de droit commun dans la Cité du Vatican, et qui avait pris à ce moment-là les fonctions de juge d’instruction au premier degré (pour les premiers actes de l’instruction: premiers témoignages, autopsies, tests toxicologiques, empreintes digitales…), avant de transmettre le dossier au promoteur de justice – l’avocat Nicola Picardi – en vue d’une enquête plus approfondie.

Version des faits, côté Vatican

L’annonce par le Saint-Siège, le 8 février 1999, du classement de l’affaire de l’assassinat du Commandant de la Garde suisse et de sa femme est accompagnée de larges extraits de la relation faite par l’avocat Nicola Picardi, promoteur de Justice du Vatican, à l’issue de son enquête, au Juge d’instructeur du Vatican, Gianluigi Marrone.

Les éléments présentés à la presse ont pour but d’expliquer comment le promoteur de Justice est arrivé à la conclusion selon laquelle «les époux Estermann ont été tués par le vice-caporal Cédric Tornay, lequel s’est ensuite immédiatement donné la mort avec le même pistolet d’ordonnance».

Il ressort de ces extraits que l’enquête a porté essentiellement sur deux points: la reconstitution des faits d’une part, et une étude psychologique du vice-caporal Cédric Tornay d’autre part, celle-ci pouvant expliquer que le garde suisse ait agi de cette façon.

La reconstitution des faits s’appuie principalement – en plus des expertises scientifiques – sur le témoignage d’un ami proche des époux Estermann dont le coup de téléphone a été interrompu brutalement à 21 h ce soir-là. Des bruits et des coups remplaçant au bout du fil la voix du nouveau Commandant avec lequel il était en train de parler.

Une grande partie de l’enquête a porté sur l’éventualité de la présence d’une quatrième personne lors du drame. L’hypothèse n’a finalement pas été retenue, aucune trace d’entrée dans l’appartement des époux Estermann n’ayant été par la suite retrouvée, alors que les allées et venues des uns et des autres peuvent facilement être reconstituées dans l’espace restreint du quartier de la Garde suisse.

Deuxième témoignage de grande importance retenu au cours de l’enquête, celui de la religieuse habitant le même immeuble que les époux Estermann. Accourue immédiatement après les faits, elle a affirmé avoir entendu les pas d’une personne montant les escaliers de l’appartement quelques instants auparavant, alors qu’elle-même prenait l’ascenseur pour monter chez elle.

Nombreux examens

La relation du promoteur de Justice fait mention, pour la réfuter, de l’hypothèse souvent apparue dans la presse italienne selon laquelle quatre verres auraient été retrouvés sur un meuble de l’appartement. Le communiqué indique qu’aucune trace de verre n’a été retrouvée par les experts.

Enfin, les extraits fournis montrent que les examens physico-chimiques portant sur les cinq coups de feu qui ont été tirés, ont prouvé qu’ils l’avaient tous été de la main du vice-caporal de la Garde suisse.

Après les expertises, l’hypothèse retenue comme la plus vraisemblable sur le déroulement du drame a été celle-ci: le Garde suisse s’est présenté à la porte de l’appartement des Epoux Estermann. Entré dans la salle de séjour, il a immédiatement tiré deux coups de feu sur le colonel qui se trouvait alors au téléphone. Il s’est ensuite retourné vers Gladys Meza Romero sur laquelle il a alors tiré un troisième coup, sans la toucher, avant de l’atteindre par un quatrième. Enfin, c’est contre lui-même qu’il a tiré son dernier coup.

Amateur de cannabis

Une grande partie de l’enquête a donc concerné les raisons qui ont pu motiver une telle action. La relation du promoteur de Justice signale que d’après cette enquête «il n’y a pas eu «une unique cause», mais «un ensemble de motifs», liés à des raisons «subjectives» et «objectives».

Parmi les raisons «subjectives», liées au tempérament et au caractère de Cédric, a été découverte la présence d’un kyste dans une partie de la boîte crânienne du jeune homme, pouvant expliquer chez lui certains «troubles de comportement».

Il est également fait mention de témoignages selon lesquels, tout en étant une personne généralement «courtoise et gentille», il avait fréquemment des comportements «singuliers» , caractérisés par des «manques de respect» et des marques «d’irresponsabilité», en particulier vis à vis de ses supérieurs, l’ensemble traduisant une personnalité «peu équilibrée».

Par ailleurs, des analyses ont permis de constater qu’il lui arrivait de fumer du cannabis. Enfin, le témoignage de la jeune fille italienne qu’il a eu téléphone une demi-heure avant le drame, a mis en relief de sa part un état excessif d’»anxiété» et d’»émotivité» ce jour-là, alors qu’il avait été particulièrement actif toute la journée en dépit d’une broncho-pneumonie dont il souffrait alors.

Parmi les raisons «objectives» mentionnées dans les extraits présentés à la presse, se trouvent essentiellement celle de la nouvelle de la nomination d’Alois Estermnann comme nouveau Commandant de la Garde suisse, accueillie par Cédric Tornay d’un «je m’en fous», le vice-caporal considérant que cette «mauvaise nouvelle» était compensée par «la super-nouvelle d’un travail en Suisse» qu’il venait de se voir confirmer.

Une autre raison dite «objective» à cette action, pourrait être le fait qu’il venait d’apprendre qu’il ne recevrait pas la médaille de reconnaissance à laquelle il s’attendait.

Le rapport souligne que c’est l’ensemble de ces éléments qui peut expliquer l’action de Cédric Tornay, celui-ci n’étant pas «en pleine possession d’une complète maturité psychique». Cela, conclut le rapport, s’est manifesté jusque dans la façon précipitée dont s’est passé le crime. (apic/imed/pr)

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