Suisse: Requérants d’asile criminels ou criminels requérants d’asile ?
Berne,
(APIC) La criminalité réelle ou supposée parmi les requérants d’asile en Suisse est un des thèmes favoris d’une certaine presse et des politiciens populistes. Selon une étude de l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) présentée vendredi à Berne, quelque 10% des requérants ont eu à faire avec la police. Depuis quelques années, le nombre des criminels requérants d’asile est effectivement en nette hausse. Pour l’OSAR cependant cette constatation ne doit pousser à restreindre encore davantage les conditions d’accès au droit d’asile, mais plutôt inciter à mieux encadrer les requérants.
Les chiffres de la délinquance parmi les requérants d’asile sont effectivement élevés. Il faut cependant les prendre avec prudence, car les statistiques criminelles en Suisse sont très lacunaires, relèvent les auteurs de l’étude Marcel Eisner, de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich et Marcel Niggli de l’Université de Fribourg. Seul le canton de Zurich dispose de statistiques assez complètes depuis 1989. L’évaluation sur la plan suisse est donc en grande partie extrapolée de la situation zurichoise. Le trafic de drogue, les cambriolages et le vol à l’étalage sont les délits les plus fréquemment commis par des requérants d’asile. Les crimes contre les personnes restent généralement rares.
Parmi les requérants criminels, les Albanais, les Algériens et les ressortissants de l’ex-Yougoslavie forment la majorité. Turcs, Sri-Lankais et Bosniaques ont par contre peu maille à partir avec la justice. Il n’existe en outre aucun lieu entre le taux de criminalité chez les requérants d’asile et le nombre de demandes déposées au cours d’une année.
Des peurs entretenues par l’ignorance
Pour l’OSAR; le jugement négatif et les peurs face aux requérants d’asile sont également dus à la confusion entretenue quant à la qualification des crimes. Il s’agit en particulier d’opérer une distinction beaucoup plus claire entre criminels appartenant à des réseaux organisés oeuvrant sous le couvert du droit d’asile et requérants d’asile interdits de travail sombrant dans la petite délinquance, relève Chistian Levrat, chef du service protection de l’OSAR. En outre, trop souvent, criminalité et déviance sociale sont mis sur un pied d’égalité. Ainsi une commune d’Argovie a réclamé l’expulsion d’un requérant coupable d’avoir parqué sa voiture sur la case «visiteurs» devant son immeuble !
Face aux vrais criminels, un durcissement de la procédure d’asile restera cependant sans effets. Il leur est facile soit de se présenter en touristes, soit de vivre dans la clandestinité. Il appartient donc aux autorités pénales de combattre ce phénomène. Les auteurs de délits graves doivent être poursuivis et condamnés. Ils ne doivent être expulsés qu’après avoir purger leur peine de prison en Suisse. Il en va de la crédibilité de notre système judiciaire et pénal, rappelle Christian Levrat.
De nombreux requérants ont subi la violence et l’oppression
L’autre catégorie concerne surtout la petite délinquance commise par des requérants. On ne peut pas oublier trop facilement le climat de violence et de répression dans lequel ces gens ont vécu auparavant, rappelle l’OSAR. L’armée et la police sont vues par ces jeunes comme arbitraires et iniques. Seule une assistance adéquate peut les aider à se débarrasser de cette violence.
A leur arrivée en Suisse, les requérants sont en outre dans une situation très précaire et condamnés à l’oisiveté. Entre une vie quotidienne faite d’incertitudes, des conditions de vie matérielle très simples et le luxe apparent de la société suisse, la place pour les frustrations est grande. Comment avec 3 francs d’argent de poche par jour ne pas être tenté par la délinquance? Ce qui est étonnant, relève Christian Levrat, n’est pas qu’une minorité commette des délits, mais bien que la majorité se conforme scrupuleusement à nos lois.
Sortir de l’impasse
Pour sortir de l’impasse et de l’affrontement idéologique sur la problématique des requérants criminels, l’OSAR propose des éléments de solution. Il convient d’abord de disposer d’outils statistiques performants permettant de rassembler des données de base fiables.
Il est indispensable ensuite de renforcer la collaboration entres les diverses instances impliquées: Confédération, cantons, œuvres d’entraide. Trop souvent, autorités de police, de contrôle, et d’assistance agissent sans concertation. Cette collaboration doit en outre intégrer les organismes regroupant les étrangers en Suisse.
Côté juridique, la loi sur l’asile et les mesures de contraintes adoptées par le peuple en 1994 sont suffisantes pour faire face àà la criminalité, estime l’OSAR. Créer des institutions spéciales pour y «détenir» les cas difficiles ne serait pas compatible avec notre ordre juridique.
Face aux cas «difficiles» où le risque de tomber dans la délinquance apparaît élevé, l’OSAR propose des ébauches de solutions: contrat de prestation entre le centre et le requérant, développement de l’offre d’occupation et de formation, intervention thérapeutique pour les requérants traumatisés, sanctions contre les visiteurs non-enregistrés. Ces solutions exigent une discussion ranche, sans a priori idéologiques entre les divers partenaires, conclut l’OSAR. (apic/com/gs/mp)
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