APIC-Reportage
Notre-Dame des Marches a pris des airs de Sainte-Marie de la Mer
Pierre Rottet, de l’agence APIC
Broc, 13 février 1999 (APIC) Quelque 100 personnes, tous gens du voyage, se sont retrouvées samedi à Notre-Dame des Marches, à Broc, pour un pèlerinage, le cinquième du genre. Un pèlerinage qui a coïncidé, pour une vingtaine d’adolescents et d’adultes, avec la quatrième et dernière session de préparation à la confirmation et à la communion, qui aura lieu le 6 mars à Fribourg sous la présidence de Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire à Genève.
Notre-Dame des Marches a pris samedi des airs de mini Sainte-Marie de la Mer, la mer, la Camargue, la grande foule et les chevaux en moins. Mais le froid et la neige en plus. Et quelle neige, dans cette région fribourgeoise de la Gruyère, ensoleillée pour la circonstance. Pour la cinquième fois en effet, les gens du voyage, se sont rassemblés avant de retrouver les espaces et les routes aux premiers reculs de l’hiver.
Guitares, cierge grandeur humaine, ambiance bon enfant… il ne manquait rien, dans la chapelle, pour lancer la cérémonie. Pas même le natel de service. Notre-Dame des Marches n’en est sans doute pas encore revenue. Ils n’étaient qu’une centaine, de tous les âges et de tous les sexes à avoir bravé le froid. Beaucoup ont été retenus à cause de l’état des routes, soutient l’un d’eux, qui n’aurait pour rien au monde, dit-il, voulu manquer ce rendez-vous. Et surtout, le baptême officiel, pourrait-on dire, du désormais tout nouveau « Mouvement catholique suisse des gens du voyage ». On estime à quelque 30’000, le nombre de gens du voyage en Suisse,
Il ne manquait rien non plus, lorsque la procession s’est mise en marche. Et surtout pas la roulotte miniature, symbole des gens du voyage, gitans, manouches, roms et jenischs confondus, brandie bien haut pour affirmer une identité.
L’histoire ne nous a pas ménagé
Une identité que Fritz revendique. C’est la première fois que ce dernier participe à ce pèlerinage. Il n’en ratera désormais plus aucun, assure-t-il, comme il ne manque jamais, depuis 40 ans de se rendre ponctuellement chaque année aux Saintes-Marie de la Mer. Jenisch, Fritz a épousé une manouche. Agé de 70 ans, il ne sait ni lire ni écrire. « Je ne suis jamais allé à l’école. A l’époque, on ne pouvait pas y aller, sous peine de se faire ramasser ». Son regard sur une page peu glorieuse de la Suisse et de l’attitude, à l’époque, de Pro Juventute se fait dur, à l’évocation de ces moments pénibles.
« L’histoire ne nous a pas ménagés. Combien de gens du voyage ont péri dans les camps nazis sans que quiconque aujourd’hui n’intervienne. Nous autres n’avons ni avocats aux Etats-Unis, ni rien pour défendre notre mémoire. Qui s’intéresse d’ailleurs à nous, jette encore Fritz. Là où nous allons, les communes nous reçoivent souvent mal. Quant aux populations, elles nous perçoivent encore et toujours comme des voleurs de poules. Même l’Eglise a eu de la peine à s’approcher de nous ».
Une cérémonie pénitentielle, une eucharistie et la bénédiction des familles ont mis un terme à ce 5e pèlerinage. (apic/pr)
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