Turquie: La répression conte les Kurdes ne faiblit pas
Fribourg, 18 février 1999 (APIC) L’arrestation du leader kurde Abdullah Oçalan et les manifestations qui ont suivi dans toute l’Europe jettent une lumière crue sur le désespoir du peuple kurde de Turquie. La négation absolue de l’identité kurde interdit toute idée de dénouement politique pacifique. Aux yeux des Turcs, la solution du problème kurde ne peut être que militaire.
Alors que l’attention internationale se focalise aujourd’hui sur le Kosovo, la question kurde qui dure depuis plus d’un demi-siècle n’est toujours pas réglée. Pire, sur le terrain en Turquie, la situation ne cesse d’empirer. L’Association turque de défense des droits humains parle pour 1997 de 114 personnes mortes à la suite de tortures dans les commissariats, 56 disparus, 109 assassinats perpétrés par des «inconnus» et 366 cas de tortures. Si Amnesty International n’avance pas de chiffres aussi élevés, elle fait état de nombreux cas de tortures, d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions. Tout cela sans parler des opérations militaires suivies de représailles de part et d’autre.
A la répression politique s’ajoute la misère sociale. Dyarbakir, la «capitale» des Kurdes de Turquie, compte 3’000 enfants de la rue. Les autorités turques se sont engagées dans une spirale de la violence à laquelle on ne voit aucune issue, expliquait récemment devant l’ACAT Malik Ozden, collaborateur du Centre Europe tiers monde de Genève. Une tendance encore renforcée par l’accord militaire avec Israël qui donne à la Turquie un poids supplémentaire dans la région. L’implication probable des services secrets israéliens dans l’arrestation d’Oçalan en apporte une nouvelle attestation.
Aujourd’hui quatre des huit députés kurdes au parlement turc condamnés à de lourdes peines de prison, pour leur soutien présumé à la lutte du PKK ont été relâchés. Les quatre autres, ainsi que le célèbre écrivain Ismail Besikçi, occupent toujours des cellules de la prison centrale d’Ankara.
L’accord survenu en 1998 à Washington entre les deux chefs kurdes irakiens Talibani et Barzani prévoyant la tenue d’élections au Kurdistan irakien a provoqué l’ire des Turcs. Même si une clause de cet accord prévoit de chasser le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) d’Irak.
Elections anticipées en avril prochain
Enfin la perspective des élections anticipées en Turquie même, en avril prochain, inquiète sérieusement le pouvoir en place. L’arrestation du leader kurde Oçalan sera sans doute un argument de poids dans la bataille électorale.
Une Suisse officielle bien trop tolérante
L’attitude de la Suisse officielle face au problème kurde n’est pas sans inquiéter Angeline Fankhauser. La Conseillère nationale socialiste bâloise est choquée de voir comment la Turquie exerce un chantage sur le reste du monde. Tout tourne en fin de compte autour de l’exploitation et surtout de l’acheminement du pétrole. La question kurde va se résoudre par la question du pétrole, prédit-elle.
En Suisse, certains politiciens ont fait de la limitation de l’afflux des réfugiés leur cheval de bataille, mais personne ne s’attaque au fond des problèmes. «La Confédération est ainsi sur le point d’offrir la garantie des risques à l’exportation (GRE) pour la construction d’un grand barrage, précisément au cœur du territoire kurde. Or quand on connaît l’importance de la répartition de l’eau dans ces régions…»
Yavus Bimbay, un homme de terrain
Yavus Bimbay, réfugié politique en Suisse après avoir subi la torture, a renoncé à son statut pour retourner dans son pays. Il développe aujourd’hui une série de projets sociaux à Dyarbakir pour permettre aux Kurdes de rester au pays. Avec une aide de 40’000 francs de l’ACAT suisse, il a mis sur pied la fondation «Iykav» pour la réinsertion des femmes et des enfants ayant subi la torture. Ainsi dans la société occidentale, une femme violée trouvera généralement aide et protection, en Orient elle sera rejetée, explique-t-il. Il s’agit donc non seulement d’offrir des soins médicaux, mais une aide psychologique et un travail permettant une réinsertion sociale. Le centre a été ouvert en septembre pour une trentaine de femmes et d’enfants mais il y a 250 demandes, relève Yavus Bimbay.
Autre projet social, mené à bien avec le soutien de l’œuvre suisse d’entraide ouvrière (OSEO), la mise en route d’une boulangerie industrielle pour fournir à bas prix 20’000 pains par jour à la population locale. Comme Yavus Bimbay accomplit une véritable œuvre sociale et qu’il s’en tient strictement aux normes légales, les autorités turques n’osent pas l’inquiéter sérieusement, même s’il a été arrêté, interrogé et détenu durant quatre jours l’été dernier. «Qui ne risque rien n’a rien !», commente-t-il sobrement. (apic/mp)
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