Agitation politico-médiatique autour d’un éventuel voyage de Jean Paul II à Hong Kong
Rome/Shanghai, 19 février 1999 (APIC) Depuis la fin du synode des Eglises d’Asie, en mai 1998, chacun spécule sur le lieu d’Asie qui sera choisi par le pape Jean Paul II, en 1999, pour publier son « exhortation » finale qui doit être la conclusion du Synode des Eglises d’Asie. Inde, Vietnam, Chine ont été tour à tour mentionnés comme des possibilités. Des possibilités bien improbables toutefois. Regard sur la question.
L’agitation politico-médiatique auteur d’un éventuel voyage dans cette région du monde, et en particulier à Hong Kong pourrait bien n’être que feu de paille. La visite, jeudi 18 février au Vatican, du ministre des Affaires étrangères de Taïwan, n’est en outre pas faite pour favoriser l’éventualité d’un voyage en terre chinois, fut-elle sur territoire de Hong Kong.
L’éventualité d’un voyage du pape dans l’un de ces trois pays pose des problèmes politiques différents pour chacun d’entre eux. En Inde, dans le climat actuel de violences anti-chrétiennes, la venue du pape pourrait être perçue comme une provocation par les militants de l’hindutva, partisans d’une identification entre l’hindouisme et la nation indienne, et soupçonnés d’être à l’origine de la plupart des agressions contre les chrétiens au cours de ces derniers mois.
Au Vietnam, les autorités ne peuvent que s’effrayer à l’idée qu’un tel voyage provoquerait d’immenses rassemblements de catholiques. Quant à la Chine, elle n’entretient pas de relations diplomatiques avec le Vatican. Le cardinal Angelo Sodano a certes suggéré la semaine dernière de rapatrier de Taïwan à Pékin la nonciature apostolique, établie à Taipei depuis 1952. Selon le cardinal, cette nonciature est prête à retourner à Pékin – où elle se trouvait par ailleurs naguère – sans qu’il soit pour autant nécessaire que le Saint-Siège « rompe avec Taipei ». Pas simple, si l’0n songe que la Chine a toujours exigé la rupture de toute relation entre Taïwan et le Vatican avant l’ouverture de pourparlers entre Rome et Pékin.
L’enthousiasme fait défaut à Hong Kong
C’est dans ce contexte que Mgr Aloysius Jin Luxian, évêque « officiel » de Shanghai, reconnu par le gouvernement chinois mais non reconnu par le Saint-Siège, a donné une interview au magazine catholique italien « 30 Giorni », dans laquelle il évoque la possibilité d’un voyage du pape à Hong Kong au cours de l’année 1999 pour donner les résultats du Synode des Eglises d’Asie. Il a réitéré à cette occasion l’idée que le pape est le leader de tous les catholiques du monde, y compris ceux de Chine. Il a ajouté que Mgr Joseph Zen, évêque coadjuteur de Hong Kong, faisait tout ce qui est en son pouvoir pour rendre ce voyage du pape possible.
Interrogée par la presse locale, le 10 février, la porte-parole du diocèse de Hong Kong, Mary Seung, a cependant nié qu’une décision ait été prise concernant un voyage éventuel du pape sur le territoire : « Nous n’avons aucune confirmation de Rome et il semble qu’aucune décision n’ait encore été prise. Bien entendu, nous serions très heureux que le Saint-Père vienne ici ». Elle a annoncé aussi que Mgr Zen avait l’intention de se rendre à Rome au cours du mois de février et que les choses seraient sans doute plus claires à son retour.
De son côté, Pékin s’est refusé à tout commentaire sur la question. Selon la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Zhang Qiyue, « la position chinoise est que le Vatican doit dénoncer ses relations avec Taiwan et s’engager à ne pas intervenir dans les affaires intérieures chinoises ». Elle a refusé de répondre aux questions des journalistes concernant la visite éventuelle du pape à Hong Kong, en disant que, « pour les détails, il faut s’adresser au gouvernement de la Région administrative spéciale ».
Tester l’application du slogan « un pays deux systèmes »
Selon un observateur interrogé par Eglises d’Asie, le gouvernement de Hong Kong, déjà en délicatesse avec Pékin au sujet de décisions prises par le pouvoir judiciaire du territoire, pourrait ne manifester qu’un enthousiasme modéré à l’idée d’un voyage du pape sur le territoire, qui ne manquerait pas d’agacer les autorités du continent. Ce serait pourtant un test concret du slogan « un pays deux systèmes » qui a présidé à la rétrocession de Hong Kong à la Chine.
Dans la même interview à « 30 Giorni », Mgr Aloysius Jin Luxian a affirmé que le Vatican avait récemment repris des contacts avec Pékin. Il a ajouté : « Nous prions pour que, très vite, on arrive à un accord qui permettrait une déclaration commune des deux parties et l’envoi d’un nonce apostolique à Pékin plutôt qu’à Taiwan ». Le 11 février, Zhang Qiyue, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré ne rien savoir « des détails et des circonstances » entourant cette question.
De son côté, le même jour, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, a déclaré que le Saint-Siège était prêt à établir une nonciature à Pékin si les autorités chinoises le permettaient : « L’Eglise catholique est prête à transporter à Pékin la nonciature de Chine, qui se trouve aujourd’hui à Taiwan, non pas demain mais ce soir même si les autorités chinoises le permettent ». Il a ajouté que cela n’impliquerait nullement la fin des relations avec Taiwan.
Au mois de janvier dernier, le Vatican a déjà sondé les autorités de Pékin sur la possibilité de renouer le dialogue, par l’intermédiaire du maire communiste de Rome, en visite à Pékin. (apic/eda/pr)
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