Questions à Ruth Dreifuss, présidente de la Confédération

A l’issue de la célébration œcuménique d’ouverture, la présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss, a répondu aux questions de l’agence APIC.

APIC: Face au rouleau compresseur de la mondialisation et à l’hégémonie du discours néolibéral, le simple citoyen se sent impuissant. Madame la présidente de la Confédération, vous tenez un autre discours… celui de la résistance ?

Ruth Dreifuss: Effectivement, je ne crois pas à l’impuissance des individus. Je crois plutôt à la lutte, à la nécessité de l’organisation aussi, que ce soit au niveau syndical, des groupes de consommateurs, de l’expression des citoyennes et des citoyens. Je ne crois pas à la passivité, mais à la patience… Je sais que les sociétés évoluent lentement. J’ai pourtant de la peine à le supporter, parce que dans la lenteur de cette évolution, il y a des dégâts et des victimes. Mais je sais que finalement les sociétés évoluent.

APIC: Vous insistez sur la création de réseaux, qui fassent pression sur les gouvernements et l’économie…

Ruth Dreifuss: Il est extrêmement important de créer des réseaux, de nouer des initiatives, de veiller à ce que chacun, à l’endroit où il est, puisse faire quelque chose et qu’il ne se sente pas seul. Les «actions citoyennes» – comme la lutte pour interdire les mines antipersonnel l’a prouvé – ont un sens, elles contribuent à transformer le monde. Les consommateurs des pays riches doivent bouger. Finalement, envoyer une carte à Migros, c’est comme envoyer une pétition au Conseil fédéral.

Mais cela ne suffit pas. Face à la toute puissance de l’économie, la politique doit à nouveau être présente et assumer réellement les fonctions qui sont les siennes: notamment postuler des règles générales sur le travail, la protection de l’environnement et sur la qualité des produits. Ces règles ne peuvent voir le jour que si c’est la collectivité qui les prend en charge. Il est important que par de nouvelles règles, on enlève les avantages acquis et les rentes de situation de ceux qui profitent le plus. Il faut que celui qui agit de façon éthique et qui produit dans des conditions respectueuses des travailleurs et de l’environnement ne soit pas défavorisé face à la concurrence.

APIC: Pour le moment, c’est l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui dicte les règles du jeu économique, mais il manque le volet social. Quel est le rôle du gouvernement à ce niveau?

Ruth Dreifuss: Le volet social est en négociation à l’OMC, et c’est là que la lutte se joue. Les gouvernements doivent être interpellés. La campagne de carême prend son sens dans un ensemble d’actions. Je suis très contente de sentir le rôle des œuvres d’entraide, des syndicats du Nord et du Sud, des patrons éclairés, des Eglises. Des campagnes de consommateurs comme «Clean Clothes», des habits fabriqués dans la dignité, ont aussi besoin de mettre en mouvement le gouvernement, afin qu’au niveau de l’OMC des règles sur les conditions de travail, la liberté syndicale et la protection de l’environnement puissent être acceptées. Pour que le «noyau dur» des conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) deviennent impératives dans le monde entier. Sinon, sans un encadrement minimum, le libre-échange détruira le monde.

De ce point de vue, les campagnes des Eglises, comme la campagne œcuménique de carême de cette année, rendent visibles un certain nombre de problèmes qui ne peuvent être résolus que s’ils éclatent à la conscience du monde. Faire connaître et faire voir la réalité est déjà en soi «subversif». Les gouvernements ont besoin d’être stimulés et critiqués par la base, et dans une démocratie, de se voir confrontés à des propositions fortes qu’ils n’auraient peut-être pas eu le courage de faire eux-mêmes. (apic/be)

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