Les « Perles de l’Espérance », c’est fini !
Berne, 22 février
(APIC) Les « Perles de l’Espérance », le spectacle multimédia des Eglises programmé pour célébrer l’ouverture de l’an 2000, c’est fini! Dans un communiqué publié lundi 22 février, la Communauté de travail des Eglises chrétiennes de Suisse (CTEC) signale un manque d’intérêt de certaines Eglises membres, un financement non assuré et « d’autres problèmes encore ». Face à ce « flop », un certain malaise est perceptible.
Malgré son « très grand regret », la CTEC, qui a pris sa décision la semaine dernière, se dit convaincue de la qualité du projet du théologien et metteur en scène vaudois Jean Chollet. Le grand spectacle multimédia aurait dû se dérouler le 27 novembre 1999, premier dimanche de l’Avent, au tout nouveau Forum Fribourg, où 15’000 personnes étaient attendues. La Communauté de travail – qui regroupe une dizaine d’Eglises et de Fédérations d’Eglises – dit comprendre la déception que ressentent les nombreux groupements qui se proposaient de poser des signes concrets d’espérance à l’aube du 3ème millénaire. Elle les invite désormais à investir leur enthousiasme dans la réalisation de projets œcuméniques locaux ou régionaux en vue de l’an 2000.
Confié à Jean Chollet, directeur du Théâtre du Jorat à Mézières, le spectacle multimédia aurait consisté notamment en des séquences vidéo réalisées partout en Suisse et assorties de mises en scène théâtrales et de musique chorale et orchestrale. « Perles d’Espérance » voulait mettre en exergue des exemples positifs d’engagement chrétien: 24 « perles de l’espérance » devaient être choisies, pour former un calendrier de l’Avent original.
Une représentation scénique était prévue au Forum de Fribourg. Plusieurs milliers de chrétiens auraient dû en outre se rassembler dans un lieu de Suisse, et la fête retransmise dans toutes les régions du pays par le moyen du multimédia.
Un projet à 650’000 francs approuvé par la CES et la FEPS
Le projet avait été approuvé par la Conférence des évêques suisses (CES) et la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS). A la fin de l’année dernière déjà, on savait l’ambitieux projet des Eglises suisses compromis pour des raisons financières, après l’annonce de la non participation de deux grandes Eglises protestantes, celle de Zurich et de Berne. Résultat : un manque à gagner de 100’000 francs, sur un budget total de 650’000 francs, dont une participation de 200’000 francs côté catholique, 200’000 côté protestant et 50’000 pour les autres Eglises de la CTEC. Le reste devant être couvert par des sponsors et la vente de produits dérivés comme des CD ou des calendriers (200’000 francs escomptés).
« Pour les sponsors, le train était déjà parti »
Interrogé par l’agence APIC, l’évêque méthodiste Heinrich Bolleter, président de la CTEC, s’est dit personnellement déçu de l’échec du projet, qu’il n’attribue pourtant pas uniquement à la défection des deux grandes Eglises cantonales protestantes. Il met en cause le retard pris dans la recherche de sponsors: « Si l’on veut chercher des sponsors sérieux, on ne peut pas venir neuf mois avant l’événement et dire que l’on a besoin d’argent! » Certes, la FEPS s’était fermement engagée à prendre en charge la part protestante de 200’000 francs, malgré la défection des Eglises bernoise et zurichoise.
Des structures de décision trop lourdes
La part des Eglises aurait ainsi été couverte, mais les retards pris en raison de ces problèmes de financement ont provoqué d’autres problèmes, notamment au niveau du sponsoring. « On a dû constater là que le train était déjà parti, on ne pouvait plus le rattraper ». Mgr Bolleter met en cause les lenteurs dans la prise des décisions dues aux lourdes structures de la FEPS qui gagneraient à être simplifiées.
L’évêque de l’Eglise évangélique-méthodiste relève tout de même que dès le début des discussions au sein de la Communauté de travail, l’Eglise réformée zurichoise s’était montrée sceptique. Pour les responsables de l’Eglise réformée zurichoise, la période de l’Avent 1999 était particulièrement mal choisie, car dans les paroisses et les communautés, la célébration d’ouverture de l’Avent est un des points forts des fêtes d’année. Pas question donc de concurrencer par une manifestation nationale à Fribourg les célébrations locales.
A Zurich, l’Eglise réformée, en lien avec l’Eglise catholique, a prévu un budget de 75’000 francs pour une série de projets pastoraux pour l’entrée dans l’an 2000. « On ne peut donc pas parler d’anti-œcuménisme », soulignait récemment Ruedi Reich, président du Conseil de l’Eglise cantonale. De l’avis des Zurichois, il est préférable de consacrer l’argent des Eglises à des projets plus pastoraux et décentralisés « qui ne viennent pas d’en haut ». Les questions de financement n’étaient également pas clarifiées aux yeux des responsables protestants de la métropole économique de la Suisse.
Un témoignage œcuménique de grande valeur abandonné
Outre l’Eglise zurichoise, l’Eglise réformée bernoise, qui devait contribuer pour 54’000 francs au projet, s’est elle aussi retirée du financement. Les Bernois tirent argument de leur participation importante à Expo 01 qui doit se tenir dans la région des trois lacs. Malgré les défections zurichoise et bernoise, la FEPS s’était dite convaincue de la valeur du projet, la réalisation de « Perles de l’Espérance » étant considérée comme un témoignage œcuménique de grande valeur à la veille du 3e millénaire. A l’aube de l’an 2000, les Eglises chrétiennes de Suisse sont-elles encore capables de manifester un signe d’espérance fort et de se profiler dans un langage contemporain ?, se demandaient le 27 novembre dernier les organisateurs devant les journalistes réunis au Forum Fribourg. En tout cas, relèvent les observateurs, l’abandon du spectacle de Jean Chollet représente bel et bien un signal négatif. (apic/job/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse