Une attaque concoctée dans le dos de l’archevêque de Mexico

Mexique: Document critiquant la théologie indigène retiré du site internet de l’archevêché

Mexico, 22 février 1999 (APIC) Un document critiquant sévèrement la théologie indigène au Mexique et le travail pastoral mené au Chiapas par Mgr Samuel Ruiz Garcia, évêque de San Cristobal de Las Casas (Chiapas), a été retiré du site internet de l’archidiocèse de Mexico (www.arzobispadomexico.org.mex). Ce document a été préparé « dans le dos de l’archevêque », le cardinal Norberto Rivera Carrera, explique le P. Gonzalo Ituarte, dominicain, vicaire épiscopal pour la justice et la paix.

Selon l’hebdomadaire catholique américain « The National Catholic Reporter », c’est le Père Guillermo Moreno Bravo, vicaire général de l’archidiocèse de Mexico, qui a ordonné que le document incriminé soit retiré du « web » et que des excuses soient présentées. Ce qu’il a fait lui-même dans une lettre adressée au diocèse de San Cristobal de Las Casas, au nom du cardinal Rivera, l’assurant que ce dernier « n’a jamais eu l’idée ni l’intention d’intervenir dans les affaires intérieures d’un autre diocèse ».

Une réflexion légitime

Le document, intitulé « Jean Paul II, les peuples indigènes et la théologie » – aussitôt diffusé tous azimuts par les réseaux conservateurs catholiques latino-américains, qui en ont fait des gorges chaudes – se présentait comme une réponse aux propos tenus par le pape dans l’avion qui l’emmenait fin janvier vers Mexico, où il allait publier l’exhortation apostolique post-synodale concluant le synode pour l’Amérique.

Interrogé par les journalistes, Jean Paul II avait parlé de certaines « théologies indigènes » en train de prendre le relais de la « théologie de la libération », influencées comme cette dernière par le marxisme. « On ne parle plus de la théologie de la libération, avait-il dit, mais il y encore des théologies indigènes influencées par le marxisme. Il faut dépasser cela pour insister sur la solidarité et le dialogue. »

La théologie indigène, une réflexion chrétienne légitime

Selon le Père Ituarte, le document et les articles qu’il a suscités ont montré « une ignorance totale de ce qu’est la théologie indigène et la théologie en général ». Car la théologie indigène, a-t-il expliqué, outre qu’elle est « une réflexion chrétienne légitime menée par les peuples indigènes de l’Amérique, cherche à mettre en cohérence la foi et la réalité des cultures indigènes. »

« Perversité pastorale »

L’agence italienne ADISTA publie dans sa dernière livraison des extraits du document contesté. Celui-ci parle d’un « schéma oppresseur-opprimé, appliqué également par les théologiens à tous les secteurs à l’intérieur de l’Eglise », un schéma qui devient « un ferment de division en créant les oppositions conservateurs-progressistes, nouvelle chrétienté-Eglise des pauvres, hiérarchie-laïcs ».

L’auteur du pamphlet n’hésite pas à parler de « perversité pastorale » (…) « évidente aussi dans la théologie indienne, comme le montre clairement le cas du Chiapas », où « l’aggravation de la guerre civile entre indigènes est la conséquence d’un conflit armé créé par les agents de la pastorale du diocèse ».

C’est ainsi que les leaders zapatistes eux-mêmes auraient reconnu avoir été motivés à prendre les armes et à commencer à recourir à la violence, car, selon le document, « le fondamentalisme indigène » n’est pas moins intransigeant que celui des « ayatollahs ». Par conséquent, la théologie indienne, « outre qu’elle n’est pas orthodoxe, peut procurer de nombreux maux aux indigènes. La condamnation du pape cherche à protéger ceux-ci de ces maux: c’est une expression de l’amour et de la sollicitude du pape à l’égard des indigènes. »

Mise en garde aussi au chapitre de l’inculturation: celle-ci, précise le document, est à comprendre « dans le sens précis que lui donne l’Eglise et non dans le sens particulier que lui donnent les théologiens indigénistes », dont l’intention est de « modifier l’Evangile » selon la culture, alors qu’elle devrait consister à annoncer la Bonne Nouvelle en respectant la culture, afin que celle-ci, une fois évangélisée, traduise dans son propre langage le message de l’Evangile.

Dans ce domaine, il n’y a rien de nouveau à expérimenter, note l’auteur. Le pape, en effet, n’invite pas l’Eglise à faire des expérimentations dans le domaine de l’inculturation: l’histoire des cinq cents ans de l’Eglise en Amérique latine offre des exemples éclatants de cette inculturation parmi les indigènes ». Cette publication, faite officiellement à l’insu de l’archevêque de Mexico, avait suscité des réactions indignées dans les secteurs ouverts de l’Eglise latino-américaine. (apic/cip/adista/be)

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