Le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe vivement honoré

Moscou: Les fantômes du passé n’ont pas terni le 70e anniversaire d’Alexis II

Moscou, le 24 février 1999 (APIC) Les fantômes du passé n’ont par terni les festivités en l’honneur du 70e anniversaire du patriarche de l’Eglise orthodoxe russe Alexis II. Dans la Russie post-communiste, l’acte d’allégeance du prélat au régime soviétique semble définitivement oublié.

Ces derniers jours, des Russes de tous milieux et horizons du président Boris Eltsine aux danseurs de ballets, des hommes d’affaires aux prêtres de province – se sont joints aux célébrations tenues à l’occasion du 70e anniversaire du patriarche Alexis II. Les festivités ont commencé la semaine dernière avec une ampleur digne des fêtes nationales. La chaîne nationale de télévision a présenté un programme consacré au patriarche, et les grands journaux ont publié en première page des interviews d’Alexis II, où il exprimait sur sa carrière, et évoquait son inquiétude devant la situation incertaine de la Russie.

Recruté par le KGB dès 1958 en Lettonie

Dans cette atmosphère de célébration, pratiquement aucune attention n’a été accordée aux allégations publiées à Londres et affirmant qu’en 1958, alors qu’il était un jeune prêtre en Estonie, le futur patriarche aurait été recruté sous le nom de « Drozdov » comme agent de la police secrète soviétique, le KGB. Le quotidien « The Guardian » se réfère à un rapport annuel de la branche estonienne du KGB retrouvé dans les archives de Tallinn. Selon le journal, le nom de l’agent n’est pas spécifié dans le document, mais de nombreuses caractéristiques de la vie de celui-ci coïncident avec la biographie du patriarche Alexis.

D’après ce document « Drozdov » a impressionné le KGB par son empressement, sa discrétion et sa personnalité accueillante. Il a commencé sa carrière d’agent en fournissant des informations sur un prêtre corrompu dans la ville estonienne de Jyhvi (où Alexis était prêtre à l’époque). Le rapport du KGB ajoute qu’une promotion de « Drozdov » à un poste d’évêque serait « envisagée » avec une possibilité de voyages dans « des pays capitalistes comme membre de délégation d’Eglise » afin de « promouvoir nos intérêts ».

« La campagne visant à donner une mauvaise image des dirigeants d’Eglise en les accusant d’avoir profité de leur coopération avec les autorités soviétiques dans leur intérêt personnel n’est pas nouvelle », a fait remarquer au correspondant de l’agence œcuménique ENI Vsevolod Chaplin, porte-parole du patriarcat. Il a déclaré n’avoir jamais vu aucune preuve corroborant les allégations portées contre des éévêques russes, tout en admettant qu’une certaine forme de coopération avec les autorités soviétiques était nécessaire et justifiable. « Je ne considère pas que le fait d’avoir des contacts avec les autorités soit répréhensible. Les activités de l’Eglise orthodoxe russe n’ont jamais été contraires aux intérêts de l’Etat russe. »

Même si l’Eglise et le KGB ne l’ont jamais admis officiellement, il est bien connu que durant l’ère soviétique aucune nomination importante au sein de l’Eglise ou tout autre institution importante – en particulier dans des organisations ayant des contacts internationaux – ne pouvaient être faite sans l’approbation du KGB.

En 1991, le patriarche avait d’ailleurs présenté des excuses officielles dans une interview au quotidien russe, Izvestia. « Pour défendre une chose [l’Eglise], il était nécessaire de donner autre chose », avait-il-dit. « Qui, à cette époque, pouvait agir autrement? A tous ceux qui ont souffert des compromis, du silence, de la passivité forcée et de l’attitude de loyaué [à l’égard du système soviétique], je demande pardon, compréhension et prières. »

Après la chute du communisme, sa ligne non partisane et son talent diplomatique, ont néanmoins fait du patriarche Alexis II la seule figure nationale jouissant du soutien et du respect des représentants politiques de tous horizons, font remarquer certains observateurs. (apic/eni/mp)

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