Deux millions et demi de personnes condamnées à mort

Soudan: Les ravages de la guerre et de la famine continuent

Wau, 28 février 1999 (APIC) Si rien ne change rapidement deux millions et demi d’Africains du Sud Soudan sont condamnés à une mort certaine. A la guerre et à la violence s’est ajouté le manque de récoltes. La population, déjà durement éprouvée par la guerre est engloutie désormais dans le destin d’une mort par la faim. Dans la seule ville de Wau, 1’500 personnes meurent de faim chaque mois; on estime que 700 personnes meurent de faim chaque jour dans la région de Bahr El Ghazal,.

Les paysans ont laissé les champs incultes, car les semences manquent; lorsque certaines organisations non gouvernementales leur en ont données, elles ont été utilisées comme nourriture. Les gens affamés sont même allés dans les champs pour rechercher les semences déjà mises en terre. La catastrophe recouvre tout le Sud du Soudan, tant la partie occupée par le gouvernement que la partie «libérée» sous le contrôle l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), dirigée par John Garang.

La région la plus touchée est celle de Bahr El Ghazal et de sa capitale Wau où est concentrée la plus grande partie de l’ethnie des Dinkas, qui fournit le plus grand contingent de combattants de la SPLA. Le gouvernement de Khartoum incite la tribu islamisée des Baggaras à piller la région des Dinkas. Selon divers observateurs, les Baggaras sorte de cinquième colonne de l’armée soudanaise, sont également responsables de la traite des esclaves, garçons et filles vendus sur les marchés du Nord et du Moyen-Orient comme domestiques ou comme prostituées.

Autre facteur aggravant : le retard avec lequel le gouvernement a permis à des organisations non gouvernementales de venir au secours de la population. Le 21 février, le président Omar El Bashir a déclaré qu’il voulait conclure la guerre, même par la sécession du Sud. Mais cette proposition, comme en d’autres occasions, a été accueillie avec scepticisme. Car depuis 17 ans la «guerre sainte» vise à transformer le Soudan en une nation arabo-islamique. L’économie est à bout de forces, et 80% des entreprises sont fermés.

Une véritable chasse à l’homme

Des témoignages alarmants parvenus à l’agence missionnaire Fides à Rome lancent un appel pour que la communauté internationale envoie de la nourriture, des vêtements, des médicaments, des médecins, et des personnes pour soigner les enfants orphelins ; sinon, ces enfants seront envoyés dans des camps où ils seront éduqués à l’islam.

Il y a un an, les rebelles de John Garang avaient pris la ville de Wau. Mais la victoire n’a duré que quelques jours, parce que les troupes islamiques et les Baggaras ont contre-attaqué en force en s’adonnant à une véritable chasse à l’homme contre les Dinkas. Les exécutions sommaires d’hommes, mais aussi de femmes, et d’enfants ne se comptent plus. La population s’est enfuie dans les campagnes pour se cacher ; mais la faim l’a fait revenir en ville. «Ils arrivent épuisés, déclare un témoin, en particulier les femmes et les enfants, ils cherchent une maison en ruines, ou abandonnée pour s’étendre, et souvent pour mourir.»

Un autre témoin raconte : «J’ai vu sur les bords de la route des enfants qui pleuraient près du cadavre de leur mère. Un peu plus loin, un gamin essayait de creuser de ses mains nues un trou pour enterrer son père mort». Un volontaire qui travaille dans un dispensaire de Wau raconte qu’il a vu arriver un couple avec deux enfants : «la femme avait une dysenterie aiguë , et tous étaient épuisés. Ils ont demandé du savon pour se laver avant de manger. Ils se sont dirigés vers un puits, mais ils ne sont pas revenus. J’ai su par la suite, que la mère était morte, que le père avait été capturé et tué, et que les enfants avaient été abandonnés sur la route». Selon les témoins, le nombre des morts est tellement grand qu’on ne les enterre plus.

Un autre témoin avertit qu’il est même devenu dangereux de recevoir des aides : la nuit, les Baggaras, armés de fusils, font le tour des camps pour voler la nourriture et les vêtements donnés aux réfugiés. (apic/fides/mp)

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