Le coeur du réseau se trouve à l’Université de Louvain (KUL)

Belgique: L’éthique professionnelle en réseau européen

Anvers/Louvain, 5 janvier 1999 (APIC) Deux ans après son financement officiel par la Commission européenne, le Réseau Européen d’Ethique, dont le coeur est situé à l’Université catholique de Louvain (KUL), s’apprête à sortir ses premiers ouvrages.

Le Réseau Européen d’Ethique – European Ethics Network, selon son appellation d’origine – est un Centre axé sur la pratique professionnelle des managers, juristes, médecins, ingénieurs et journalistes.

Le point de départ est une initiative de collaboration prise entre Centres d’éthique des Universités catholiques d’Europe. D’autres universités se sont jointes progressivement. En vue des activités en réseau, une banque de données a été constituée avec les adresses des spécialistes de l’éthique en Europe, répertoriés selon leurs spécialités. Ensuite a démarré le premier projet, baptisé « Cor Materials ». « Il vise la formation de futurs professionnels: ingénieurs, avocats, directeurs commerciaux, médecins, responsables de médias… », explique Johan Verstraeten., directeur du réseau.

Quatre ouvrages

Une première série de quatre ouvrages sera publiée sous peu. On y traitera de l’éthique professionnelle en général, et en particulier de l’éthique des affaires, de l’éthique médicale et de l’éthique des ingénieurs. Des recherches fondamentales sont aussi en chantier sur l’éthique des médias et l’éthique de l’environnement.

Notre propos, précise le professeur Verstraeten, est de présenter aux enseignants chargés des cours d’éthique une vision autre et plus large que l’éthique américaine. Celle-ci se réduit trop souvent à l’application d’une série de normes ou à l’élaboration d’un code de déontologie. Nous voulons ouvrir le débat et apprendre aux professionnels à réfléchir au sens de ce qu’ils font et aux conséquences sociales du pouvoir qu’ils exercent. Car en fin de compte, ils façonnent notre société ».

« L’éthique et la vie professionnelle forment souvent des mondes à part. L’expérience nous apprend aussi que, lorsque des professionnels sont invités à parler de leur métier, ils passent allègrement sur les problèmes éthiques. Ils n’abordent donc pas ces problèmes en professionnels!

Les 400 membres du Centre fondé à Louvain viennent de 40 institutions et sont spécialisés dans diverses disciplines: éthique biomédicale, commerce et économie, éducation, sciences appliquées, environnement, morale fondamentale, droit, politique, médias, éthique sociale. Américain d’origine, le professeur John Dick est frappé par l’impact de la pensée européenne en ces domaines: « On n’y est attentif dit-il, non seulement à la responsabilité des individus, mais à celle des institutions et des structures, à leur poids sur la vie des personnes et aux conséquences sociales de ce que l’on fait. »

Pas neutre

Un des défis du réseau européen est de parvenir à une approche éthique commune, où soient réconciliées les approches très divergentes des écoles françaises, anglo-saxonnes et allemandes. Mais est-ce possible? « Nous sommes tous d’accord qu’on ne peut pas faire de l’éthique d’un point de vue neutre », répond le professeur Verstraeten. On part toujours de convictions, d’une tradition, d’un récit sur la réalité. On est toujours enraciné dans une manière particulière de penser et d’interpréter ».

Les centres de réflexion éthique en Europe ont surtout été développés dans les universités catholiques et protestantes. « Même si vous défendez un point de vue humaniste laïque, vous devez reconnaître que l’Europe n’est pas qu’un produit du siècle des Lumières, mais elle est formée aussi par Athènes et Jérusalem. On ne peut pas évacuer de la culture européenne toute la tradition biblique, chrétienne et catholique ».

Le dialogue avec d’autres conceptions offre aussi un intérêt majeur pour les catholiques, insiste le professeur Verstraeten: « Etre catholique, c’est avoir le souci de l’universel. Une morale rien que pour les catholiques ne serait pas catholique. Ce qui est bon dans sa propre tradition, chacun doit pouvoir le communiquer à une autre communauté de pensée. Johan Verstraeten aime dire que sa propre identité doit beaucoup à cette tradition d’ouverture mutuelle. « On peut se cramponner à une identité figée, crispée. On peut aussi rester soi-même en se montrant ouvert aux apports de l’autre et en se mettant à son écoute. A mon avis, c’est la seule chance de maintenir en vie sa propre tradition ».

Le professeur Verstraeten conclut : « Au lieu de s’affirmer contre les autres, il faut que les catholiques soient présents dans les débats publics d’aujourd’hui. Nous devons y participer pleinement et y faire entendre nos arguments de fond. Nous ne pouvons pas former un ghetto, comme si nous étions des gens à part. Car les questions que nous nous posons sont des questions auxquelles tout le monde est confronté ». (apic/cip/ba)

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