L’Eglise met l’armée en cause: Mgr del Barrio sort de sa réserve

Guatemala: Meurtre de Mgr Gerardi

Mexico/Paris, 6 janvier 1999 (APIC) L’Eglise du Guatemala est plus que jamais convaincue que Mgr Gerardi, tué à coups de brique le 26 avril dernier, a été assassiné pour avoir dénoncé les exactions de l’armée durant 36 années de guerre civile. Pour la première fois, elle met nommément en cause l’armée.

Mgr Juan Gerardi, évêque auxiliaire de Guatemala, par ailleurs fondateur et directeur du Bureau des droits de l’homme de l’archidiocèse, a été assassiné le 26 avril dernier. Deux jours plus tôt, il avait présenté un rapport sur les violations des droits de l’homme intitulé « Guatemala, plus jamais! », dont il avait été le principal artisan. Huit mois plus tard, l’incapacité du ministère public à conduire l’enquête sur ce meurtre a convaincu Mgr Penados del Barrio, archevêque de Guatemala, de la nécessité de sortir de sa réserve pour contre-attaquer, rapporte le journal français « La Croix ». « Les militaires se sont sentis concernés par le rapport de Mgr Gerardi et c’est la raison pour laquelle ils l’ont tué au lieu de le rencontrer pour dialoguer », dénonce-t-il, accusant pour la première fois l’armée d’être derrière cet assassinat.

L’Eglise s’est en effet jusqu’ici refusée à intervenir dans l’enquête, estimant que le gouvernement du président Arzu, élu en janvier 1997, était à même de mener à bien cette affaire, comme elle en avait du reste reçu l’assurance du ministre de l’Intérieur. Or elle a bien dû constater que le ministère public a privilégié la thèse du crime crapuleux ou passionnel, écartant ainsi celle du crime politique et refusant d’orienter les recherches vers l’état-major présidentiel « qui semble avoir été présent sur les lieux le soir du crime », note « La Croix ».

Après avoir arrêté et rapidement relâché des lampistes, la justice a fait arrêter un prêtre, Mario Orantes, qui vivait dans la même maison diocésaine que Mgr Gerardi. Le prétexte: une sombre affaire de moeurs, qui était en fait le fruit d’une rumeur invraisemblable colportée par des détracteurs. Une « manoeuvre grossière », protestait il y a trois mois Mgr Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa (Honduras) et président du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM). En attendant, le Père Orantes croupit en prison depuis plusieurs mois, et l’archevêque de Guatemala craint pour sa santé, qui se détériore rapidement suite à une opération de l’intestin.

Impunité: Une grande frustration

En octobre dernier, la Conférence des évêques du Guatemala avait déjà exprimé sa crainte que l’assassinat de Mgr Gerardi ne reste impuni, vu que « le ministère public se contente d’enquêter sur de fausses pistes ». « L’Eglise est arrivée à la triste conclusion qu’on a cherché une seule et même piste, fausse dans tous les cas », relevait Mgr Victor Martinez, président de la Conférence épiscopale.

L’armée n’a pas réagi aux récentes déclarations de Mgr Penados del Barrio. Mais divers secteurs de la société rejoignent l’Eglise dans sa dénonciation de la collusion entre la justice et le pouvoir. L’assassinat a en effet fortement ébranlé le pays, au point que le Congrès, pourtant favorable au président Arzu, avait même voté un décret pour donner à Mgr Gerardi la plus haute décoration nationale à titre posthume. La distinction n’a toujours pas été remise et, selon « La Croix », « il semble bien que le gouvernement et la droite aient choisi de laisser pourrir cette affaire ».

« Dans tous les pays d’Amérique latine qui ont « retrouvé la voie de la démocratie », relève le quotidien, se pose la même question de la mémoire. Le Guatemala n’y échappe pas. La société éprouve une grande frustration, constatant que, deux ans après l’arrivée à la présidence d’Alvaro Arzu, l’impunité existe toujours et que des milieux occultes continuent d’exercer leur influence ». (apic/cip/pr)

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