Inde: «1998, année de persécution contre les chrétiens», dénonce Mgr Henry D’Souza

Les violences intercommunautaires émeuvent les politiques

Hyderabad/New Delhi, 8 janvier 1999 (APIC) « L’année 1998, pour les chrétiens de l’Inde, a été une année de persécution », a dénoncé l’évêque catholique Henry D’Souza lors de l’ouverture de l’assemblée plénière de l’épiscopat indien à Hyderabad. Le quotidien « The Times of India » rapporte vendredi que la Conférence des évêques catholiques de l’Inde a envoyé un télégramme au président indien K. R. Narayanan et au ministre fédéral de l’intérieur Lal Krishna Advani pour demander d’urgence « des mesures efficaces pour mettre un terme aux violences contre les chrétiens ». Certains d’entre eux sont soumis à des « reconversions forcées » par les militants hindous.

Mgr D’Souza, archevêque de Calcutta et président de la Conférence épiscopale indienne, a souligné que les évêques sont d’autant plus attristés « que c’est justement pendant les jours sacrés de Noël que sont survenues ces explosions de violence totalement incompréhensibles ». L’Eglise s’attend toujours à des attaques en raison de son activité missionnaire, admet-il, mais c’est bien plutôt l’engagement des chrétiens aux côtés des pauvres et des exclus qui provoque la colère des militants hindous. Depuis Noël, plus de 30 agressions ont été enregistrées contre la petite communauté chrétienne indienne.

Sonia Gandhi visite les régions touchées par les violences intercommunautaires

Si K. L. Sharma, vice-président du parti hindou au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), accuse les partis d’opposition de gonfler les dernières attaques contre la minorité chrétienne, le Premier Ministre Atal Behari Vajpayee est soumis à la pression de l’opinion publique nationale et internationale. Il est attendu ce week-end dans les districts de Dang et de Bharuch pour enquêter de visu sur les violences anti-chrétiennes qui ont secoué le Gujarat à la période de Noël. Il rencontrera dans la capitale Gandhinagar le Premier ministre de l’Etat, Keshubahi Patel, qui a rejeté pour sa part l’envoi d’une commission d’enquête indépendante. Une équipe d’enquêteurs de la Commission Nationale des Minorités est pourtant arrivée entre-temps à Gandhinagar pour dresser un rapport sur la situation explosive dans la patrie du Mahatma Gandhi, « prophète de la non-violence ».

Sonia Gandhi, chef de file du parti du Congrès, a également visité les régions touchées par les violences intercommunautaires provoquées par les extrémistes hindous regroupés au sein de l’organisation « Sangh Parivar ». Elle réclame la démission du gouvernement du Gujarat si la situation venait à échapper à tout contrôle. La veuve de Rajiv Gandhi visite également Suratkal et Mangalore, dans le Karnataka, qui ont connu le mois dernier des affrontements intercommunautaires de grande ampleur.

Dans l’Etat du Gujarat, la petite minorité chrétienne (quelque 300’000 fidèles, sur une population de plus de 47 millions d’habitants) vit désormais dans la terreur. Plusieurs dizaines d’Eglises et d’institutions chrétiennes ont été détruites ou endommagées et une dizaine de religieuses et de prêtres ont été blessés la dernière semaine de 1998.

Le Premier Ministre Vajpayee, tout en affirmant sa volonté de protéger les chrétiens, a déclaré que la montée de violence contre eux est un « complot pour déstabiliser la coalition au pouvoir » qu’il dirige. Une théorie de la conspiration qui a aussitôt été condamnée par Mgr Godfrey de Rozario, évêque de Baroda, au sud du Gujarat. Il a déclaré à l’APIC qu’il n’allait pas « mâcher ses mots » pour dénoncer la connivence du gouvernement du BJP avec les extrémistes hindous tant au niveau de l’Etat du Gujarat qu’au plan fédéral.

Le gouvernement du BJP justifie les attaques des fanatiques hindous

« Ce qui me dérange le plus, poursuit l’évêque jésuite, c’est l’attitude du gouvernement qui, à la surprise générale, justifie même les attaques des fanatiques hindous contre nous. S’il avait voulu empêcher la violence, il aurait pu le faire depuis longtemps ». L’évêque de Baroda rappelle que le gouvernement du BJP n’a rien fait quand les extrémistes ont brûlé des Bibles, attaqué des rassemblements évangéliques, déterré la dépouille d’un chrétien dans un cimetière et même détruit une église sous les yeux de la police. « Ces faits sont réellement alarmants. Mais le gouvernement en nie la gravité », affirme l’évêque de Baroda qui vient de passer les premiers jours de l’année aux côtés des chrétiens des tribus du district de Dang, qui vivent dans la crainte de nouvelles attaques.

Une campagne de « reconversion » et de déchristianisation

Sœur de la Charité, Carmen Borges est directrice de l’école de Deep Darshan à Ahwa, une institution qui a subi la nuit de Noël les attaques d’une foule déchaînée qui voulait « chasser les missionnaires ». Elle décrit les méthodes de « reconversion » utilisées par les militants hindous: le 5 janvier, par exemple, ils ont conduit deux jeeps remplies de chrétiens à un ruisseau où ils les ont plongés de force dans l’eau pour « laver leur christianisme ».

Nombre de chrétiens opprimés des populations tribales, les « adivasis », ont été menacés de perdre tous les avantages gouvernementaux s’ils ne se reconvertissaient pas. Ils subissent une pression sociale énorme dans les villages. « La situation est vraiment tendue, les policiers sont en faction devant nos écoles et nos églises, nous ne savons pas ce qui va arriver quand ils s’en iront », témoigne la religieuse carmélite dans une interview à l’APIC.

Le Père Cedric Prakash, du Forum chrétien uni pour les droits de l’homme (UCFHR), révèle qu’une soixantaine de catholiques ont été reconvertis de force et ont dû participer les 3 et 4 janvier aux cérémonies de « Sudhikaran », la purification hindoue, dans une atmosphère lourde de menaces. Sœur Carmen n’admet pas les conversions forcées. Les « adivasis » se sentent attirés par la vie des religieuses et leur travail social auprès des pauvres. Certains demandent à recevoir le baptême. « Conscientisés, les « adivasis » se battent pour leurs droits et représentent alors une menace aux yeux des castes supérieures qui incitent à la violence pour nous empêcher d’éduquer les populations tribales pauvres ». (apic/akk/kna/be)

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