Philippines: Réactions contradictoires face à la peine de mort
Manille, 17 janvier 1998 (APIC) La suspension provisoire de la condamnation à mort de Leo Echegaray est loin de réjouir tous les catholiques philippins. La pression populaire pourrait d’ailleurs, aux yeux des observateurs, amener la Cour suprême à revenir sur sa décision de surseoir à l’exécution.
« Tout indique clairement que beaucoup parmi nous se disent catholiques, mais ne connaissent qu’approximativement la doctrine catholique, spécialement sa morale », estime le père Salvatore Putzu, salésien, secrétaire exécutif de la Commission épiscopale pour la catéchèse et l’éducation catholique, dans un commentaire suscité par les réactions de désapprobation face à la suspension provisoire de la condamnation à mort de Leo Echegaray.
Ainsi Mgr Camilo Gregorio, évêque de Bacolod, a-t-il déclaré à la télévision que « Echegaray doit souffrir et assumer sa condamnation ». Toujours à la télévision, le Père Erasmo Ramirez, un dominicain de Manille, a cité des propos attribués à Thomas d’Aquin, selon lesquels une personne qui constitue un danger pour la société doit être supprimée. El Shaddai, un mouvement charismatique fort de 4 millions de sympathisants, a déclaré pour sa part que le jugement du 5 janvier était un manquement à la justice et il a condamné les manifestations de joie qui l’ont accueilli.
« Dans le passé, l’Eglise approuvait la peine de mort et l’opinion catholique à ce sujet est partagée, y compris chez les théologiens », explique le père Putzu. D’autres observateurs, dont Mgr Bacani, évêque auxiliaire de Manille et responsable de la Pastorale des prisons, admettent que l’Eglise aurait dû mieux exprimer sa compassion pour la victime tout en maintenant que rien ne saurait justifier le recours à la peine de mort.
En fait, la pression populaire pourrait conduire la Cour suprême à revenir sur sa décision de surseoir à l’exécution: face à la montée de la violence, l’opinion publique philippine est majoritairement favorable à la peine de mort.
La Cour Suprême des Philippines a repousséé à juin prochain l’exécution, initialement prévue le 4 janvier à la prison de New Bilibid à Manille, de Leo Etchegaray, 38 ans, condamné à la peine capitale le 7 septembre 1994 pour avoir violé à plusieurs reprises sa nièce de 10 ans – sentence confirmée encore le 7 février 1997. Joseph Estrada avait auparavant rejeté l’appel à la clémence du pape et de l’Union européenne en faveur de Leo Etchegaray, le premier des condamnés à mort à devoir être exécuté depuis la réintroduction de la peine de mort aux Philippines, en 1994.
Aux Philippines, la dernière exécution remonte à 1976. La nouvelle Constitution, introduite par Corazon Aquino en 1987, abolissait la peine de mort, en commuant les sentences capitales en détention à vie. L’arrivée au pouvoir en 1992 du général Fidel Ramos a renversé la situation. En 1994, la peine de mort a été réintroduite et une loi de 1996 prévoit que l’exécution se fera par une injection mortelle. Aux Philippines, 696 personnes attendent actuellement d’être exécutées.(apic/cip/pr)
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