Guadalupe, 24 janvier 1999 (APIC) L’exhortation apostolique post-synodale «Ecclesia in America» désigne la stérilisation des femmes pauvres comme «abominable» et le recours à la peine de mort par les Etats comme «non-nécessaire». Jean Paul II plaide aussi pour un véritable «Etat de droit» pour assurer une vraie démocratie et demande à l’Eglise catholique en Amérique d’éviter le néo-libéralisme pour travailler plutôt à la répartition équitable des biens.
Comme l’avaient fait les évêques participant au Synode pour l’Amérique (Rome – 16 novembre – 12 décembre 1997), cette exhortation de conclusion met l’accent sur «l’affermissement des liens de solidarité et de communion» entre toutes les cultures qui composent le continent américain, en se centrant sur le thème qui a été celui de l’Assemblée synodale : «La rencontre avec le Christ vivant, chemin de conversion, de communion et de solidarité en Amérique».
Intitulé : «La rencontre avec le Christ vivant», le premier chapitre évoque l’apparition de la Vierge de Guadalupe à l’indien Juan Diego sur la colline de Tepeyac près de Mexico en 1531, en proposant, à la suite des Pères du synode, que Notre-Dame de Guadalupe soit désormais fêtée sur tout le continent le 12 décembre comme «Mère et Evangélisatrice de l’Amérique».
Jean Paul II aborde ensuite le rôle capital de l’Eglise catholique dans «l’assistance caritative et sociale», celle-ci ayant le devoir en Amérique de «proposer des interventions qui donnent aux structures sociales, politiques et économiques une configuration plus juste et plus solidaire».
Etat de droit, condition pour une vraie démocratie
Se réjouissant de la mise en place de «systèmes politiques démocratiques» sur le continent américain, il insiste sur le fait que l’Etat de droit est «la condition nécessaire pour établir une «vraie démocratie». Aucune autorité, précise le pape, ne peut transgresser les droits fondamentaux de la personne humaine en faisant appel à la majorité ou au consensus politique sous prétexte que de cette manière le pluralisme et la démocratie sont respectés».
L’exhortation aborde aussi, dans le troisième chapitre, la «dimension sociale» de la conversion personnelle. Le pape y insiste en effet sur le devoir des fidèles laïcs d’agir dans le domaine politique, tout en distinguant clairement les actions qu’ils accomplissent en leur nom propre, et celles qu’ils accomplissent «au nom de l’Eglise en communion avec leurs pasteurs».
Quand aux relations avec les religions non-chrétiennes, le pape recommande une «collaboration croissante» sans aucun «comportement négatif» à l’égard des communautés juives, et un «respect mutuel» dans de «bonnes relations» avec les autres religions présentes en Amérique.
La stérilisation des femmes pauvres est abominable
Déplorant d’autre part les discriminations subies par les femmes dans certaines parties du continent américain, Jean Paul II condamne comme «abominable» la stérilisation des femmes les plus pauvres, surtout, dit-il, «quand on le fait pour obtenir des aides financières au niveau international». L’exhortation insiste par ailleurs pour que l’on reconnaisse la nécessité de «la collaboration des femmes dans les tâches de direction de la société américaine».
Réaffirmant ensuite l’importance de la promotion de la famille, le pape réaffirme le refus par l’Eglise de l’euthanasie, de l’avortement, de la mentalité contraceptive, de l’infanticide et de toutes les atteintes à la dignité et au bien des enfants. Il souligne l’urgence d’engager une
«vaste campagne de catéchèse sur l’idéal chrétien de la communion conjugale et de la vie familiale», ainsi qu’une pastorale qui aide les jeunes à ne pas tomber dans la «marginalisation et la violence» à cause de «l’absence de travail et de perspectives d’avenir», en les amenant à «rechercher Dieu» et à savoir «assumer des engagements sérieux et définitifs».
Eviter le néo-libéralisme
Le cinquième chapitre du document, intitulé «Entrons dans la solidarité», propose d’encourager les initiatives en vue de soutenir les pauvres et les marginaux, et particulièrement les réfugiés, les migrants, et les victimes d’une urbanisation excessive. «L’Eglise en Amérique doit stimuler un ordre économique dans lequel ne dominent pas «le critère du profit», mais «la recherche du bien commun», «la distribution équitable des biens» et «la promotion intégrale des peuples», évitant un «néo-libéralisme» pour lequel «le profit et les lois du marché» sont des paramètres absolus. Conscient par ailleurs des «grandes répercussions» de la mondialisation en Amérique, parmi lesquelles le chômage et les inégalités croissantes entre les riches et les pauvres, le pape invite l’Eglise à promouvoir «une authentique culture mondialisée de la solidarité».
Soucieux d’autre part de la dette extérieure des pays pauvres, qu’il lie aux problèmes de corruption, Jean Paul II souhaite que la complexité de cette question continue à être étudiée par l’Eglise en lien avec des responsables de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International, en vue de trouver «des voies de solution» et «des normes qui empêchent que de telles situations se reproduisent».
La peine de mort n’est pas nécessaire
Autres maux dénoncés et présentés comme autant de défis pastoraux pour l’Eglise: «le commerce et la consommation de la drogue, les abus dans le domaine écologique dans de nombreuses régions amééricaines, la course aux armements, et le recours à la peine de mort, qualifié de «non nécessaire» dans la mesure où les Etats disposent aujourd’hui d’autres moyens pour «défendre et protéger la sécurité des personnes».
Le pape souhaite également que l’Eglise engage des actions concrètes pour favoriser la compréhension et la réconciliation entre les différentes populations d’Amérique, et met l’accent sur la «discrimination injuste» dont sont encore victimes les peuples autochtones du continent et les Américains d’origine africaine.
Enfin, le sixième chapitre de l’exhortation, centré sur «La nouvelle évangélisation», montre que le «noeud vital» de celle-ci doit être «l’annonce claire et sans équivoque de la personne de Jésus-Christ», à travers la catéchèse, mais aussi par les moyens de communication sociale, par l’évangélisation des cultures américaines, et à travers l’éducation des jeunes. Le pape estime à ce sujet que l’Eglise a le droit à une liberté d’enseignement, la recherche d’un monopolede l’Etat dans ce domaine étant dénoncée comme «une forme de totalitarisme».
Le respect de la conscience
Enfin, contrairement aux sectes dont elle condamne le prosélytisme, l’Eglise en Amérique prône le respect du «sanctuaire de la conscience de chaque individu», souligne Jean Paul II. Invitant pour conclure les catholiques à passer d’une «foi routinière» à une «foi consciente vécue personnellement», le pape encourage les fidèles américains à faire connaître le Christ dans les milieux de la société américaine où il est encore inconnu, mais même «au-delà des frontières du continent», l’Amérique ne pouvant garder pour elle, selon Jean-Paul II, «les immenses richesses» de son patrimoine chrétien. (apic/imed/cb/ba)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/mexique-exhortation-apostolique-post-synodale-ecclesia-in-america/