L’assemblée d’Harare sous la loupe du COE

Genève: Clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens

Genève, 25 janvier 1999 (APIC) La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens s’est achevée dimanche par deux événements majeurs, à Genève. Le matin, un culte à la cathédrale Saint-Pierre a réunis près de 2’000 personnes, une affluence record due à la présence de l’abbé Pierre. En fin d’après midi, une conférence-débat, suivie d’une célébration, a eu lieu au Conseil œcuménique des Eglises (COE).

Moins médiatisée que le culte du matin, la rencontre organisée l’après-midi par le Rassemblement des Eglises et communautés chrétiennes de Genève a drainé une centaine de personnes de toutes confessions autour du thème: « L’œcuménisme, notre espoir pour l’an 2000 ». La table ronde était consacrée concrètement à la dernière Assemblée générale du Conseil œcuménique des Eglises (COE), réunie à Harare (Zimbabwe), à laquelle les quatre intervenants ont participé.

Une assemblée « ordinaire »

Jean Fischer, ancien président de l’Oeuvre d’entraide protestante (EPER) et ancien secrétaire général de la Conférence des Eglises européennes, a présenté le programme de l’assemblée d’Harare et les documents produits à l’occasion. A ses yeux, ce fut une assemblée « ordinaire », dans le sens qu’elle a fait son travail, avec sérieux et sagesse, sans qu’éclatent les conflits que certains redoutaient. Ordinaire aussi, car il n’y a pas eu de percée bouleversante, aucune grande révolution pour le mouvement œcuménique.

Parmi les points forts, Jean Fischer relève la participation africaine importante, et plusieurs déclarations publiques, concernant notamment la remise de la dette, le statut de la ville de Jérusalem et les enfants soldats. Une proposition a tout particulièrement éveillé l’intérêt des participants, celle de mettre sur pied un « Forum des Eglises et des organisations chrétiennes » qui permettrait d’élargir la « table œcuménique ».

Les multiples voix de l’Orthodoxie

Prêtre et théologien orthodoxe, le Père Ion Bria, l’ancien directeur du Département « Unité et Renouveau » au sein du COE, a participé à l’assemblée d’Harare en tant que conseiller et non au titre de délégué de l’Orthodoxie. Ce statut lui a permis de voir ce qui s’y passait d’une position différente. Il a particulièrement apprécié les célébrations: pour lui en effet, le cœur de l’œcuménisme réside dans sa dimension spirituelle.

La rencontre d’Harare a aussi permis de mieux comprendre, grâce au explication d’un prêtre géorgien, qu’elle était la nature du malaise entre les Eglises orthodoxes et le COE. L’Eglise orthodoxe est « polyphonique », a relevé le Père Bria. Plusieurs voix s’expriment, traduisant plusieurs courants. Ces voix diverses n’ont peut-être pas été assez entendues à Harare.

Expérience positive: de la diversité au consensus

Participant pour la première fois à une assemblée de COE, l’abbé Edmond Gschwend, prêtre genevois, était là en tant qu’invité. Il a trouvé l’expérience très positive. Ce fut l’occasion de découvrir concrètement l’immense travail du COE, avec lequel il n’avait jamais eu jusqu’à lors la possibilité d’être en prise directe. Il a été particulièrement intéressé par la façon d’aborder les problèmes.

Alors que les catholiques romains partent du centre pour réduire les divergences, les membres du COE font l’inverse. Ils partent de la diversité pour aboutir à un consensus. « Chaque modèle a ses difficultés », a-t-il fait remarquer.

A propos de l’Eglise orthodoxe, l’abbé Gschwend se réjouit de ce que les conflits n’aient pas abouti au « pire, c’est à dire la séparation ». Les problèmes ne sont pas encore résolus, mais du moins a-t-il senti un respect profond de la position orthodoxe.

Les femmes dans l’Eglise

Autre invitée, Nicole Fischer, ancienne présidente de l’Eglise nationale protestante à Genève, a apporté son point de vue de femme sur l’assemblée d’Harare. Cela tombait bien, puisque la décennie « Eglises en solidarité avec les femmes », instituée par le COE, vient de s’achever. La question de la place des femmes dans l’Eglise, cependant, va bien au-delà des programmes et des déclarations. Elle nécessite une prise de conscience « existentielle ». Nicole Fischer attend le « jour où les femmes ne seront plus un problème pour les Eglises. Où celles-ci diront enfin qu’elles n’existent pas sans les femmes ».

Réunies en « festival », les quelque 1’000 femmes présentes à Harare ont adressé en ce sens une lettre au COE, dans laquelle elles lui demandent de s’engager en faveur d’une communauté évangélique, au plein sens du terme. Il ne s’agit pas de justice – à savoir d’une représentation égale des deux sexes dans l’Eglise – mais « d’avoir des gens qui correspondent aux tâches à accomplir », hommes ou femmes.

« Il faut que les Eglises se demandent s’il y a lieu de s’appeler Eglise sans la pleine participation de tous leurs membres à la réflexion théologique, à la pratique concrète, aux décisions. Nous sommes une famille créée par Dieu. Dieu n’a que nous, des hommes et des femmes, pour remplir la mission qu’il nous a confiée », conclut Nicole Fischer, qui voit dans cette pleine participation l’expression de la fidélité à l’Evangile. (apic/com/gt/ab)

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