Le rédacteur en chef en poste le plus vieux du monde
Cracovie, 27 janvier 1999 (APIC) Le journaliste catholique polonais Jerzy Turowicz, l’une des figures de proue de la résistance spirituelle au communisme, s’est éteint mercredi à Cracovie à l’âge de 86 ans des suites d’une crise cardiaque. Dirigeant depuis 1945 l’hebdomadaire catholique «Tygodnik Powszechny» à Cracovie, dont il était l’un des co-fondateurs, Turowicz passait pour le rédacteur en chef en poste le plus vieux du monde.
Le vieux lutteur, symbole durant des décennies d’une intelligentsia catholique rétive au régime communiste polonais, était resté formellement aux commandes de son journal, auquel collabora un auteur devenu entretemps célèbre… Karol Wojtyla, le futur pape Jean Paul II. Durant la période communiste, l’hebdomadaire de Cracovie eut à subir des attaques virulentes. En 1953, le refus de Turowicz et de sa rédaction de publier un éloge funèbre à la gloire de Staline – fait alors unique derrière le «rideau de fer» – entraîna la cession du journal à l’association catholique «Pax», contrôlée par le régime. Ce manque de déférence à l’égard du «petit père des peuples» coûta au journal son indépendance pour une durée de trois ans.
Figure de la résistance spirituelle
Jerzy Turowicz, originaire de Cracovie, a étudié dans sa ville natale et à Lvov, aujourd’hui en Ukraine occidentale. Actif dans l’association des étudiants catholiques polonais «Odrodzenje», il est nommé en 1939 rédacteur en chef du quotidien démocrate-chrétien «Glos Narodu», avant de se retirer dans la campagne après l’invasion allemande. Une période oùù on le retrouve militant au sein de troupes de théâtre et de feuilles clandestines.
Après la fondation de «Tygodnik Powszechny», Turowicz entra en relation avec le mouvement international pour la paix «Pax Christi», dont il appréciait le travail de réconciliation. Il plaida dès les années 60 pour la réconciliation de la Pologne avec l’Allemagne puis s’engagea encore davantage pour la réconciliation entre l’Eglise polonaise et le judaïsme. Ces dernières années, il a également ouvert les colonnes de «son» journal, qui représente la tendance ouverte et oecuménique du catholicisme polonais, à des théologiens progressistes, ce qui lui a valu l’ire des milieux conservateurs polonais.
Ces dernières années, le vieux rédacteur en chef de «Tygodnik Powszechny» était resté critique face à l’évolution de la société polonaise. Il confiait à l’APIC qu’à l’époque où le Parti communiste a implosé, «l’euphorie était telle que l’on voyait la Pologne d’un seul coup devenue souveraine, libre et démocratique Un pays qui allait connaître le bien-être généralisé d’un jour à l’autre. Un deuxième Japon!» De fait, relevait-il, les gens se sont vite aperçus que ce n’était pas si simple: «Ils ont découvert le chômage et la compétition, qui n’existaient pas auparavant parce que le régime avait instauré une sorte d’»Etat-providence pour les pauvres»: Pourtant, malgré ce constat, il n’y avait pas de nostalgie du passé chez ce vieux militant de la liberté. (apic/kap/be)
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