Pétition lancée par 70 personnalités religieuses

Nice: La charte européenne signée sans référence à la religion

Nice, 8 décembre 2000 (APIC) La signature de la Charte européenne des droits fondamentaux sans référence à la religion suscite de nombreuses réactions. En France, le « fait du Prince » est encore une réalité, constate la Commission Justice et Paix de l’Eglise de France. A l’occasion du sommet de Nice, « Témoignage Chrétien » a publié une pétition signée par 70 personnalités. « On passe de la reconnaissance des religions à leur exclusion », constate dans « La Croix » Mgr Dagens.

Le texte de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne se réfère plus, dans son préambule, à « l’héritage culturel, humaniste et religieux » de l’Europe, mais à « son patrimoine spirituel et moral ». Pourquoi ce passage du religieux au spirituel? « Parce qu’en France le « fait du Prince » est encore une réalité : même et surtout, paradoxalement, pour celui qui se réclame de la République! », répond Sylvie Bukhari-de Pontual dans « La Lettre de Justice et Paix ».

C’est, en effet, le Premier ministre français Lionel Jospin qui a rappelé à Roman Herzog que la France est « une République laïque » et que la référence à l’héritage religieux de l’Union européenne est pour elle « inacceptable ». Pierre Moscovici, ministre délégué, chargé des affaires européennes, est allé jusqu’à affirmer que, la Constitution française ne faisant aucune référence d’aucune sorte à un héritage religieux, la mention de celui-ci est « contraire à l’esprit laïque de nos institutions » et va « bien au-delà de nos traditions constitutionnelles qu’elle obligerait à modifier ».

« La laïcité n’est pas la négation du fait religieux »

Si le ministre s’est appuyé sur le Préambule de la Constitution de 1958, qui proclame que la France est « une République indivisible, laïque, démocratique et sociale », l’éditorialiste de « La Lettre de Justice et Paix » lui rafraîchit la mémoire en citant la suite de ce texte: la République « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Elle lui rappelle que, selon la loi de 1905, notamment en son article 2, la laïcité n’est pas la négation du fait religieux, et affirme: « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ».

La non-reconnaissance juridique des religions par l’Etat ne signifie pas que celui-ci ignore les confessions religieuses, et d’autant moins qu’il a pour mission d’assurer la liberté de leur exercice, souligne Sylvie Bukhari-de Pontual. « Comment donc le Premier ministre français a-t-il pu aussi facilement nier une telle réalité constitutionnelle et juridique, écrit-elle, et refuser, d’un coup de communiqué de presse, une réalité historique difficile à occulter, celle de la dimension religieuse de notre héritage européen qui englobe, aux côtés des racines païennes, les traditions juives, chrétiennes et musulmanes? Mais, pour Lionel Jospin, « la messe était dite » et nos partenaires européens ont dû s’incliner pour éviter l’incident diplomatique. C’est regrettable, c’est critiquable, c’est surtout dangereux. Car le terme « spirituel » qui a été substitué au mot « religieux » signifie aujourd’hui tout et son contraire. Cet affadissement est la porte ouverte aux dérives entrevues ces dernières années, dérives particulièrement redoutées par le gouvernement français ».

Pétition publiée dans « Témoignage Chrétien »

L’Europe ne peut nier sa mémoire religieuse, affirme la pétition publiée dans l’hebdomadaire « Témoignage Chrétien ». Parmi ses 70 signataires figurent des évêques, dont le cardinal Eyt (Bordeaux) et Mgr Dagens (Angoulême), les socialistes Jacques Delors et Catherine Trautmann, des intellectuels comme le protestant Olivier Abel et le catholique Jean-Baptiste Foucauld.

Dans « La Croix », Mgr Claude Dagens, initiateur de la « Lettre aux catholiques de France » publiée par l’épiscopat français en 1996, dénonce « une conception étroite, restrictive et mesquine de la laïcité », qui fait passer « de la non-reconnaissance des religions à leur exclusion ». Pour Mgr Dagens, ce refus du gouvernement, qu’il juge « inadmissible », est un alibi, qui « masque le vide d’inspiration de notre démocratie, et la perte de substance intérieure de la République ».Car l’idée républicaine fut « un projet moral, philosophique et quasi religieux », dit-il. « Elle a perdu cette substance. Le projet laïque, pour lequel j’éprouve un profond respect, est en panne d’inspiration ». (apic/cip/bb)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/nice-la-charte-europeenne-signee-sans-reference-a-la-religion/