Rome: Interview de Navarro-Valls: du Jubilé aux fausses rumeurs de démission

« Le nihilisme de la sécularisation a espéré mener le monde »

Rome, 12 décembre 2000 (APIC) Le Jubilé, le pontificat, le voyage en Terre-Sainte, les rumeurs de démission, les projets, l’ordination sacerdotale, autant de sujets abordés par Joaquin Navarro-Valls dans une entrevue accordée au quotidien espagnol « La Vanguardia », publiée le 9 décembre. Pour le porte-parole du Vatican, le Jubilé a permis de s’éloigner de l’isolement anthropologique, au moment où le nihilisme de la sécularisation espérait mener le monde.

Membre permanent de l’Opus Dei, médecin, journaliste, et porte-parole de Vatican depuis 17 ans, Navarro Valls, 64 ans, est considéré comme l’une des personnes les mieux informées au monde. Au Vatican, il évalue ce qui est essentiel dans l’actualité et détermine les critères de discrétion.

Pour Joaquin Navarro-Valls, le Jubilé et le chemin qu’il a parcouru, expliquent le pontificat de Jean Paul II. Pour le pape, renforcer l’identité chrétienne ne signifie pas enfermer le christianisme dans un ghetto de vérités exclusives, mais effectuer le premier pas d’un dialogue profond avec la modernité, avec ses succès et ses limites. « Quelque 28 millions de personnes seront peut-être venues à Rome cette année et beaucoup plus ont vécu le Jubilé d’une manière ou d’une autre dans leurs diocèses. Cependant, profondément, ce n’est pas une question de statistiques, mais d’ouverture à la transcendance et d’éloignement de l’isolement anthropologique, alors que le nihilisme de la sécularisation espérait mener le monde », souligne le porte-parole du Vatican.

Q : Comment les médias modernes ont-ils contribué à diffuser le message de l’Eglise et à attirer des pèlerins?

J. Navarro-Valls: Ils y ont contribué de façon décisive. Ils ont adopté et suivi l’agenda du pontificat, parce qu’en fait, ils ne pouvaient l’ignorer. Certains estiment que les médias ne sont pas aptes à transmettre les vérités religieuses. Cependant, on ne peut pas oublier que l’Eglise a ses propres façons de communiquer ces vérités, qui ont marché avec une efficacité extraordinaire pendant 20 siècles: la famille, la liturgie, la catéchèse, l’école, les universités catholiques et le dynamisme personnel de chaque chrétien dans son milieu social ou de travail.t

Q : Quel bilan faites-vous de vos longues années avec Jean Paul II ? Qu’est-ce que cette expérience a signifié pour vous ?

J. Navarro-Valls : Il me faudrait toutes les pages de votre journal pour donner ne serait-ce qu’une ébauche de réponse! Alors que pour tout le monde le problème du mal est un mystère, Jean Paul II affirme: « le Mal n’est ni fondamental, ni définitif ».

C’est le pape qui a changé et a enrichi l’exégèse biblique sur la femme. Il est le créateur « d’une théologie du corps » qui est la base d’une anthropologie de la sexualité humaine dans laquelle il intègre l’amour et la procréation.

C’est le pape qui parle « de la structure morale de la liberté » à une époque où le concept populaire de liberté comme un absolu conduit à sa négation et à une perplexité et une inquiétude existentielles. Il est l’homme de la confiance totale dans les possibilités de l’être humain. Seul celui qui croit en l’homme peut être moralement exigeant avec lui. Jean Paul II est un homme d’un naturel très bon, un pape d’une sainteté extraordinaire.

Q : Après l’événement marquant du voyage en Terre Sainte, comment décririez-vous le rapprochement avec les Juifs et avec les Palestiniens réalisé par Jean Paul II ?

J. Navarro-Valls : Ce voyage était un chef-d’œuvre, non pas d’équilibre, mais de justice. Il a parlé aux Palestiniens et aux Israéliens depuis le point de vue de la vérité. Il a dévoilé à tous les deux la vérité de leurs positions respectives. Comme les deux côtés étaient conscients de l’absence d’intérêts géopolitiques de la part du pape, sa réflexion sur la vérité exacte a été acceptée sans réserves. Personne n’a essayé de faire un voyage comme cela avant Jean Paul II, en allant, à son tour, en Israël et dans les territoires autonomes palestiniens.

Q : On a parlé de la démission du pape. Ces rumeurs sont-elles absolument sans fondement?

J. Navarro-Valls : Je répéterai ce que j’ai eu l’occasion de dire à d’autres occasions: Jamais, au cours des 17 années que j’ai travaillé auprès de Jean Paul II, je ne l’ai entendu mentionner cette possibilité, publiquement ou en confidence. C’est ma seule référence sur cette question.

Q : De quels projets de voyages pour 2001 pouvez-vous parler? Parmi eux, y a-t-il une visite en Syrie ?

J. Navarro-Valls : Oui, c’est le souhait du Saint-Père d’aller à Damas, la ville de la conversion de St Paul. Il a aussi accepté l’invitation répétée à se rendre en visite en Ukraine. Et, naturellement, il y a d’autres possibilités actuellement à l’étude.

Q : L’Eglise de Catalogne, en Espagne, a été confrontée à deux problèmes: le financement, qui semble être maintenu grâce, particulièrement, aux contributions de catholiques américains et allemands; et le manque de vocations. Qu’est-ce qui peut être fait pour améliorer les finances et pourquoi ne pas ouvrir le sacerdoce aux femmes ?

J. Navarro-Valls : « Partout, selon les caractéristiques locales, l’Eglise a adopté un système différent de financement. Entre autres choses, avec ce système la haute valeur sociale de beaucoup de ses initiatives est reconnue et c’est juste : enseignement, secours, attention aux plus déshérités. Les dettes, contractées historiquement par des institutions ecclésiastiques à cause par exemple d’amortissements ou d’expropriations, sont aussi gardées à l’esprit.

En ce qui concerne les vocations, la diminution relative du nombre de prêtres et de religieux s’est arrêtée il y a quelques années. Naturellement, un besoin se fait toujours sentir. L’éventualité de l’ordination de femmes est exclue par l’Eglise catholique, latine et orientale, comme par les Eglises orthodoxes qui maintiennent la succession apostolique. Poser la question en termes de droit est une erreur : personne n’a un droit à être ordonné prêtre, ni homme, ni femme. Ce n’est pas une question de droit, mais d’appel. (apic/zn/bb)

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