Yaoundé, 28 décembre 2000 (APIC) Le conseil permanent de la Conférence des évêques du Cameroun vient de publier une note sur l’activité du Commandement opérationnel des Forces de l’ordre chargée de combattre la criminalité et le banditisme dans le pays.
Evaluant l’activité du service de recherche mis en place au niveau national, la note juge positivement le rôle que les forces de l’ordre sont appelées à remplir pour garantir la sécurité de la population. Les évêques expriment en revanche leur inquiétude au sujet de quelques incidents graves qui se sont produits à Douala et impliquant le Commandement opérationnel des unités spéciales: vexations, tortures et exécutions sommaires dont se sont rendu responsables des agents remettent en cause la crédibilité de l’institution, écrivent-ils.
« Dans un Etat de droit, ajoutent les évêques, personne ne peut être condamné sans être entendu devant un tribunal équitable et « super partes » (ndr: impartial). Nous le rappelons à nos dirigeants et nous espérons ne plus devoir vivre à l’avenir de telles violations des droits humains et de la dignité humaine. »
La note porte la signature de Mgr Cornelius Fontem Esua, président de la Conférence épiscopale. Elle reprend pour l’essentiel – et corrobore – les dénonciations contenues dans une lettre pastorale publiée à la mi-novembre par le cardinal Christian Tumi, archevêque de Douala, s’insurgeant contre la « terreur aveugle » exercée par le « commandement opérationnel » des unités spéciales, un corps de sécurité, composé d’éléments de la gendarmerie et de la police, constitué au début de l’année par le président Paul Biya pour lutter contre le grand banditisme à Douala.
Le commandement opérationnel responsable de la mort d’innocents
Dans sa lettre pastorale, Mgr Tumi rendait le commandement opérationnel responsable de la mort de plus 50 personnes innocentes depuis sa création. Le porte-parole du gouvernement lui avait répondu en soulignant les résultats enregistrés dans la lutte contre la criminalité, ajoutant que s’il y a « de temps en temps des morts », ce sont « des accidents », car « l’erreur est humaine ». « Ce qui se passe est horrible », avait confirmé le cardinal, parlant d’une « guerre ouverte contre la population de Douala ». Si celle-ci avait les moyens de se défendre, on serait déjà en guerre, avait-il déclaré à Radio France internationale.
Le cardinal de Douala, qui estime que l’opération des unités spéciales se fait sur « fond de corruption et de tricherie électorale », a fait savoir ces jours-ci qu’il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle de l’an 2002 au Cameroun. L’intention lui en avait en effet été prêtée après une interview qu’il avait accordée à l’hebdomadaire « Jeune Afrique – L’Intelligent », où il dénonçait la torture, la corruption et la mauvaise gestion du pays par le gouvernement. (apic/cip/mna/vb/pr)
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