Le Salvador n’a toujours pas pansé ses plaies de la guerre civile.
San Salvador, 29 décembre 2000 (APIC) Avec 7000 assassinats enregistrés l’année dernière, le Salvador apparaît comme l’un des pays les plus dangereux d’Amérique latine. D’autant plus que la police, très critiquée par des organisations de défense des droits de l’homme, n’arrive pas vraiment à s’attirer la confiance de la population. A cela est récemment venu s’ajouter un qui affaiblit le gouvernement: Fidel Castro accuse le président salvadorien de soutenir un cubain qui cherchait à l’assassiner. Valérie de Graffenried, journaliste à > (Fribourg), de retour du Salvador, livre son reportage.
San Miguel, petite ville du Salvador proche de la frontière hondurienne. Dans une boîte de nuit plutôt , des artistes aux paillettes scintillantes et cheveux gominés s’exhibent sur scène. L’air dramatique, ils hurlent des chansons d’amour dans leur micro jusqu’à en perdre la voix, sans pour autant oublier d’esquisser quelques pas de danse avec des femmes fort peu vêtues.
Soudain, les lumières s’allument, la musique s’arrête, les artistes se figent. Plus une paillette ne scintille. , hurle un gaillard tout de noir vêtu, la mitraillette au poing. Une dizaine d’autres individus aux bottes montantes et dont seuls les yeux se devinent entre quelques mailles de laine noire, l’ont rejoint au pas de course. Personne n’échappera aux fouilles corporelles minutieuses de ces agents de la brigade des stupéfiants. Pour les femmes, c’est jusque dans le soutien-gorge que la drogue est recherchée.
Groupes d’extermination
Ce type d’intervention musclée n’a rien de vraiment extraordinaire pour un pays comme le Salvador: les forces de l’ordre, très présentes, cherchent assidûment à lutter contre les trafics de drogue et d’armes qui contribuent à renforcer le sentiment d’insécurité dans ce pays de 5,6 millions d’habitants. Rien que l’année dernière, 7000 assassinats ont été perpétrés au Salvador. Soit presque autant que pendant les années de guerre civile (1980-1992). Et le problème majeur, c’est que depuis la crise institutionnelle résultant des accords de paix signés en 1992, les Salvadoriens ne placent plus leur confiance en les forces de police locales: trop de délinquants présumés sont régulièrement tués par des .
Dans son rapport 2000, Amnesty International souligne justement que des sont parfois retrouvées une balle dans la tête et les mains attachées dans le dos, ce qui laisse supposer l’existence de véritables groupes d’extermination. L’organisation précise par ailleurs que la police nationale n’a toujours pas atteint le niveau professionnel requis par les accords de 1992 et que plusieurs de ses membres ont encore récemment été renvoyés ou sanctionnés pour des .
Complot contre Castro
Comme si le Salvador, toujours marqué par la guerre civile, n’avait pas assez de difficultés internes à régler, un récent scandale l’a de nouveau placé sous les feux de la rampe. Lors du 10ème sommet ibéro-américain qui s’est achevé le 19 novembre dernier à Panama – il avait pour thème central les problèmes liés à l’enfance en Amérique latine – Fidel Castro, président de Cuba, s’est démarqué par un véritable coup d’éclat. Dès son arrivée à Panama, l’homme a su capter les médias en dénonçant un complot dirigé contre sa personne: un groupe anticastriste dirigé par un Cubain, Luis Posada Carriles, aurait élaboré un plan pour l’assassiner durant le sommet.
Après avoir exigé des mesures de sécurité du Panama, Fidel Castro a directement accusé le gouvernement salvadorien de protéger le chef de ce commando. Ce qui n’a pas vraiment plu au président Francisco Flores, qui lui a aussitôt rétorqué: .
Quelques jours auparavant, le Salvador avait été le seul pays d’Amérique latine avec le Venezuela à refuser de voter lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, la levée de l’embargo économique imposé par les Etats-Unis à Cuba. Quant à Cuba, il a au cours de la même session refusé de souscrire un texte présenté par le Salvador et condamnant le groupe séparatiste basque ETA. Felipe Perez Roque, ministre cubain des Affaires étrangères a qualifié le texte de .
Le climat entre les deux pays s’est à tel point détérioré que la rencontre prévue le 1er décembre entre Francisco Flores et Fidel Castro à Mexico dans le but de régler le contentieux concernant Luis Posada Carriles, a été ajourné. Le président salvadorien, qui n’a toujours pas digéré les attaques verbales de Castro, a jugé qu’il ne mènerait à rien. (apic/vdg/pr)
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