Salzbourg: Mgr Eder et Manfred Kock, après la suspension du doyen Peter Hausberger
Salzbourg,
(APIC) La suspension du doyen autrichien Peter Hausberger, pour intercommunion avec des pasteurs méthodistes, préoccupe tant les catholiques autrichiens que les protestants allemands. « On ne peut faire l’impasse sur des siècles de séparation », dit Mgr Georg Eder; « attention à ne pas mettre l’Eglise catholique au pied du mur », avertit pour sa part le président de l’Eglise évangélique allemande (EKD), le pasteur Manfred Kock.
Par le biais d’une lettre pastorale qui sera lue le 12 novembre dans toutes les églises de son archidiocèse, l’archevêque de Salzbourg Georg Eder justifie, auprès de ses fidèles, la suspension de l’abbé Peter Hausberger. De son côté, le président du Conseil de l’EKD, le pasteur Manfred Kock, a mis en garde mardi à Augsbourg ses coreligionnaires contre le risque de réduire à néant les libertés qui subsistent encore au sein de l’Eglise catholique, en la mettant au pied du mur par une politique du fait accompli.
Le curé de la paroisse de St-Paul, l’abbé Peter Hausberger, a été provisoirement relevé de ses fonctions sacerdotales pour avoir contrevenu aux dispositions du droit canonique en célébrant l’eucharistie avec des pasteurs méthodistes.
Un « geste dicté par l’amour »
On ne peut pas faire l’impasse sur des siècles de séparation par un simple « geste dicté par l’amour », a souligné l’archevêque de Salzbourg. « Quiconque essaie envers et contre tout de ne pas tenir compte des dispositions du droit canonique est comme la neige qui recouvre les fossés d’une fine couche qui cède sous les pas, explique Mgr Eder.
Mardi, à Augsburg, en Allemagne, à l’issue de la Fête de la Réformation, le président du Conseil de l’Eglise évangélique en Allemagne (EKD), Manfred Kock, a pour sa part, mis en garde contre tout recours à la politique du fait accompli, en célébrant la Sainte Cène entre chrétiens catholiques et évangéliques. « Il faut veiller à ne pas réduire à néant les libertés qui existent encore au sein de l’Eglise catholique, en exerçant une trop grande pression sur elle », avertit Manfred Kock. La question d’une intercommunion se pose en effet dans le cadre de la préparation du « Kirchentag » de 2003 à Berlin. Manfred Kock a également souligné que du côté protestant, l’invitation à célébrer autour de la même table serait lancée à tous les baptisés, parce que cette ouverture à tous fait partie de la signification même de la Cène.
Un chemin long et difficile
Beaucoup de chrétiens aspirent à ne faire plus qu’ »une Eglise et à se réunir autour du même autel pour louer Dieu d’une seule voix », reconnaît de son côté Mgr Eder. Le Concile Vatican II n’a pas seulement donné une « formidable impulsion » aux catholiques mais aussi aux autres communautés chrétiennes. Les efforts vers l’œcuménisme se sont accentués, avant tout à cause de Jean Paul II. Le chemin vers l’ »unité complète » est cependant beaucoup plus long et laborieux que l’on a pu le croire dans un premier temps, porté par l’euphorie du deuxième concile. Les chrétiens ont le même Evangile, qui devrait les conduire vers l’unité. Ce n’est malheureusement pas le cas, déplore Mgr Eder. « Les Eglises lisent et prêchent l’Evangile de façon si différente qu’il naît constamment de nouveaux groupements et tendances. »
Une eucharistie commune n’est pas encore possible à l’heure actuelle, selon l’archevêque, parce que les conceptions de l’Eglise, des ministères et du sacerdoce comportent un monde de différences. Si l’Eglise évangélique connaît la commémoration du dernier repas qu’est la « Cène », elle ne connaît ni l’eucharistie, ni le sacrement d’ordination a rappelé Mgr Eder.
« Que toute une paroisse se solidarise derrière son curé ne m’impressionne pas, mais au contraire m’attriste », explique encore Mgr Eder dans sa lettre pastorale. Car cela signifie que toute la communauté ecclésiale de St-Paul ne sait plus ce qu’est la Sainte Messe. L’archevêque de Salzbourg dénonce encore le boycott, annoncé par la paroisse privée de son curé, de sa contribution paroissiale. « Ces gens doivent réfléchir à l’objectif qu’ils visent. En refusant de verser leur participation, ils entraîneront le licenciement de personnes engagées dans le diocèse. «
Plus de choses nous unissent…
Evoquant la déclaration romaine « Dominus Iesus », le chef des protestants allemands a quant à lui souligné que le texte, « par son arrogance », avait déçu de nombreuses personnes engagées dans l’œcuménisme. Il ne faut pas perdre de vue, dans l’émotion du moment, la perspective à long terme et ce qui a été atteint en dépit de siècles d’inimitiés et d’hostilités. La pensée œcuménique est profondément ancrée dans les églises. « Nous avons plus de choses en commun que de choses qui nous séparent ». Nous avons fait des « expériences réjouissantes ». La société séculière, avec la perte de la relation à Dieu et des valeurs chrétiennes, est un défi pour les deux Eglises, estime le chef des protestants allemands. (apic/kna/job/mjp)
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