Pour protéger « pacifiquement » leur communauté
New Delhi, 5 novembre 2000 (APIC) Pour faire face aux attaques répétées dont les chrétiens sont la cible, des jeunes chrétiens de l’Etat indien de l’Orissa s’organisent pour protéger « pacifiquement* leur communauté. Les hiérarchies catholique et protestants de la région approuvent. Mais relèvent qu’il ne s’agit pas de groupes d’autodéfense. Ils s’agit, dit-on, de faire face pour lutter contre des attaques de fondamentalistes hindous, et de protéger des chrétiens laissés sans défense. La faute aux autorités.
Préoccupées par les attaques contre les chrétiens et l’impuissance du gouvernement à agir pour les faire cesser, les responsables des principales Eglises de l’Etat de l’Orissa, où ont eu lieu les attaques les plus violentes, ont en effet mis sur pied un groupe de jeunes chrétiens « pour faire face pacifiquement à ces attaques contre la communauté chrétienne ».
Les responsables d’Eglise de cet Etat de l’est du pays soulignent que l’organisation de jeunesse chrétienne, Rashtriya Surakshya Vahini (RSV – groupe de sécurité nationale) ne sera pas une milice et ne va pas recourir à la violence. L’établissement du RSV a été annoncé le 22 octobre par les responsables d’Eglise catholiques et protestants lors d’une conférence de presse tenue dans la résidence de l’archevêque catholique de Bhubaneswar, capitale de l’Orissa.
« Des églises et des chrétiens continuent d’être victimes d’attaques. Mais le gouvernement ne fait rien pour arrêter ces violences », a déploré le baptiste Ranjit Pradhan, qui a joué un rôle essentiel dans la mise en place du RSV.
Ranjit Pradhan, président du Forum chrétien uni de l’Orissa, a précisé qu’au début le RSV comptera cinq unités, chacune composée de 100 jeunes chrétiens, basées au nord de l’Etat dans le district de Kandhmal, théâtre de troubles et de violences.
Selon Ranjit Pradhan, qui vit dans la ville d’Udaigiri du district de Kandhmal, 22 attaques ont été perpétrées dans la région depuis avril par des fondamentalistes hindous contre des chrétiens. L’objectif du RSV est de « répondre au RSS et aux autres groupes par la non-violence ». Le RSS – Rashtriya Swayamsevak Sangh – est la principale organisation fondamentaliste hindoue. Selon Ranjit Pradhan, le nom de ce groupe de jeunes a été délibérément choisi pour « sa similitude avec RSS ».
Meurtres répétés
Quatre églises – deux baptistes et deux catholiques – ont été endommagées dans le district durant la première semaine d’octobre. A la mi-octobre, un prêtre catholique et son cuisinier ont été gravement blessés lors de l’attaque du complexe paroissial dans le village de Beticola.
Selon certaines sources, c’est le pourcentage élevé de chrétiens parmi les communautés tribales de la région qui explique la multiplication d’attaques organisées contre des cibles chrétiennes par des groupes extrémistes hindous.
Même si les chrétiens représentent seulement un pour cent des 35 millions d’habitants de l’Orissa, le district de Kandhmal, peuplé en majorité d’autochtones, comprend la plus grande communauté chrétienne de l’Etat. Couvrant une superficie de plus de 6’000 kilomètres carrés, Kandhmal compte un million d’habitants, dont plus de 20 % sont chrétiens.
L’an dernier, la région de l’Orissa du Nord a été le théâtre de nombreux incidents, dont les meurtres du missionnaire australien Graham Stuart Staines et de ses deux jeunes fils, perpétrés par des fondamentalistes hindous ainsi que l’assassinat du prêtre catholique Arul Doss.
Chrétiens laissés sans défense
Mgr Raphael Cheenath, archevêque catholique de Cuttack-Bhubaneswar, a déclaré à l’Agence œcuménique ENI que le RSV a été fondé parce que « nous sommes seuls, et que le gouvernement ne nous protège pas ». L’archevêque, qui est aussi conseiller du Forum, a déclaré que le RSV « ne va jamais recourir à la violence ni prendre les armes » pour défendre les droits des chrétiens. « Ce dont nous avons besoin, c’est d’une meilleure communication et coordination entre les Eglises pour prévenir ces attaques ».
Un communiqué de presse publié par les responsables d’Eglise lors du lancement du RSV souligne que les chrétiens craignent que « les minorités de l’Etat n’aient perdu toute confiance en en l’administration locale, car elles ont beaucoup de doutes sur sa sincérité et son intégrité ». Le communiqué ajoute que les instances gouvernementales et policières qui ont empêché les chrétiens d’ouvrir des écoles, des hôpitaux et des orphelinats pour les communautés autochtones « au nom de l’harmonie entre communautés » ferment les yeux sur la campagne de haine qui dénonce les chrétiens comme « ennemis de la nation, étrangers et éléments de la discorde nationale ».
Les chrétiens du district de Kandhmal sont « absolument sans défense », a déploré Mgr Cheenath. (apic/eni/pr)
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