Battus devant la justice, les islamistes progressent au parlement

Egypte: Les Egyptiennes pourront obtenir un passeport sans autorisation de leur mari

Le Caire, 6 novembre 2000 (APIC) Au moment où les islamistes égyptiens obtiennent des gains inattendus aux législatives, ils perdent une bataille sur le droit des femmes devant la justice de leur pays. La Haute Cour constitutionnelle égyptienne a en effet déclaré que la législation soumettant l’attribution d’un passeport à une femme à l’autorisation de son mari est inconstitutionnelle. Les Egyptiennes devraient pouvoir désormais obtenir un passeport sans autorisation de leur mari et voyager librement à l’étranger.

La Haute Cour s’est également prononcée sur l’inconstitutionnalité des lois accordant aux ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères un droit de regard sur l’attribution d’un passeport, affirmant que la règle est d’attribuer un passeport en conformité au principe de liberté de circulation, « l’interdiction étant l’exception ».

Un projet d’article accordant aux femmes le droit de voyager à l’étranger sans l’accord de leur conjoint avait été supprimé du nouveau code égyptien du statut personnel, promulgué en janvier, à la suite d’un tollé au Parlement, les députés l’ayant jugé contraire à la « charia », la loi islamique. C’est une femme, empêchée de sortir du pays par son mari, qui a porté son cas devant la justice.

Les femmes égyptiennes ont donc gagné le droit de voyager sans la tutelle de leur mari. La décision de justice a été saluée par Mervat Tellawi, présidente du Conseil des femmes d’Egypte, une puissante organisation féministe fondée au début de l’année. La militante a souligné qu’il s’agissait là d’un pas dans la bonne direction vers l’égalité entre hommes et femmes. Les femmes égyptiennes luttent depuis plusieurs années pour pouvoir voyager librement. Mona Zulficar, une juriste qui milite pour améliorer la situation légale des femmes, a qualifié la décision de la Haute Cour de « grande victoire ». Elle a souligné que le décret du ministère de l’Intérieur avait été souvent utilisé de façon abusive contre les femmes.

Le combat des femmes n’est pas terminé

En début d’année, le parlement égyptien a voté une nouvelle loi rendant le divorce un peu plus facile pour les femmes, qui ne bénéficient pas de l’égalité dans la loi islamique. Le combat des femmes n’est pas terminé, car il reste de nombreuses discriminations. Le prochain pas, pour Mervat Tellawi, sera d’obtenir le droit des Egyptiennes mariées à des étrangers de transmettre la nationalité égyptienne à leurs enfants, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Mais ces nouveaux champs de bataille législatives ne seront pas faciles pour les femmes égyptiennes: les islamistes viennent en effet de progresser aux législatives. Neuf nouveaux membres des Frères musulmans ont ainsi été élus à l’Assemblée égyptienne, ce qui porte à 16 le nombre des islamistes élus depuis le début des législatives en cours. Cette percée spectaculaire ne remet cependant pas en cause la majorité du parti au pouvoir, le Parti national démocrate (PND) du président Hosni Moubarak, notent les observateurs.

Mais les islamistes confirment ainsi leur retour à la vie politique officielle après dix ans d’absence de l’Assemblée du peuple. Ils avaient boycotté les élections de 1990 et n’avaient remporté aucun siège aux législatives de 1995. Ils deviennent également le premier bloc de l’opposition à l’Assemblée, loin devant les nassériens et les libéraux du Wafd. Les candidats des Frères musulmans se sont présentés sans étiquette, car le mouvement, légalement interdit en Egypte, est néanmoins toléré par le pouvoir. (apic/orj/bbc/be)

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