France: Message du cardinal Angelo Sodano aux «Semaines Sociales de France»

Le secrétaire d’Etat du Vatican déplore le primat de l’économie

Rome, 19 novembre 2000 (APIC) La 75ème édition des « Semaines Sociales de France », ouverte vendredi au Palais des arts et des congrès d’Issy-les-Moulineaux, près de Paris, a conclu ses travaux dimanche. A cette occasion, le cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican, a envoyé un message à Jean Boissonnat, président des « Semaines Sociales », dont le thème était cette année « Travailler et vivre ». Le secrétaire du Vatican déplore que le primat de l’économie s’impose trop souvent dans les décisions publiques.

Sens du travail, juste rémunération et respect du repos du dimanche: ce sont quelques-uns des thèmes abordés par le cardinal Sodano dans son message aux participants. Lancées pour la première fois 1904 à Lyon à l’initiative de deux laïcs, le lyonnais Marius Gonin et le lillois Adéodat Boissard, les « Semaines Sociales » avaient pour but de diffuser la doctrine sociale de l’Eglise, en particulier pour améliorer la condition ouvrière, dénoncée comme inhumaine par le pape Léon XIII dans son encyclique « Rerum Novarum » (1891).

Pour une « écologie humaine authentique »

Les Semaines Sociales ont abordé tous les grands sujets de société, avec une optique économique plus prononcée, notamment les problèmes du tiers monde et les phénomènes de socialisation. En termes d’audience, elles culminent à la session de Lyon, en 1964, avec près de 5’400 participants. A la suite des crises de l’Action catholique, du syndicalisme chrétien, des forces politiques se rattachant au courant de la démocratie chrétienne, les Semaines Sociales connaissent une éclipse dans les années 70, avant de renaître au milieu des années 80, sous la présidence de Jean Gélamur (jusqu’en 1995) puis de Jean Boissonnat. Elles retrouvent leur rythme annuel à partir de 1995, avec une participation qui oscille en moyenne autour de 1’500 personnes. Le mandat de Jean Boissonnat arrivant à son terme, c’est désormais Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds Monétaire International, qui en assurera la présidence.

Dans son message, le cardinal Sodano encourage les participants à proposer à leurs contemporains une spiritualité renouvelée du travail, une « écologie humaine authentique » respectueuse de la structure naturelle et morale de l’homme, et une « écologie sociale » lui offrant un cadre de vie agréable notamment dans les villes.

Retrouver une juste hiérarchie des valeurs

Le secrétaire d’Etat du Saint-Siège évoque par ailleurs une certaine crise du sens et de la valeur du travail aujourd’hui, à laquelle doivent face les politiques en matière de travail et de protection sociale. Il regrette ainsi le fait que « l’aspect économique prime bien souvent dans les décisions publiques ». Il faut retrouver une juste hiérarchie des valeurs, affirme-t-il, en mettant à la toute première place l’homme et la femme qui travaillent, et la valeur de la famille. Le travail est une chance lorsqu’il contribue à donner à chaque individu la place qui lui revient au sein de la société, ajoute le cardinal Sodano. Il doit donc permettre une promotion des personnes, et ne pas être cantonné à une activité de production.

En abordant alors la question de la rémunération du travail, le cardinal Sodano invite à plus de justice, en déplorant que les marchés financiers soient souvent « des sources de profit qui dépassent la rémunération de l’activité laborieuse » et la dévalorisent. Pour le secrétaire d’Etat du Saint-Siège par ailleurs, il faut aujourd’hui revaloriser dans la société le rôle des parents, et notamment celui de la mère de famille, dont la tâche est un « travail à part entière » et un « service important de la collectivité ». Ce travail devrait donc « recevoir la rétribution qui lui est due ».

Le travail des enfants préoccupe l’Eglise

Le cardinal Sodano encourage encore la mise en place d’instruments juridiques permettant de protéger les travailleurs de toutes les formes d’arbitraire, de contraintes et de certaines conditions de vie qui ne respectent pas l’être humain. Il exprime en particulier la « grande inquiétude » de l’Eglise face à l’utilisation d’enfants dans le monde du travail, dans des conditions qui nuisent à leur santé, à leur formation et à leur avenir.

Respecter la sanctification du dimanche

Enfin, le prélat souligne que l’économie n’étant pas la seule dimension de l’activité humaine, le travail ne peut pas couvrir la totalité du temps humain. Il cite alors le loisir et le temps libre, les activités de bénévolat et de formation, et le temps de la prière, comme contribuant à « l’équilibre et à l’épanouissement des personnes ». Le respect du repos et de la « sanctification » du dimanche est important, a-t-il ajouté, dans la mesure où « la vie spirituelle constitue le cœur de toute existence ».

Parmi les invités aux « Semaines sociales » de cette année, on notait la présence d’universitaires comme Claude Thélot, Françoise Piotet, Bernard Ibal, Alain Supiot; de militants engagés sur le terrain comme Jean Kaspar, Christiane Lambert, Annie Dreuille; de chefs d’entreprise comme Laurent Degroote; de hauts fonctionnaires nationaux et internationaux comme Jean-Baptiste de Foucauld et Michel Hansenne; de théologiens comme le Père Debergé; d’hommes politiques comme Jacques Delors et Jacques Barrot.

Redéfinir la place du travail dans la vie

Président des « Semaines sociales », Jean Boissonnat explique que « depuis un quart de siècle, le travail est revenu au cœur des préoccupations de chacun, de la politique et de la société. Pour deux raisons: d’abord parce qu’il a beaucoup manqué; nous avons vu revenir un chômage de masse que nous pensions avoir éradiqué. Ensuite, le travail change dans la perception que nous en avons sous l’effet de la transformation conjointe des techniques et des mentalités ».

Il remarque, parallèlement, les transformations de l’économie et de la société, qui ne sont pas sans incidences sur le travail: « la nouvelle révolution industrielle, à base d’informatique et de télécommunication, bouleverse les conditions de travail. Elle fait passer massivement la population active d’un face à face avec la matière et avec la machine à un face à face avec les collègues et avec les clients. Une grande partie de la population doit brutalement s’habituer à de nouveaux comportements: la peine physique est moins lourde, mais la pression psychologique et sociale peut l’être davantage. Il faut se tenir régulièrement au courant de l’évolution, non seulement des techniques mais aussi des mentalités. Les diplômes de fin de scolarité ne sont plus des passeports durables pour trouver des emplois. La formation s’étend sur toute la durée de la vie ».

Le thème choisi pour cette 75e semaine a ainsi voulu manifester la nécessité de redéfinir la place du travail dans la vie. Et d’expliquer: « Certains n’y voient qu’un ’sacrifice social’ (pour reprendre une formule de Paul Ricoeur) pour se procurer des loisirs qui seraient le lieu de la ’vraie vie’. D’autres entendent y former et y exprimer leur personnalité. Plus personne, dans nos pays, n’est disposé à faire n’importe quoi pour n’importe quel prix. Ce n’est pas seulement le travail qui change, le travailleur aussi ». (apic/imedia/zenit/be)

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