La ville de la Nativité coupée du monde à un mois de Noël
Bethléem, 22 novembre 2000 (APIC) En état de siège depuis bientôt deux mois, Bethléem, la ville de la Nativité chère au cœur des chrétiens, est coupée du monde à un mois des festivités de Noël. En raison des violences et de la poursuite de révolte contre l’occupation israélienne, les célébrations de «Bethléem 2000» ont été repoussées, indiquent les responsables de l’événement jubilaire.
L’ambiance dans les bureaux de Bethléem 2000 est déprimante et la frustration est présente. Les responsables du projet ont en effet passé des mois à préparer les célébrations et les conférences prévues dans le cadre du Festival de Noël, qui devait commencer à la mi-novembre, et tout tombe à l’eau pour l’instant du moins. Dans les territoires palestiniens, l’activité économique tourne au ralenti et de réjouissantes perspectives de développement sont réduites à néant par le blocus israélien et la violence.
«Nous repoussons tout jusqu’à ce que nous ayons une vision claire de la situation’’, déclare Samah Qumsih, responsable administratif pour les relations avec les Eglises du projet «Bethléem 2000». «Les brochures sont imprimées et nous sommes tous prêts, et maintenant rien ne se passe. Les gens se décommandent, c’est un désastre, un vrai cauchemar!», lance la responsable palestinienne. Deux conférences internationales – une sur l’architecture historique et l’autre sur les pèlerinages – programmées pour décembre ont été renvoyées à janvier et février. La traditionnelle messe de minuit catholique devrait tout de même être célébrée en la basilique de la Nativité la veille de Noël, le 24 décembre.
Les grandes célébrations de Noël sont également en péril, car les organisateurs voient difficilement des chœurs internationaux venir chanter sur scène quand la population locale vit dans des conditions si difficile. L’armée israélienne a bombardé au canon et à la roquette la conurbation Beit Jala – Bethléem – Beit Sahour (le «champ des bergers» de l’Evangile), où vit une importante population chrétienne.
Rappelant les difficiles années de l’intifada, la «guerre des pierres» contre l’occupation israélienne, de 1987 à 1995, quand les célébrations de Noël étaient réduites à leur plus simple expression dans la ville qui a vu naître le Christ, Samah Qumsih espère pourtant que l’on n’assiste pas au début d’une période du même type. Elle considère qu’avec la base existante (les Accords d’Oslo), il devrait être possible de reprendre les négociations’’. Si la situation s’améliore, «Bethléem 2000» a mis sur pied un programme alternatif, mais de dimension réduite.
La ville de Bethléem, dirigée par le maire Hanna J. Nasser, issu d’une famille catholique chassée de Jérusalem-Ouest, a dépensé 200 millions de dollars pour accueillir les touristes et les pèlerins de l’Année sainte. Les touristes ont annulé leurs visites et ne viennent plus à Bethléem, déplore le maire. Au lieu des 20’000 touristes et pèlerins étrangers normalement attendus la veille de Noël, il devrait y en avoir seulement quelques centaines cette année.
Le Jubilé de l’an 2000 avait pourtant attiré de nombreux touristes jusqu’à la date du 28 septembre, quand la provocation calculée du faucon Ariel Sharon, qui s’est rendu sous escorte sur l’esplanade des mosquées de Jérusalem, a mis le feu aux poudre de la nouvelle «intifada Al-Aqsa». Plus de 240 personnes, en grande majorité des Palestiniens – dont beaucoup d’enfants – ont déjà trouvé la mort depuis cette date.
Une atmosphère sinistre
Même si Bethléem est à seulement dix minutes de voiture de Jérusalem, se rendre dans la ville est très difficile. Les touristes étrangers qui veulent faire le voyage – et il n’y en a presque plus – doivent demander l’autorisation de traverser au poste de contrôle militaire israélien à l’entrée de la Cisjordanie. Si l’approbation est donnée, les barrières sont temporairement levées. Mais la situation dans la ville est sinistre, voire dangereuse. Dans la rue principale de Bethléem, pratiquement tous les magasins et restaurants sont fermés depuis le début des violences, il y a deux mois.
Militants islamistes et rares touristes étrangers
Pour le maire de la ville, Hanna Nasser, la situation ne devrait pas s’améliorer avant Noël.
Les jours ou` il n’y a pas de violences, il est possible de rejoindre la place de la Mangeoire, au centre, proche de la basilique de la Nativité, lieu de la naissance de Jésus. Mais sur cette place, parée à l’occasion des célébrations du 2000e anniversaire de la naissance du Christ, ce ne sont pas les touristes chrétiens qui affluent, mais des militants islamistes venus y tenir des réunions politiques.
Le tombeau de Rachel, lieu de confrontation
Le foyer principal des violences à Bethléem, qui est sous contrôle de l’Autorité palestinienne depuis plusieurs années, est la rue principale menant au tombeau de Rachel, lieu sacré pour les juifs et les musulmans. Les juifs qui désirent se recueillir en ce lieu sacré pénètrent dans la zone sous la protection des soldats israéliens, vus par les Palestiniens comme les représentants de l’occupation militaire illégale.
Malgré ces violences, fait observer le maire, les habitants chrétiens de la ville n’ont à ce jour pas prévu de partir mais s’il y a escalade de la violence, ils pourraient le faire. «En dépit des événements, personne n’a décidé de quitter la ville mais, si le calme n’est pas rétabli, je crains que la situation n’affecte certaines familles», a-t-il déclaré à l’agence œcuménique ENI.
Si l’on veut assurer la sécurité des habitants de Bethléem et d’autres villes de Cisjordanie, constate Hanna Nasser, Israéliens et Palestiniens devront retourner à la table des négociations. En effet, a-t-il dit, aucune partie ne pourra arriver à ses fins par la force militaire et il n’existe aucune autre solution que d’instaurer une paix durable. (apic/eni/cns/be)
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