Sommaire

No 332 – Lundi 27 novembre 2000

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Nouvelles internationales:

BelgiqueMgr Simon inquiet du foisonnement des croyances « païennes »

Mais où sont passés les catholiques?4

BruxellesL’UE doit aller dans le sens d’une « européanisation », estime la COMECE

Session des évêques à l’approche du sommet de Nice5

NigeriaEntrée en vigueur de la chiara dans l’état de Kano

Les autorités locales rassurent les chrétiens8

Allemagne450’000 marks pour « Donum Vitae »9

Nouvelles suisses:

FribourgPlus de 200 personnes rendent hommage à Mgr Kataliko

L’Afrique crie – le monde se bouche les oreilles!2

Berne-JuraLe nouveau catéchisme reçoit les éloges des Eglises réformées7

JuraLes évêques de la Regio Basiliensis se sont rencontrés à Delémont8

LucerneL’ »Aide à l’Eglise en détresse » veut protéger sa dénomination

Risque de confusion avec un groupement de laïcs bernois9

FribourgLes carmes ont dédicacé leur nouvelle chapelle

Lieu de recueillement privilégié10

ZurichRencontre des évêques chargés de la communication

La théologie de la communication12

Vatican:

RomeInstruction romaine sur les prières de guérison

Le Renouveau charismatique satisfait5

RomeMessage du pape pour la prochaine journée mondiale des vocations

Considérer la vie comme une vocation7

RomeLe pape reçoit les participants du jubilé de la radio et télévision italiennes8

RomeOuverture d’un Congrès sur la globalisation, l’économie et la famille9

RomeCongrès mondial sur l’apostolat des laïcs

Survol des continents11

Fribourg: Plus de 200 personnes rendent hommage à Mgr Kataliko, le « Romero africain »

L’Afrique crie – le monde se bouche les oreilles!

Fribourg, 27 novembre 2000 (APIC) Plus de 200 personnes, dont une bonne moitié de Congolais, ont rendu dimanche soir en l’église Sainte-Thérèse de Fribourg un vibrant hommage au prélat congolais Emmanuel Kataliko, décédé le 4 octobre. Le message de paix et de non violence de l’archevêque de Bukavu et la dénonciation opiniâtre de l’occupation étrangère de sa patrie lui ont valu le surnom de « Romero africain ».

Avec la mort d’Emmanuel Kataliko, l’Eglise du Congo a perdu un artisan de paix, la « voix des sans voix », a lancé durant l’homélie le Père Claude Maillard, missionnaire d’Afrique et représentant suisse du « Réseau Foi Justice – Afrique Europe » (RFJ-AE) qui relaie ses informations à 32’000 religieux.

Dans le collimateur des rebelles et du régime de Kigali

Les rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) d’Emile Ilunga, qui occupent la région du Kivu avec l’appui des forces armées rwandaises, avaient enlevé Mgr Kataliko en février dernier puis l’avaient déporté hors de son diocèse, sous l’accusation « d’inciter à la haine raciale », voire de fomenter un nouveau génocide. « Une accusation dénuée de tout fondement, mais fréquemment utilisée par les régimes en place dans la région des Grands Lacs pour faire taire les gêneurs qui disent la vérité. Mgr Kataliko n’a jamais voulu combattre l’humain, mais l’injustice », précise le Père Blanc fribourgeois.

Cette messe d’action de grâces, organisée par l’Association des agents pastoraux du Congo (RDC) en Suisse, était concélébrée par une quinzaine de prêtres, dont une dizaine de Congolais, étudiants à l’Université ou engagés dans les paroisses romandes. Le rythme chaloupé des danses africaines accompagnées à la guitare électrique, le cortège des offrandes, les robes chatoyantes des « mamans congolaises » n’ont pas pu masquer la gravité du message de Mgr Kataliko.

Une religieuse congolaise, étudiante à l’Ecole de la Foi de Fribourg, a ainsi lu un extrait du message de Noël de Mgr Kataliko, prétexte de sa déportation par les rebelles pro-rwandais: « Notre vie quotidienne est loin de la joie et de la liberté. Nous sommes écrasés par une oppression de domination. Des pouvoirs étrangers, avec la collaboration de certains de nos frères congolais, organisent des guerres avec les ressources de notre pays. Ces ressources, qui devraient être utilisées pour notre développement, pour l’éducation de nos enfants, pour guérir nos malades, bref, pour que nous puissions vivre d’une façon plus humaine, servent à nous tuer! » Ce constat amer a trouvé un écho dans les intentions de prières en langue chilouba « pour les agresseurs du Congo et leurs complices ».

Désinformation et complicité

Le contentieux avec le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi – qui occupent la moitié du pays et pillent ses richesses – est lourd: les participants à la table ronde qui a suivi la messe ont bien exprimé l’humiliation qu’ils ressentent. Et leur impuissance. Comment se fait-il en effet que de « petits » pays voisins – même s’ils ont le feu vert et l’appui des Etats-Unis – parviennent à dépecer un si grand pays, en violation de la charte des Nations Unies et des principes de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) sur l’intangibilité des frontières ? Que sous le prétexte de protéger leurs frontières, ces pays stationnent leurs troupes à plus de 1’000 km à l’intérieur du territoire congolais ? Pourquoi le monde occidental, qui est intervenu massivement au Kosovo ou au Timor Oriental, tolère-t-il l’agression étrangère contre l’ex-Zaïre ?

Dans ses lettres pastorales, Mgr Kataliko ne mâchait pas ses mots: « Notre pays et nous-mêmes sommes devenus objet d’exploitation. Tout ce qui a de la valeur est pillé, saccagé, amené à l’étranger ou simplement détruit… Cette exploitation est soutenue par une stratégie de terreur qui entretient l’insécurité ». Prêtres congolais et intervenants dans le public lui ont fait écho, parlant à l’unisson de désinformation médiatique sur ce qui se passe dans la région des Grands Lacs et dans la partie occupée de la République démocratique du Congo.

Un prêtre congolais du Kivu qui travaille désormais dans une paroisse romande, sortant de deux ans d’errance dans la forêt aux côtés des civils fuyant les massacres, a décrit les fosses communes et témoigné de l’extermination systématique des réfugiés hutus par les troupes rwandaises pour se venger du génocide de 1994. « Les camps de réfugiés étaient pourtant sous protection de l’ONU, mais l’on n’a pas entendu de protestation internationale, ni à Genève, ni à New York! ». Le Père Claude Maillard avance le chiffre de 200 à 250’000 personnes qui manquent à l’appel.

La déchéance morale menace certains secteurs

Prêtre à la paroisse de Morat tout en préparant une thèse de théologie morale à l’Université de Fribourg, l’abbé Bruno Kazadi Muyal a rappelé le rôle de l’Eglise, qui n’est pas de faire de la politique, mais d’éveiller les consciences. Et de souligner qu’à côté des responsabilités internationales, il y a celles du peuple congolais lui-même, car ce ne sont pas seulement les agresseurs étrangers qui tuent, mais aussi les Congolais. Mgr Kataliko l’exprimait sans ambages en écrivant que « la déchéance morale a atteint un niveau si aberrant auprès de certains de nos compatriotes qu’ils n’hésitent pas à livrer leur frère pour un billet de dix ou vingt dollars! » « Personne ne nous libérera, sauf nous-mêmes, c’est en nous-mêmes que nous devons trouver la force morale; au Congo, il y a trop de mensonges, et le mensonge tue, c’est la première source de la mort! », a lancé l’abbé Bruno.

Dans le débat qui a suivi, le président de la Société Civile du Sud-Kivu, Joseph Kyalangilwa, arrivé récemment de Bukavu, a déploré que « l’Afrique crie et le monde se bouche les oreilles! » Interpellant le journaliste présent, il a lancé: « Vous croyez tout ce qui se dit sur le Rwanda, mais nous, personne ne nous croit. Nous pouvons vous fournir la liste des personnes massacrées à Kasika – plus d’un millier – mais cela vous intéresse-t-il? » Un fonctionnaire congolais a mis tout le monde d’accord en demandant qu’en Afrique on mette de façon urgente un terme à la culture de l’impunité et de l’irresponsabilité, « car un génocide ne pourra jamais en justifier un autre ». (apic/be)

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