Suisse: Participation de l’Eglise catholique à Open.02 de Bienne-Seeland-Jura
Par Marie-José Portmann, de l’agence APIC
Bienne, 28 novembre 2000 (APIC) L’exposition nationale pourrait devenir la priorité pastorale des Eglises voisines des arteplages. Représentant l’Eglise catholique au sein de la direction opérative d’Open.02 Bienne-Seeland-Jura, Victor Bührer estime que son Eglise ne doit pas rater cette occasion exceptionnelle de rejoindre les gens en faisant preuve de créativité et en sortant des chemins battus.
La veille de l’ouverture officielle d’Expo.02, le 14 mai 2002, un culte œcuménique prendra place à l’église du Christ-Roi à Bienne-Mâche, sous la forme d’une célébration vespérale reprenant le thème «Pourvoir et liberté» de l’arteplage de Bienne. C’est le premier élément définitif arrêté par Open.02 Bienne-Seeland-Jura, l’association qui regroupe, sous la présidence d’Alfred Rentsch, de Pieterlen (BE), les communautés religieuses locales concernées par l’Expo. Open.02 fait aussi le trait d’union avec l’ESE (Eglises de Suisse à l’Expo), avec la direction d’Expo.02, les instances politiques et les responsables de projet.
Les plupart des propositions lancées par les Eglises de Bienne-Seeland-Jura en sont aujourd’hui au stade de l’ébauche. Elles seront mises à l’épreuve des critères de faisabilité par la direction de projet, où l’Eglise catholique est représentée depuis la semaine dernière par Victor Bührer, collaborateur du service social de la paroisse générale catholique romaine de Bienne. Parfaitement bilingue, Victor Bührer sera l’adjoint du directeur de projet, le bernois Hermann Battaglia, des Eglises réformées Berne-Jura, aux côtés de Liliane Lanève-Gujer, de Bienne. Il explique à l’APIC ce qui l’a poussé à s’engager dans cette grande «bastringue» et propose la manière dont l’Eglise catholique doit se profiler dans la collaboration œcuménique et interreligieuse, autour de l’exposition nationale.
APIC: Qu’est-ce qui vous a motivé à entrer à la direction du projet œcuménique Open.02 de Bienne-Seeland-Jura, en marge l’exposition nationale?
Victor Bührer: Comme beaucoup d’autres, au départ, j’étais partagé. Je trouvais l’idée de l’expo fascinante mais je gardais une certaine distance, m’interrogeant sur ce qui allait réellement se passer. Aujourd’hui, je m’engage résolument dans Open.O2, pour aider en particulier les paroisses catholiques de la région de Bienne à adapter leurs activités et à mettre à profit les circonstances exceptionnelles créées par l’exposition nationale. Il faut ajouter que les projets des Eglises comportent des composantes de travail social, de création, de suivi et d’animation qui entrent directement dans mes compétences professionnelles. S’agissant de ce qui en résultera à long terme, nul peut le dire. Les projets seront portés et réalisés par la base. La structure d’Open.02 n’est là que pour les soutenir et les mettre en réseau.
APIC: Comment l’Eglise catholique de Bienne, minoritaire comme à Neuchâtel et à Morat, se situe-t-elle par rapport à Open.02?
Victor Bührer: On ne pouvait pas rester à l’écart d’un événement pareil. Avec la communauté juive et d’autres communautés minoritaires, nous nous demandons à présent comment mettre nos faibles ressources à profit. Nous allons nous greffer sur les projets existants, sans aucun doute, mais les paroisses catholiques que je suis en train de sonder ont toute liberté de mobiliser du monde autour d’autres idées encore. Nous n’aimerions pas reproduire l’expérience de l’exposition universelle de Hanovre. Le pavillon du Christ y a été perçu comme une réalisation protestante alors que la représentation des bénévoles au travail était tout à fait œcuménique. Il faut dire que le Vatican avait canalisé la majeure partie des ressources des diocèses allemands catholiques…
La question des finances n’entre d’ailleurs pas seule en ligne de compte. Il s’agit bien plus de créer une émulation, de donner les moyens et l’envie aux gens de participer. L’Eglise catholique s’est engagée assez tard dans le projet œcuménique du voisinage de l’arteplage de Bienne, essentiellement pour des raisons de personnel. J’essaie à présent de m’orienter dans les axes déjà définis et de faire le lien avec les paroisses catholiques, pour qu’elles interviennent aussi dans la planification générale.
APIC: Open.02 Bienne-Seeland-Jura étudie la faisabilité de toute une liste de propositions. Certaines vous tiennent-elles à cœur?
Victor Bührer: Il existe un projet intitulé «Le lieu autrement» des «Eglises en direct» qui va, à mon avis, dans le sens des échanges que l’expo devrait susciter dans les groupes ecclésiaux. Je suis séduit par l’image d’une vieille ville de Bienne transformée, avec des artistes de tous horizons, des artisans, des marchands de foire ou même des politiciens. Eglises et temples deviendraient tour à tour lieux de silence et de rencontre entre population et visiteurs. Le temple de Nidau, par exemple, prévoit d’offrir des éléments liturgiques tout au long de l’expo. Au temple du Pasquart, on envisage des concerts quotidiens d’orgue aux alentours de la pause de midi et même d’intégrer le 20ème concours suisse d’orgue à la manifestation.
Une autre idée, soutenue par la paroisse réformée de Boujean, m’intrigue: c’est celle d’une «bourse des contacts», pour relier la population résidente aux centaines voire aux milliers de personnes travaillant sur l’arteplage de Bienne. Les Biennois qui le désirent pourraient ainsi porter un badge «Je vous renseigne volontiers». Cette bourse servirait également de base de médiation et d’information pour tout ce qui concerne l’’Expo. Il ne faut pas oublier que pour certains habitants de Bienne, Expo.02 sera avant tout une source prolongée de nuisances et de stress.
APIC: La ville de Bienne pourrait-elle voir une multiplication des problèmes sociaux, en lien avec la longue période d’affluence de l’expo?
Victor Bührer: Une manifestation de cette ampleur, avec cinq mois d’animation continuelle, n’est pas facile à gérer. Sans vouloir peindre le diable sur la muraille, je pense que les employés de l’expo seront souvent stressés, avec des horaires de travail irréguliers et lourds. Les mères de familles seront confrontées à des problèmes d’organisation parfois insolubles. En soirée, les spectacles draineront toute la population de Bienne vers l’artepage, et l’expo offrira une fête ininterrompue. Peut-être certains auront-ils des difficultés à se situer face à cette sollicitation permanente.
APIC: De quoi les Eglises de Bienne doivent-elles tenir compte pour ne pas être prises au dépourvu?
Victor Bührer: Bienne sera la tête de pont de toute la Suisse alémanique. Les communautés ecclésiales doivent se préparer à faire face aux milliers de personnes qui envahiront la ville, jour après jour. Elles doivent imaginer les conséquences que cela aura sur leur fonctionnement au quotidien, sur le rythme et les lieux des célébrations. Baptêmes, mariages ou enterrements, les rites de la vie seront vécus dans une autre perspective.
C’est pour cela que les projets coordonnées par Open.02 s’adressent à la population biennoise bien plus qu’aux visiteurs qui, après une journée à l’arteplage de Bienne, poursuivront leur chemin ou rentreront chez eux. Nous allons d’ailleurs nous concerter le 12 décembre avec les Eglises des autres sites de l’expo, pour examiner les synergies possibles et sans doute des modalités de recrutement. Nous aimerions ainsi prolonger les sept thèmes spirituels de l’arteplage de Morat, en les plaçant dans des caisses de verre sur les voies d’accès à l’artepage de Bienne, ou en invitant les paroisses à montrer ce qu’elles entendent par «Bonne Nouvelle», «foi», «création» ou encore «prière».
APIC: Comment les Eglises vont-elles recruter les forces nécessaires?
Victor Bührer: La première tâche du comité est d’examiner les chances de réalisation des avant-projets et les ressources nécessaires en finances et en personnel. C’est au moment où ces besoins seront connus que nous mettrons une stratégie de recrutement sur pied. Mais on peut déjà dire que les bénévoles constitueront le gros des troupes de réalisation et d’animation. Prenons le projet «Accueillir» d’Open.02 Bienne-Seeland-Jura», qui prévoit que les paroisses du périmètre de l’exposition invitent des groupes de toute la Suisse, confirmands, catéchumènes ou encore chœurs et mouvements paroissiaux. Il sera fait appel à des familles pour loger les visiteurs. Les Eglises pourraient aussi décider de mettre une partie de leurs salariés à disposition, en considérant l’expo comme une priorité pastorale pour l’an 2002. Il ne s’agira pas forcément de mobiliser des forces supplémentaires.
APIC: Pour les Eglises, le souci des communautés locales et de la population résidente passe donc avant l’accueil des visiteurs?
Victor Bührer: Oui et c’est naturel puisque l’on fonctionne géographiquement autour de l’expo et non pas dans l’expo. (A part à Morat, où les Eglises se présentent à l’intérieur des structures de l’arteplage). Soutenir le personnel et les riverains de l’expo est notre première préoccupation. Nous espérons aussi que la dynamique générée par les projets œcuméniques revitalisera nos Eglises de l’intérieur, et que nous découvrirons de nouvelles formes de vie ecclésiale. Sans doute le courage de sortir du cadre habituel et de donner libre cours à notre créativité nous donnera-t-il un élan et un souffle nouveaux.
APIC: En mettant l’accent sur les riverains, espérez-vous toucher un public plus large que celui des pratiquants réguliers?
Victor Bührer: Assurément. Le projet de vivre les lieux et les églises autrement s’adresse aussi à ceux qui n’ont plus de liens avec la communauté religieuse dont ils sont membres. Nous voulons que le public change son regard sur nos Eglises et perçoive les sanctuaires comme des lieux ouverts et d’accueil. L’expo nous offre un excellent prétexte pour entrer en contact avec les Eglises voisines et les communautés religieuses et réaliser des projets communs, signes visibles de notre collaboration. (apic/mjp)
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