Pays-Bas: Vive réaction de l’Eglise catholique face à la libéralisation de l’euthanasie

«Plutôt aider les souffrants que les tuer»

La Haye, 29 novembre 2000 (APIC) Les Pays-Bas sont le premier Etat au monde à autoriser officiellement l’euthanasie: la majorité des députés néerlandais ont voté mardi, malgré l’opposition des partis chrétiens, pour la légalisation de cette intervention médicale traditionnellement contestée. Le Vatican, tout comme la Conférence des évêques néerlandais, ont exprimé leur vive réaction face à cette décision. «Si les êtres humains sont malheureux et souffrent, c’est un appel à les aider, et non à les tuer», a déclaré le porte-parole des évêques néerlandais.

Les médecins néerlandais pourront ainsi recourir à l’euthanasie, «tolérée» dans ce pays depuis 1996, sans être poursuivis en justice, à condition de respecter certaines conditions. Cette nouvelle loi, après adoption par les députés, devra être approuvée par le Sénat avant d’entrer en vigueur. Les médecins, pour pratiquer l’euthanasie, devront notamment s’assurer que le malade est affligé de souffrances «insupportables», qu’il n’a aucun espoir de survie et souhaite réellement mettre fin à ses jours. La définition de la notion de «souffrance insupportable» a été l’un des points les plus controversés du débat.

La loi prévoit que les mineurs pourront opter pour l’euthanasie à partir de 16 ans sans accord parental. Ceux âgés de 12 à 16 ans devront bénéficier de l’accord d’un de leurs parents. Officiellement, depuis 1998, les Pays-Bas ont connu 2’565 cas d’euthanasie, dont 90% concernaient des cancéreux en phase finale.

La «souffrance insupportable» au centre des débats

La définition de la notion de «souffrance insupportable» a été l’un des points les plus controversés du débat sur l’euthanasie. La nouvelle loi stipule qu’un médecin peut dorénavant pratiquer l’euthanasie dans le cas de patients victimes d’une «souffrance insupportable, physique et mentale», donc médicalement diagnostiquée.

Les partis chrétiens, catégoriquement opposés à l’euthanasie, ont fait valoir que la nouvelle loi risquait d’ouvrir la voie à une assistance au suicide au sens large. Ils ont notamment fait référence au verdict d’acquittement lors du procès d’un médecin qui avait assisté en 1998 un ancien sénateur néerlandais, Edward Brongersma, à mettre fin à ses jours. Ce dernier se sentait «triste et seul» et «souffrait terriblement mentalement».

Les avocats du médecin avaient plaidé qu’Edward Brongersma «n’avait aucun futur. Il avait tout perdu, famille et amis, et son angoisse augmentait chaque jour». Le représentant du ministère public avait pour sa part estimé qu’une autre solution aurait dû être trouvée: «il n’y a pas de souffrance insupportable».

Au cours du débat parlementaire sur l’euthanasie, le parti d’opposition chrétien-démocrate CDA a estimé que si ce verdict inquiétant «était maintenu, l’euthanasie – et donc la nouvelle loi – concernerait également le cas de personnes en bonne santé».

Réaction des évêques néerlandais

La Conférence des évêques néerlandais se dit «extrêmement préoccupée» par la nouvelle loi sur l’euthanasie et prône «la dignité absolue de la vie humaine jusqu’à sa mort naturelle». Avec le vote de mardi, on atteint «une nouvelle étape, sur un terrain penché, du mal vers le pire», a affirmé mardi le porte-parole des évêques, Peter von Zoest. Ce dernier souligne que la pression s’accentue sur les malades incurables et les personnes âgées pour qu’ils se considèrent comme des poids pour la société.

Les évêques néerlandais préfèrent développer l’accompagnement vers la mort et les soins palliatifs, en lieu et place de l’euthanasie. «Si les êtres humains sont malheureux et souffrent, c’est un appel à les aider, et non à les tuer», souligne Peter von Zoest.

Vives critiques du Vatican

«C’est une loi qui viole la dignité de la personne humaine». C’est ainsi que le porte-parole du Saint-Siège a réagi, le soir du 28 novembre, face à la décision adoptée par le parlement néerlandais. Pour Joaquin Navarro-Valls, cette loi pose «un grave problème d’éthique professionnelle pour les médecins qui devront l’appliquer». Le porte-parole du Vatican souligne qu’elle s’oppose à la Déclaration de Genève de 1948, signée par l’Association médicale mondiale, et aux principes d’éthique médicale européenne, signés par les médecins de douze pays de la Communauté, lors de la Conférence des ordres professionnels des médecins de 1987.

«Encore une fois nous nous trouvons face à une loi de l’Etat qui va contre la loi naturelle de la conscience de chacun», a encore commenté Joaquin Navarro-Valls. «Pour la Hollande, c’est certainement un triste primat que celui de promulguer une loi qui viole la dignité de la personne humaine».

«Manque de solidarité avec le patient»

Mgr Elio Sgreccia, président du Centre de bioéthique de l’université du Sacré-Cœur à Rome, a dénoncé la loi votée en Hollande sur l’euthanasie comme le signe d’un «manque de solidarité» envers les patients.

Interrogé par le Journal télévisé de la RAI UNO, Mgr Sgreccia a rappelé que des patients qui, dans un «moment de désespoir», ont demandé la mort ont ensuite, une fois cette crise passée, remercié les médecins ou leurs proches de ne pas avoir accédé à leur demande. Il déplore la loi néerlandaise comme un «symptôme de désespoir en Europe» mais aussi d’un «abandon des patients». Il regrette ce manque de «solidarité» et de sensibilité à l’égard des malades. (apic/afp/imed/kna/zn/bb)

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