Suisse: 6 parlementaires fédéraux dans la délégation suisse au «Forum social mondial»

«L’anti-Davos 2001» pour dire non à une «mondialisation totalitaire»

Berne, 30 novembre 2000 (APIC) 2’500 à 3’000 délégués du monde entier sont annoncés au «Forum social mondial» organisé par des mouvements de base du 25 au 30 janvier 2001 à Porto Alegre, au Brésil. Ce véritable sommet «anti-Davos» entend dire non à une «mondialisation totalitaire». Une délégation de 6 parlementaires fédéraux suisses sera du voyage.

Jeudi, le responsable politique brésilien Miguel Soldatelli Rossetto a présenté aux parlementaires suisses à Berne le projet de la première édition du «Forum social mondial» (FSM) qui devrait offrir une alternative crédible à la «dictature de la pensée unique» néo-libérale dont le «Forum économique mondial» de Davos est l’exemple. Le «Forum économique mondial» réunit dans la station grisonne à la même période depuis trois décennies le gratin mondial de la finance, de l’économie et de la politique.

Un autre monde est possible

Au cours d’une conférence de presse au Palais fédéral organisée par «E-CHANGER», un organisme de coopération solidaire avec le Sud basé à Fribourg, M. Soldatelli Rossetto a affirmé qu’un autre monde est possible. Vice-gouverneur de l’Etat de Rio Grande do Sul, il est l’une des chevilles ouvrières du projet, responsable en particulier d’une Rencontre mondiale des parlementaires.

Les six parlementaires fédéraux partant pour le FSM – les démocrates-chrétiens Thérèse Meyer (Fribourg) et François Lachat (Jura), les socialistes Pierre-Yves Maillard (Vaud) et Valérie Garbani (Neuchâtel) et les verts Anne-Catherine Ménétrey (Vaud) et Patrice Mugny (Genève) – visiteront d’abord des projets et des réalisations sociales sur le terrain à Sao Paulo et Porte Alegre, capitale de l’Etat méridional de Rio Grande do Sul. Histoire notamment d’apprendre à connaître l’expérience unique qui se développe depuis une décennie dans cette ville gouvernée depuis douze ans par le Parti des Travailleurs (PT), celle du «budget participatif».

A Porto Alegre: développer une vision démocratique de la gestion publique

Dans un Brésil où le pouvoir est, aujourd’hui encore, exercé de façon distante et autocratique, voire brutale – héritage de l’Etat colonial organisé pour le contrôle des populations et le pillage des ressources -, le «budget participatif» est une expérience démocratique essentielle. «Il s’agit, avec la participation de la base dans les assemblées populaires, de développer une vision démocratique de la gestion publique», précise le politicien brésilien.

Le Forum social va dans le même sens: il s’agit, pour le vice-gouverneur du Rio Grande do Sul, d’un «large espace d’affirmation mondiale pour tout le mouvement de résistance sociale, politique et économique, idéologique et culturel» qui refuse le diktat d’institutions multilatérale échappant au contrôle démocratique des citoyens. Dans le collimateur des organisations à la base du Forum (*): l’OMC, la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International, dont les programmes d’ajustements structurels aux conséquences sociales désastreuses sont transmis au public à la base «de façon technocratique et distante, à la manière de dogmes indiscutables».

Le danger d’une «hégémonie unipolaire»

Derrière cette stratégie, le responsable politique brésilien voit se profiler l’ombre des Etats-Unis, qui exercent une «hégémonie brutale» au Conseil de sécurité de l’ONU et dans les relations avec les autres Etats, qui ne sont pas respectés comme de véritables partenaires. Cette «hégémonie unipolaire» est dangereuse non seulement pour les pays d’Amérique latine ou les pays en développement en général, mais également pour l’Union européenne, a-t-il mis en garde. Le Forum traitera notamment de la question de la production et de la répartition de la richesse mondiale, de la libre circulation des capitaux financiers, de la dette extérieure, des relations entre les nations, de la protection de l’environnement. Un second volet abordera le thème de la démocratie, de la citoyenneté et de la participation populaire. Des figures emblématiques sont attendues à Porto Alegre, comme les Prix Nobel Nelson Mandela (Afrique du Sud), Rigoberta Menchu (Guatemala) ou Ramos Horta (Timor Est).

Président de la délégation parlementaire suisse, François Lachat, un «habitué de Davos devenu un déçu de Davos», a relevé que face à la puissance déployée par le Forum économique mondial, il s’agira de faire le poids avec des propositions concrètes et des pistes d’action, tout en évitant les grandes envolées. Le Jurassien a regretté qu’aucun membre du parti radical ne se soit encore laissé convaincre de faire le voyage au Forum social mondial. (apic/be)

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