Belgique: Déclarations de l’archevêque de Gitega sur les conflits au Burundi

« Il est nécessaire d’aboutir à un cessez-le-feu »

Bruxelles, 1er octobre 2000 (APIC) Mgr Simon Ntamwana, archevêque de Gitega (Burundi), a déclaré, lors d’un récent passage à Bruxelles, que l’Eglise a déjà joué un grand rôle dans le processus de réconciliation au Burundi mais qu’il est nécessaire d’aboutir à un cessez-le-feu. La guerre civile entre l’armée burundaise et les rebelles continue à faire des victimes.

L’accord du 28 août 2000 à Arusha pour la paix au Burundi est le fruit de deux années de négociations. Il a été signé par tous les partis politiques, mais non par les groupes armées, tels que les Forces pour la défense de la démocratie (FDD) ou encore les Forces nationales pour la libération (FNL). Malgré cet accord, les combats continuent entre l’armée burundaise et les rebelles. La guerre civile déchire le Burundi depuis l’assassinat du président Ndadaye, un Hutu, par des officiers tutsis en 1993. Cet assassinat a déclenché le massacre des Tutsis par les Hutus, puis l’entrée en guerre de l’armée. Les conflits ont déjà fait plus de 200’000 morts – essentiellement des civils – ainsi que près de 1,1 million de déplacés à l’intérieur du pays et 500’000 réfugiés à l’étranger.

Mgr Ntamwana, de passage à Bruxelles le 27 septembre, considère l’Accord d’Arusha comme un signe d’espoir: « Il répond aux exigences du dialogue que l’Eglise réclame. L’accord appelle des solutions qui sont à la taille du problèème identifié, bien qu’il se limite à régler des intérêts entre Hutus et Tutsis. Il faudra pousser plus loin les exigences de paix et de réconciliation. » Si l’Accord d’Arusha a le mérite d’exister, Mgr Ntamwana le juge tout de même « critiquable » car « il n’y a pas d’accord sur un cessez-le-feu ».

Selon l’archevêque de Gitega, l’Accord d’Arusha a été signé sous la contrainte, en la présence non désintéressée de plusieurs chefs d’Etat. Cela s’est passé dans un mauvais environnement immédiat: le gouvernement congolais de Laurent Kabila soutient les rebelles burundais et des éléments de l’armée burundaise occupent certaines régions à l’est du Congo.

L’Eglise catholique: « un rôle déterminant »

L’Eglise catholique a eu un rôle déterminant dans la réalisation de l’Accord d’Arusha, a précisé Mgr Ntamwana avant de continuer: « Elle a été la première à lancer des appels au dialogue. C’est aussi la seule institution où Hutus et Tutsis sont restés ensemble ». L’Eglise catholique a en effet encouragé diverses initiatives d’ducation à la paix et à la non-violence.

« La paix est dans l’intérêt de tous. Or, il n’y aura pas de réconciliation sans cessez-le-feu. Et sans réconciliation, il n’y aura pas de progrès dans le développement. Il faudra, en particulier, mobiliser la société civile burundaise pour qu’elle reprenne son autonomie », a déclaré Mgr Ntamwana, qui compte sur la communauté internationale pour créer un climat de réconciliation.

Le premier rôle de la communauté internationale, selon Mgr Ntamwana, est de ne pas commettre à nouveau les erreurs du passé, dont il donne l’explication suivante: « La Belgique nous a aidés à entrer dans la modernité sociale et scientifique mais elle nous a aussi embarqués dans un tout autre jeu de relations sociales. Les structures héritées de l’époque coloniale ont cultivé le sentiment de supériorité chez les Tutsis et le sentiment de persécution chez les Hutus. Ce jeu des pouvoirs n’a rien fait pour unir le pays. Sans être directe, la responsabilité de la communauté internationale est donc grande dans le conflit qui oppose les Burundais ».

La contribution africaine

L’archevêque souligne que certains groupes armés, comme le FDD ou le FNL, n’ont pas signé l’Accord d’Arusha. Ils exigeaient trois préalables: la fermeture des camps de rapatriement forcé, la libération des prisonniers politiques et le retour à la Constitution de 1992. L’archevêque de Gitega a précisé que l’Eglise catholique avait condamné les camps de regroupement. Mais face aux assauts des rebelles burundais, les personnes déplacées trouvent dans ces camps une certaine sécurité. Mgr Gitega pense que le retour à la Constitution de 1992 serait un premier pas vers la démocratie.

Plusieurs projets ont été mis en œuvre par l’Eglise catholique du Burundi pour faire avancer le processus de réconciliation. Parmi les soutiens envisagés par l’œuvre d’entraide catholique internationale « Aide à l’Eglise en Détresse », figurent notamment un projet de rapatriement de 500’000 réfugiés burundais en Tanzanie, le développement d’un centre pour les orphelins, et la formation de catéchistes et de prêtres. (apic/cip/fm)

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