«La totale élimination des chrétiens des Moluques est proche»
Ambon, 1er octobre 2000 (APIC) L’attaque menée mercredi 27 septembre contre le village chrétien de Hative Besar, situé sur la baie qui fait face à la ville d’Ambon, chef-lieu de l’archipel indonésien des Moluques, a fait 31 morts. Un témoin affirme que les assaillants n’étaient pas des guérilleros musulmans, mais des militaires déguisés. Les autorités catholiques craignent que la totale élimination des chrétiens des Moluques soit proche.
Le bilan de 31 morts a été communiqué à l’agence missionnaire Misna par la cellule de crise du diocèse catholique d’Ambon, qui a recueilli le témoignage de Hery Kastanya, un chrétien présent à Hative Besar lorsque le village a été incendié et que 2’000 habitants ont pris la fuite. L’homme est parvenu à s’échapper en se jetant à l’eau et en nageant jusqu’au village voisin. Il a raconté à un journal local qu’il avait pu constater de ses propres yeux que les assaillants n’étaient pas des guérilleros musulmans, mais des militaires qui portaient la tenue blanche des islamistes louant la guerre sainte.
Un autre chrétien, témoin de l’assaut du village de Suli (côte orientale de l’île d’Ambon) a déclaré à un quotidien local que des personnes provenant d’Afghanistan, d’Arabie Saoudite et des Philippines se trouveraient parmi les guérilleros musulmans. Ce jeudi, Suli a de nouveau été attaqué.
Déjà 75% de la communauté chrétienne anéantie
Dans une lettre publiée vendredi 28 septembre, l’évêque auxiliaire d’Ambon, Mgr Jos Tethool, et le Père Ansis Homenara, président de la commission diocésaine «Justice et Paix», disent sentir que «la totale élimination des chrétiens des Moluques est proche «. Ils soulignent que sur la seule île d’Ambon, les guérilleros musulmans qui se battent au nom de la guerre sainte ont anéanti 75% de la communauté chrétienne et que les extrémistes se concentrent dernièrement sur cette zone.
Le nord et le sud de l’île sont reliés par un couloir étroit où se trouve le village chrétien de Passo. «Les guérilleros pourraient bientôt en prendre le contrôle, craignent les religieux, et donner l’assaut à toute la région méridionale, là où se trouvent en ce moment des milliers de réfugiés chrétiens». Le pressentiment de Mgr Tethool et du Père Homenara est vraiment dramatique: «Quand tout cela adviendra, beaucoup de chrétiens seront massacrés ou forcés à se convertir à l’Islam, comme l’ont déjà fait des milliers de personnes sur l’île de Ceram».
Un appel à l’aide internationale
Les chrétiens des Moluques continuent à demander de l’aide à la communauté internationale. Six d’entre eux, cinq hommes et une femme, ont occupé mercredi l’ambassade de Suisse à Djakarta en demandant l’asile politique. Les jeunes manifestants réclament une intervention internationale, sur le modèle de l’opération onusienne à Timor-Est, face à ce qu’ils considèrent comme une véritable «épuration ethnique». Ils déclarent avoir choisi l’ambassade de Suisse parce que la Commission des droits de l’homme de l’ONU a son siège à Genève.
Des milliers de militants islamistes venus d’autres îles indonésiennes veulent chasser les chrétiens de la petite île aux épices d’Amboine, ancienne colonie hollandaise évangélisée au début du 17e siècle. Le conflit sanglant qui oppose chrétiens et musulmans à Amboine aurait déjà fait près de 10’000 morts et plus de 350’000 réfugiés depuis janvier 1999. Plus de la moitié des églises et institutions chrétiennes auraiet été détruites, ainsi que près de 200 mosquées.
Intervention de l’ONU demandée
Les forces armées indonésiennes, incapables de maintenir l’ordre à Amboine, sont accusées de passivité, voire de prendre parti pour les assaillants. En août dernier, la Commission nationale des droits de l’homme, une institution officielle respectée en Indonésie, a lancé un appel à Jakarta en faveur d’une intervention de l’ONU et l’envoi d’une force internationale de maintien de la paix pour faire cesser les massacres aux Moluques.
La Commission, qui dépend directement du président indonésien Wahid, estime qu’une telle intervention est nécessaire parce que le gouvernement n’a pas été capable de faire cesser le bain de sang.
La communauté chrétienne d’Ambon a lancé un appel au Conseil de Sécurité et à la Commission des droits de l’Homme de l’ONU pour solliciter leur intervention afin de régler le conflit qui ensanglante l’archipel depuis désormais vingt mois. En juillet, son évêque, Mgr Petrus Canisius Mandagi, s’était rendu à Genève pour demander l’intervention du Conseil de Sécurité et de la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies. (apic/cip/bb)
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