Chirac dénonce la «provocation irresponsable» de Sharon
Genève, 2 octobre 2000 (APIC) Alors que le président français Jacques Chirac qualifiait de «provocation irresponsable» qui a déclenché «un embrasement prévisible» la visite jeudi sur l’Esplanade des Mosquées du faucon de la droite Ariel Sharon, le Comité exécutif du Conseil oecuménique des Eglises (COE) a lui aussi exprimé lundi sa vive préoccupation à propos de Jérusalem.
Réuni à Genève, le Comité exécutif du COE a par ailleurs approuvé vendredi 29 septembre une résolution relative aux «négociations sur le statut définitif de Jérusalem». Le COE a lancé cette mise en garde: «Comme les événements des derniers jours de septembre 2000 l’ont tragiquement démontré, si les parties ne sont pas en mesure de parvenir à un accord incluant Jérusalem, la violence se déchaînera dans les rues de la ville sainte.»
Bâtir une ville ouverte à tous
Le Comité exécutif a réaffirmé la conviction du Conseil oecuménique des Eglises que la solution de la question de Jérusalem incombe en premier lieu aux parties directement intéressées, mais que les Eglises chrétiennes et les communautés religieuses juive et musulmane ont un rôle capital à jouer dans le contexte des négociations. Le COE a encouragé les parties en cause à avoir le courage de renoncer à leurs revendications empreintes d’exclusivisme pour bâtir une ville ouverte à tous, une ville de partage, où l’accès aux lieux saints soit libre et la liberté de culte assurée aux fidèles de toutes les religions.
Il a déclaré qu’il partage la conviction exprimée dans la déclaration publiée le 26 septembre 2000 par les patriarches et les chefs des communautés chrétiennes de la ville, dans laquelle ils affirment que Jérusalem «devrait être un instrument de paix». Le Comité exécutif a salué cette déclaration, ainsi que les mesures de soutien prises par les responsables d’Eglises des Etats-Unis.
Réactions indignées dans le monde, Sharon dénoncé comme un «cynique provocateur»
Le chef de la droite israélienne Ariel Sharon – qui s’est publiquement lavé les mains de sa responsabilité dans l’explosion de la violence dans les territoires palestiniens occupés comme il l’avait d’ailleurs fait lors des massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth – est désormais dénoncé comme un «cynique provocateur» par plusieurs responsables européens. La vague de violence qui a déferlé suite à sa visite dans «haram al-charif», le «noble sanctuaire» musulman, a déjà provoqué la mort de plus d’une quarantaine de personnes, à Jérusalem, en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, et au nord d’Israël même, où deux jeunes arabes israéliens ont été abattus dimanche à Umm el-Fahim et un autre lundi à Nazareth. Dans un article du quotidien israélien «Ha’aretz», Sharon est accusé d’avoir allumé un conflit religieux et d’avoir perpétré un geste «politiquement calculé».
Le président français Jacques Chirac a déclaré souhaiter «que chacun comprenne qu’on ne lutte pas contre l’émotion d’un peuple avec des blindés et qu’il faut engager un processus où la raison retrouve toute sa place». La présidence française de l’Union Européenne a également parlé de «provocation délibérée». Le monde entier a été choqué par les images tournées par une télévision française montrant Mohamed Jamal al-Dourra, un enfant de 12 ans, apeuré et cherchant la protection de son père, abattu samedi près de Gaza sous l’oeil de la caméra. L’armée israélienne a tenté de nier sa responsabilité dans ce meurtre qui a suscité l’écœurement d’une partie des Israéliens.
Sortant de sa réserve, la secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, habituellement fidèle alliée d’Israël, a tout de même considéré que la visite d’Ariel Sharon dans le troisième lieu saint de l’islam était totalement «contre-productive».
Organisation de la Conférence islamique: une enquête internationale sur les massacres Après l’intervention de plusieurs gouvernements arabes, l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) a demandé lundi à l’ONU d’intervenir pour mettre fin «immédiatement aux agressions israéliennes» contre les Palestiniens et la formation d’une enquête internationale sur le massacre des Palestiniens. L’OCI, qui compte 56 Etats membres, a rendu Israël responsable des sanglants affrontements qui se sont poursuivis tout le lundi. L’organisation islamique basée à Djeddah, en Arabie saoudite, dénonce «la boucherie commise par les forces israéliennes d’occupation «contre les Palestiniens, la qualifiant d’»acte criminel prémédité».
De son côté, le gouvernement israélien a publié lundi un communiqué tenant l’Autorité Palestinienne pour «directement responsable de l’escalade de la violence et des émeutes». Le secrétaire du cabinet israélien Isaac Herzog a déclaré que l’on ne peut mettre la faute sur le leader du Likoud Ariel Sharon et sur sa visite controversée jeudi dernier sur le Mont du Temple, selon la désignation israélienne de l’Esplanade des Mosquées. (apic/jpost/bbc/com/coe/be)
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