Utilisation abusive du matériel de l’œuvre caritative

Suisse: L’Action de Carême veut protéger son nom et son logo

Pour l’agence APIC, Fabienne Mory

Fribourg, 6 octobre 2000 (APIC) Des paroisses suisses utilisent-elles indûment le logo de l’Action de Carême? L’œuvre caritative de l’Eglise catholique, qui accuse actuellement un recul de 3,5% dans sa collecte, s’interroge sur son utilisation par des paroisses qui pourraient, par des actions internes, créer une certaine confusion auprès des donateurs.

Dans une lettre signée par son secrétaire romand, Charles Ridoré, l’Action de Carême (AdC) rappelle que son nom et son logo sont protégés juridiquement. L’envoi destiné aux paroisses catholiques de Suisse romande souligne que « des prêtres et des fidèles romands ont interpellé l’œuvre caritative catholique à partir d’un constat: l’augmentation croissante d’appels et d’opérations de collecte de fonds, non destinés à soutenir le travail de l’AdC, mais néanmoins lancés pendant le temps du carême, dans l’ambiance de la campagne et souvent, avec le matériel fourni par l’œuvre d’entraide ».

Une brève enquête menée auprès de quelques paroisses romandes laisse apparaître que le malaise n’est pas vraiment réel. Elles déclarent soutenir entièrement, pour la plupart en tout cas, l’Action de Carême. Même s’il est vrai que certaines d’entre elles admettent avoir utilisé une partie de l’argent récolté durant le temps de carême pour des œuvres caritatives internes. Et ceci avec le logo de l’Action de Carême. D’où la démarche entreprise par le secrétariat romand de l’AdC.

Une telle pratique enfreint-elle des normes?

Cette situation n’a pas échappé à l’œuvre d’entraide. Pendant le temps de la campagne de carême, peut-on lire dans la lettre envoyée aux paroisses, il s’organise de plus en plus de collectes destinées à des aides directes dans le tiers-monde, sans passer par l’Action de Carême. Et de s’interroger: « une telle pratique enfreint-elle des normes? Sans notre autorisation, constitue-t-elle une violation des règles du ZEWO, l’organisme suisse de surveillance des opérations de collecte pour des œuvres d’entraide? ».

Selon les termes de la convention signée entre les diocèses suisses, l’Action de Carême et la Conférence centrale catholique romaine (RKZ), les évêques renoncent à recommander des quêtes particulières pendant le temps de carême. En contrepartie, 25% de la collecte sert au financement des tâches pastorales de l’Eglise en Suisse alors que le reste est reversé aux projets missionnaires, explique Charles Ridoré, avant de poursuivre: « Ainsi, ce ne sont pas seulement les programmes visant à aider les populations défavorisées du Sud, mais également l’Eglise en Suisse qui est pénalisée lorsque des collectes de carême sont utilisées à d’autres fins ».

Les paroisses soutiennent l’Action de Carême

Olivier Humbert, curé dans le secteur Saint-Nicolas à Fribourg, estime que la lettre de l’Action de Carême n’a pas suscité un écho particulier dans sa paroisse. « Nous avons toujours reversé le produit des actions effectuées durant le temps du carême à l’AdC et nous n’avons jamais privilégié d’autres projets », déclare-t-il, tout en admettant que sa paroisse soutient plusieurs actions depuis environ deux ans, mais en dehors du temps de carême. Ces projets, assure-t-il, sont financés par d’autres sources, telles que des quêtes particulières ou des dons d’organismes.

Xavier Lingg, membre du Conseil de l’Action de Carême, estime tout à fait normal que l’œuvre caritative essaie de protéger son nom. Il relève que la missive envoyée aux paroisses catholiques de Suisse romande est une lettre de « rappel moral et non juridique ». Selon lui, la totalité de l’argent récolté pendant le temps du carême doit être reversé à l’œuvre caritative puisque, à ses yeux, « c’est prévu par les évêques et ce n’est pas le libre-choix de chacun ».

Quant à l’abbé Jean-Marie Oberson, il déclare n’avoir jamais eu de problèmes concernant le matériel de l’Action de Carême utilisé à d’autres fins dans la paroisse de Cressier, près de Neuchâtel. « L’année dernière, nous avons organisé une soirée de carême œcuménique avec la paroisse protestante. Tout ce que l’on a récolté a été reversé à l’œuvre d’entraide », souligne-t-il. L’abbé Martin, curé du secteur Romont, n’agit pas autrement. « Dans nos paroisses, d’autres actions sont organisées mais elles s’effectuent durant le temps de l’Avent afin de ne justement pas entrer en concurrence avec l’Action de Carême ».

Il n’en va cependant pas de même à Villars-sur-Glâne, près de Fribourg. L’abbé Halluin précise que la lettre concernait sa paroisse, notamment. « Nous avons voulu vérifier avec le conseil paroissial si nous étions tombés sous le coup de l’accusation ou si nous étions en règle. Il se trouve qu’il y a eu quelques utilisations abusives chez nous. Nous avons financé des projets missionnaires propres à notre paroisse avec une partie de l’argent récoltée durant le temps du carême », admet-il. Il ajoute toutefois que la situation a d’ores et déjà été clarifiée auprès des personnes concernées et que des mesures ont été prises.

Les réactions à cette lettre sont différentes selon les paroisses. Dans l’une d’entre elles, on estime que les directives de l’AdC viennent souvent trop tôt. « La lettre dont vous parlez est passée à la poubelle », avoue en souriant un curé vaudois. (apic/fm)

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