Israël-Palestine: Dangereuse dérive après la destruction du Tombeau de Joseph à Naplouse
Nazareth/Jérusalem/Paris, 9 octobre 2000 (APIC) Le conflit national israélo-palestinien, relancé par la provocation délibérée du faucon de la droite israélienne Ariel Sharon sur le troisième lieu saint de l’islam à Jérusalem, dérive dangereusement en un conflit ethnico-religieux. Après la destruction samedi du Tombeau de Joseph à Naplouse – symbole honni de l’occupation en plein cœur de l’agglomération palestinienne – une foule juive en colère a procédé aux cris de « mort aux Arabes! » à la destruction d’une mosquée désaffectée dans l’ancienne ville arabe de Tibériade.
Face aux dérives haineuses et racistes et aux agressions et ratonnades qui se multiplient à l’intérieur même d’Israël, notamment à Tibériade et à Nazareth, le Grand rabbin ashkénaze Israël Meïr Lau a lancé un appel à ses compatriotes juifs. Dans son message à l’occasion de la fête juive de Yom Kippour, la fête du Grand Pardon qui doit s’achever lundi soir, il a dénoncé les agressions contre des Arabes israéliens. « Ces actes de lynchage sont inadmissibles aux yeux de la religion juive », a déclaré le Grand rabbin après que les manifestants juifs de Tibériade aient donné la chasse dans les rues à des Arabes israéliens pour les passer à tabac. Ils venaient de détruire l’ancienne mosquée fermée depuis l’exil de la population locale.
Au nom de l’islam, l’ »intifada Al-Aqsa »
Près d’une centaine de Palestiniens – dont déjà une douzaine d’Arabes israéliens – des deux côtés de la « ligne verte » sont déjà morts dans ce qui est désormais appelé l’ »intifada Al-Aqsa », du nom de la plus vénérée des mosquées du Haram Al-Sharif (le noble sanctuaire) que les juifs appellent « Mont du Temple ». L’Autorité palestinienne, qui n’a rien fait pour contenir la foule déchaînée et empêcher la destruction du Tombeau de Joseph, a exprimé ses regrets et donné l’ordre à la mairie de Naplouse de reconstruire ce lieu véénéré par certains juifs religieux, mais qui laisse indifférents nombre d’Israéliens laïcs qui estiment qu’il ne vaut pas la peine de mourir pour des pierres.
Sept soldats israéliens au moins sont déjà morts en défendant cet endroit exposé. Des historiens affirment même que ce lieu n’est pas la tombe de Joseph, mais celle d’un cheikh arabe enterré sur un lieu saint des Samaritains, une dissidence séparée du judaïsme vivant près de leur montagne sacrée, le Mont Garizim.
Selon le gouvernement israélien, l’Autorité palestinienne – le tombeau transformé en bunker fortifié se trouvait en plein cœur de la Zone A sous contrôle palestinien – s’était engagée à protéger le site, mais la centaine de policiers palestiniens présents ne sont pas intervenus. De toute façon, la foule en colère n’a pas non plus écouté le gouverneur de Naplouse, Mahmoud al-Aloul, venu demander de ne pas endommager les lieux que les Israéliens avaient transformés en un véritable camp retranché avant de l’évacuer soudainement durat la nuit. C’est dans ce lieu contesté qu’est censé être enterré un personnage biblique, Joseph, fils de Jacob et de Rachel, qui avait été vendu par ses frères jaloux et conduit en Egypte.
Symbole de l’occupation israélienne
Son tombeau présumé, en plein cœur des territoires arabes, était devenu un lieu de pèlerinage pour les colons juifs religieux et les « haredis », les juifs ultraorthodoxes, et pour la population locale, surtout pour les réfugiés du camp de Balata tout proche, le symbole de la persistance de l’occupation israélienne. Petit édifice à coupole de style musulman, cette tombe avait été investie par les colons juifs qui y avaient adjoint une synagogue et la « yeshiva », l’école religieuse juive « Od Josef Chai », dirigée par le rabbin Yitzchak Ginsburg, de la colonie juive de Jitzhar. Ce dernier est un fervent supporter de la vénération de l’extrémiste Baruch Goldstein, le colon de Kyriat Arba qui avait massacré 29 musulmans en prière dans la mosquée d’Hébron.
Les organisation juives dénoncent les « profanateurs palestiniens »
Restées longtemps silencieuses face aux sanglants événements en Terre sainte et aux provocations d’Ariel Sharon, de nombreuses associations juives, dont le Congrès juif européen et des organisations politiques de droite présentes en France, comme le Betar et le Likoud, se sont vivement indignées de la destruction de ce lieu saint. Un acte de vandalisme qu’ont également déploré tant le secrétaire des Nations Unies Kofi Annan que l’Union européenne. Samedi, le Consistoire de Paris a exigé que le gouvernement français et la présidence française de l’Union européenne condamnent sans ambiguïté l’acte « ignominieux » de la destruction du Tombeau de Joseph. Il réclame une intervention européenne pour l’évacuation immédiate des « profanateurs palestiniens ».
Appel du Grand rabbin Sitruk aux responsables des communautés religieuses
Le Grand rabbin de France Joseph Sitruk, qui a été reçu avec une délégation juive dimanche à l’Elysée par le président français Jacques Chirac, a lancé un appel aux responsables des communautés religieuses en France. Il s’agit d’éviter que le conflit israélo-palestinien ne déborde les frontières et ne suscite des troubles en France. Dans plusieurs villes européennes, dont Paris, des mesures de sécurité spéciales ont d’ailleurs été prises pour protéger les synagogues à l’occasion de Yom Kippour, le jour du Grand Pardon, la plus importante fête religieuse juive. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), dont une délégation conduite par son président Me Henri Hajdenberg a été reçue dimanche à l’Elysée, appelle à une manifestation de solidarité avec Israël mardi soir devant l’ambassade d’Israël à Paris, alors que les milieux arabes et musulmans se mobilisent un peu partout dans le monde. (apic/jr/bbc/jpost/be)
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