B La révolution pacifique du 5 octobre analysée par le Père Harmath
Belgrade, 10 octobre 2000 (APIC) Avec la révolution pacifique du 5 octobre, le peuple serbe a exprimé sa volonté de tourner la page. L’agence romaine Fides a demandé au Père Karoly Harmath, Frère Mineur, d’analyser les perspectives et les problèmes du processus en cours. Le Père Harmath, Hongrois de la Vojvodine, est supérieur du couvent franciscain de Novi Sad. Il a fondé et il dirige « AGAPE », seule maison d’édition catholique en Yougoslavie Il enseigne également la théologie à l’Institut de Théologie et de catéchèse du diocèse de Subotica.
« La révolution non sanglante du 5 octobre à Belgrade par la majorité de la population a été une surprise agréable, commente-t-il. Personne ne croyait que la dernière forteresse du communisme en Europe, soutenue par la nationalisme extrémiste serbe, par l’incitation continue à la guerre contre les peuples voisins de l’ex-Yougoslavie, par la terreur exercée par l’Etat, par la tyrannie de l’oligarchie réunie autour de Milosevic, tomberait. Les jeunes étudiants de la Otpor (la Résistance) ont joué un rôle décisif. N’étant pas un mouvement organisé, il a pu en partie éviter les répressions du régime: seuls quelques-uns de ses membres ont connu la prison et les « passages à tabac » de la part de la police. Après les élections du 24 septembre, nous nous demandions comment se comporteraient l’armée et la police. Il y avait le risque d’une guerre civile très dure. Mais des voix des Partis de l’opposition affirmaient que 80% de l’armée et de la police soutenaient déjà Kostunica ».
« La nouvelle situation doit être considérée seulement comme un début de la fin de l’ère de Milosevic. Après treize années de guerres, l’économie est en ruines, et l’on doit réparer les dégâts que le lavage des cerveaux a faits par l’intermédiaire des moyens d’information placés sous le contrôle du Parti socialiste. Il faut un langage nouveau, une information libre et sans censure ».
« Le nouveau gouvernement doit changer de nombreuses lois, destituer de nombreux fonctionnaires, faire fonctionner la Constitution et les lois. Les problèmes ne manqueront pas avec les structures et les fonctionnaires du régime à peine renversé. Kostunica devra faire preuve de patience et bien peser ses choix dans ce domaine. Il aura pour tâche, en outre, de pratiquer l’ouverture avec les minorités ethniques et religieuses, parce que un tiers de la population en Serbie n’est pas serbe et n’est pas orthodoxe ».
Le changement
« L’Eglise catholique, qui est une minorité (un demi million environ pour dix millions d’habitants), ne s’est pas exprimée publiquement. Il n’y a eu aucun communiqué et aucune prise de position, ni même de lettres circulaires pour aider ou encourager les fidèles. Quelques prêtres, de leur propre initiative, ont expliqué aux fidèles ce qu’il fallait choisir et comment voter. Mais il ne faut pas oublier que, à partir de 1993, chaque jeudi, et dans toutes les églises catholiques, on priait devant le Saint-Sacrement pour la paix dans notre pays. Dans plusieurs villes, les catholiques ont organisé des prières oecuméniques pour la paix, même si, malheureusement, l’Eglise orthodoxe n’y participait pas ».
« L’Eglise orthodoxe serbe, privilégiée en un certain sens sous le régime précédent, a fait entendre plusieurs fois sa voix. Lors des derniers événements, il faut souligner trois moments: l’invitation du Saint Synode, faite à l’ex-président Milosevic, de reconnaître la victoire de Kostunica; la cérémonie du 6 octobre pour la paix dans le pays, sur le parvis de l’église de Saint Sava à Belgrade; la participation de nombreux prêtres orthodoxes aux manifestations de Belgrade ».
« Aujourd’hui, les espérances sont grandes. Le sourire est revenu à Belgrade. Dans ces tout derniers jours, on sentait le changement. De nombreuses espérances seront déçues. Beaucoup craignent, par exemple, que Milosevic, étant resté dans le pays, ne soit une source d’ennuis pour le nouveau gouvernement. Avec le retour de la démocratie, il y a l’espérance que, pour l’Eglise catholique elle aussi, s’ouvriront des possibilités d’avoir des écoles, de faire l’enseignement religieux, et d’obtenir la restitution des biens de l’Eglise. L’Eglise catholique devrait avoir les droits des organismes juridiques, alors que, jusqu’à présent, elle n’était considérée que comme personne physique. L’espoir, c’est que l’Eglise catholique trouve la force, le courage et la volonté d’agir; si elle y est sensible, elle pourra profiter des occasions et répondre aux défis nouveaux ». (apic/fides/pr)
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