Ouganda: Les gens préfèrent mourir d’Ebola plutôt que d’être capturés par les rebelles
Kampala, 19 octobre 2000 (APIC) La lutte contre l’épidémie de fièvre d’Ebola qui a fait 41 morts dans le nord de l’Ouganda s’organise, malgré la menace des rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), très actifs dans la région. La fièvre hémorragique d’Ebola, très contagieuse et mortelle dans 50 à 90 % des cas, a déjà fait 41 victimes, avec quatre nouveaux décès survenus depuis mardi, a indiqué mercredi le lieutenant-colonel Walter Ochora, chef de l’équipe de lutte mise en place dans le district de Gulu.
Le virus d’Ebola fait de nouveau des ravages dans le nord de l’Ouganda, suscitant une véritable panique. Mais les Ougandais craignent plus encore les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur, dont la violence est inouïe, confie un missionnaire à l’agence missionnaire Misna.
«Au début, dit-il, certains ont pensé qu’il s’agissait du typhus, d’autres de gastro-entérites, d’autres encore du manque d’hygiène, mais ici à Lachor, on a tout de suite compris qu’il s’agissait de l’Ebola», a déclaré Elio Croce, un missionnaire combonien italien âgé de 54 ans, responsable technique du St Mary’s Hospital de Lachor, dans le district de Gulu, dans le nord du pays.
Le bilan officiel donné par le gouvernement à Kampala ne faisait état que de 39 morts mercredi après-midi. Selon les responsables à Gulu et à Kampala, treize nouveaux cas ont été découverts mardi, ce qui porte à 94 le nombre de personnes jusqu’à présent atteintes par l’épidémie, qui s’est déclarée à la mi-septembre dans ce district situé à 300 km au nord de Kampala.
Selon un responsable local, Peter Odok, les secours sont compliqués par la présence des rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), en lutte contre le gouvernement de Kampala. Cette semaine, les agents de santé ont dû utiliser des véhicules blindés pour aller de village en village expliquer aux habitants comment prévenir la propagation de la maladie, a-t-il indiqué. Les rebelles ont enlevé dimanche 27 personnes dans une zone où des cas d’Ebola ont été découverts, près de Gulu, a ajouté M. Odok.
Difficultés multipliées
«La sécurité est un facteur important. On va dans une région pour combattre une maladie et on a peur d’être enlevé sur la route», a indiqué un volontaire de la Croix Rouge à Gulu.
Les difficultés d’accès risquent d’être encore plus grandes si le virus atteint l’un des camps de déplacés de la région, où deux cas ont jusqu’à présent été recensés, l’un à Atiek, au nord de Gulu, et l’autre à Amoro, à l’ouest. Depuis 1996, près de 500.000 personnes dans les deux districts vivent dans ces camps, avec des équipements médicaux et sanitaires plus que rudimentaires.
Le virus a également comme allié le mauvais état des infrastructures, détruites par la guerre. La plupart des routes sont mauvaises et les hôpitaux et dispensaires insuffisamment équipés pour faire face aux besoins, même en temps normaux. Pour contenir la maladie, les écoles ont été fermées dès mardi.
Au total, une quinzaine de spécialistes de l’OMS et d’autres organisations internationales, notamment Médecins sans Frontières (MSF) seront à pied d’oeuvre d’ici vendredi, selon l’OMS.
Les habitants du nord, les Acholis, ont dû abandonner certains de leurs rites, concernant notamment les funérailles, au cours desquels traditionnellement tous les participants lavent ensemble le cadavre avant de partager un repas.
Tardif
L’épidémie a éclaté à la mi-septembre et le virus d’Ebola a été confirmé, le week-end dernier, par un laboratoire sud-africain. Une équipe de spécialistes amééricains des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) est attendu sur place pour aider l’Ouganda et étudier comment l’épidémie a démarré.
Le dimanche 8 octobre, le docteur Matthew a alerté les autorités politiques et sanitaires de Gulu. Des délégations du «Virus Institute» d’Entebbe, du ministère de la Santé et deux représentants de l’Organisation Mondiale de la Santé sont ensuite arrivés pour constater les faits.
«En attendant, relève encore Elio Croce, Matthew avait déjà organisé plusieurs réunions extraordinaires avec son personnel médical, isolé deux services de l’hôpital pour recevoir les malades et désinfecté les lieux avec une solution d’eau de Javel aspergée à l’aide de pompes manuelles, celles qu’utilisent les agriculteurs. Nous avons renvoyé chez eux tous les malades de tuberculose et les patients du service de chirurgie. Malheureusement, cette section était remplie de blessés suite à l’incursion des rebelles dans une discothèque de Gulu dans la nuit du 9 au 10 octobre».
A présent,les patients arrivent de toutes parts, surtout des zones entourant Gulu, mais également d’Atiak, d’Amuro et de Kalongo. Apporter des soins et de l’assistance aux personnes contaminées n’est pas facile. «Premièrement, on ne peut plus faire de prises de sang, et le sang nécessaire aux transfusions sera de plus en plus rare, explique le combonien. Deuxièmement, il faut mettre en quarantaine tous ceux qui se sont rétablis mais qui peuvent encore contaminer les gens sains. L’Ouganda est un petit pays et l’on y circule facilement, emmenant le virus avec soi. Il est extrêmement difficile d’empêcher les gens de circuler.
Selon le religieux, l’épidémie a semé la panique parmi la population civile, mais celle-ci craint plus encore les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (Lra,) dont la violence est inouïe. «Malgré la peur, beaucoup de gens viennent dormir à l’hôpital. Ils préfèrent mourir d’Ebola plutôt qu’être kidnappés par les rebelles». (apic/afp/misna/pr)
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