Belgique: Le livre du cardinal Danneels a lancé une rumeur sur la démission du pape
Malines, 23 octobre 2000 (APIC) Pour l’an 2000, l’éditeur flamand Altiora voulait absolument sortir un livre majeur sur le plan religieux. Le cardinal Godfried Danneels, archevêque de Malines-Bruxelles, en a accepté le principe: six jours pour dialoguer séparément avec six spécialistes belges. Six domaines ont ainsi été explorés: l’économie, la politique, la science, la communication, la culture et la religion. Les dialogues ont été réunis en un livre en néerlandais: « En toute franchise », ou « Libre propos ». Cinq jours avant sa parution, un extrait tiré de son contexte par un hebdomadaire flamand a lancé l’hypothèse d’une démission de Jean Paul II.
Les dialogues du cardinal Danneels ne contiennent ni déclaration fracassante, ni prise de position élaborée. L’intérêt est ailleurs: dans le libre dialogue entre partenaires qui s’efforcent de se comprendre et de conjuguer leurs efforts pour mieux cerner la réalité. « Ce ne sont pas d’éminentes personnalités qui sont venues demander l’avis d’un cardinal, mais c’est le cardinal qui est allé à leur rencontre », a relevé Mgr Danneels devant les journalistes. Et le cardinal belge d’ajouter: « Quand je parle, je ne tiens donc pas les propos du magistère, avec des affirmations bien contrôlées. Ma parole se tient plutôt à la marge, parce que nous explorons des domaines où personne n’a de réponse définitive. J’espère qu’on remarquera combien il y a une liberté de parole dans l’Eglise ».
L’hypothèse d’une démission du pape
Il a pourtant suffi d’une petite phrase retirée de son contexte pour donner à l’ouvrage un tout autre impact, cinq jours avant sa parution. En avant-première, l’hebdomadaire flamand « Tertio » avait en effet publié divers extraits de l’ouvrage, mais en faisant apparaître à la une l’hypothèse du cardinal Danneels sur une éventuelle démission de Jean Paul II dès l’année prochaine: « Si le concile Vatican II n’avait pas affirmé que les évêques devraient remettre leur démission à l’âge de 75 ans, il y aurait eu, à un certain moment, dans sept des neuf diocèses de notre pays, un évêque de 80 ans ou davantage. […] Pour les papes, la question va fatalement se poser de la même manière. Et je ne serais même pas étonné que Jean Paul II se retire après l’an 2000. Il a voulu absolument franchir le cap du Jubilé de l’an 2000, mais je le pense capable de démissionner par la suite. A l’avenir, à mon avis, c’est ce qu’il faudra faire. On ne pourra pas faire autrement. »
L’archevêque de Malines-Bruxelles a dû par la suite préciser qu’il n’a rien voulu dire à propos de Jean Paul II lui-même. « Le problème que j’ai posé est celui de la durée d’un mandat en général, dans la société comme dans l’Eglise. A une époque où la vie humaine ne bénéficiait pas d’une telle longévité, on ne s’attendait pas à avoir des dirigeants conserver leur responsabilité jusqu’à 80 ans et au-delà. Aujourd’hui, dans une société complexe, il faut être un surhomme pour porter aussi longtemps une lourde charge. Dans ce contexte, la question, à mon avis, se posera tôt ou tard pour le pape également », a-t-il alors affirmé.
Le pape doit être un père et non un maître
Quoi qu’ait laissé entendre l’effet d’annonce du livre, le recueil d’entretiens n’est nullement centré sur le pape, ni même sur l’Eglise. Quand le cardinal Danneels parle du pape, il ne craint pas de sortir du langage convenu : »Nous avons besoin, non pas tellement de quelqu’un qui exerce un magistère, mais qui soit une sorte de père. Si nous n’avons plus de père pour maintenir les différentes opinions au sein de la famille, nous sommes foutus. Mais si l’on fait de ce père un maître, il n’y a pas de solution non plus au problème. Le rôle du pape est donc d’être un père ».
Le cardinal Danneels s’est entretenu sur l’économie avec le professeur Jef Maton de Gand. Dès les premières pages surgit l’incontournable question éthique. Parce que la pauvreté « est là, parmi nous », souligne le cardinal Danneels, qui ne peut s’accommoder de voir que le quart monde se reproduit, comme s’il y avait « une génération de la pauvreté ».
Avec Jean-Luc Dehaene, ministre d’Etat, c’est de politique que discute avant tout l’archevêque de Malines-Bruxelles, non de l’organisation de tel ou tel parti, mais de l’organisation de la vie en commun. Plusieurs phénomènes sont épinglés, notamment la percée de l’individualisme, qui reflète certes une émancipation du citoyen, mais tourne aussi au repli sur soi, ainsi que la perte d’influence institutionnelle de l’Eglise, qui doit désormais trouver sa place dans le débat public.
Préciser le projet de Dieu
Avec le généticien Jean-Jacques Cassiman, le cardinal Danneels évoque l’évolution de la science, non sans aborder la transformation du regard sur Dieu et les questions neuves et souvent bouleversantes qu’elle pose au croyant. « Plus les sciences positives nous apportent de l’information, plus nous devrons préciser et affiner nos images de Dieu. Non que ce qui est blanc aujourd’hui deviendra noir demain. Mais il nous faudra préciser davantage ce que nous entendons par projet de Dieu, plan de salut, providence », affirme le prélat.
De la science, il est encore question avec le professeur et journaliste Gabriel Ringlet, pour qui l’Eglise ne doit pas suivre la mode à tout prix: « Ce n’est pas parce que l’Eglise va lancer une chaîne de télévision ou va engager des ingénieurs passionnés d’Internet que la communication de la foi va s’améliorer. Le véritable engagement est radicalement autre. Il réside dans la qualité ou, mieux encore, dans la tonalité du témoignage ».
C’est avec Gérard Mortier, directeur artistique du festival de Salzbourg, que le cardinal Danneels a échangé sur la culture d’aujourd’hui. Les deux interlocuteurs insistent particulièrement sur la « gratuité » de la culture. Le cardinal Danneels lui assigne une dimension qui « transcende » des valeurs aussi fondamentales que la liberté, l’égalité et la fraternité ». (Titre original: « Vrijuit. Zes gesprekken met de kardinaal », Averbode, éd. Altiora, 447 pages). (apic/cip/bb)
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