Fribourg: Gilles Emery, professeur de théologie dogmatique, commente «Dominus Iesus»
Pas d’obstacle au dialogue œcuménique
Bernard Bovigny, pour l’agence APIC
Fribourg, 5 septembre 2000 (APIC) Le dominicain Gilles Emery, professeur de théologie dogmatique à l’université de Fribourg, souligne que la Déclaration de la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi «Dominus Iesus» publié mardi à Rome vise essentiellement la relation aux religions non-chrétiennes. Il est en réaction face aux tentations de syncrétisme religieux.
Après une première partie rappelant que le Christ est source de salut pour tous et éclairant la façon dont les chrétiens reçoivent ce salut, le document romain aborde la question du dialogue interreligieux. L’Evangile annonce que Dieu a donné son Fils pour sauver tous les hommes. Or, tous n’ont pas reconnu le Christ comme sauveur. Il s’agit donc de se positionner face aux non-chrétiens.
APIC: La seule religion qui offre à tous les hommes l’accès à la vérité et au bonheur est celle enseignée par l’Eglise catholique, pour qui Dieu s’est révélé de façon complète et définitive en Jésus Christ, affirme le document «Dominus Iesus». Est-ce une actualisation du principe «Hors de l’Eglise, pas de salut»?
G. Emery: Non, on ne peut pas dire cela. Autrefois, l’Eglise catholique affirmait que le salut n’était accordé qu’à ses baptisés. Cette conception était trop étroite. Mais la tentation d’aujourd’hui est de dépasser les traditions religieuses pour affirmer que le salut se situe au-delà du Christ, ce qui n’est pas acceptable. Le document «Dominus Iesus» dit de quelle façon la vie de Jésus de Nazareth, qui est un point particulier dans le temps et dans l’espace, peut constituer une voie de salut pour tous les hommes.
APIC: Comment situez-vous ce document dans la tradition de l’Eglise catholique?
G.Emery: Il n’affirme rien de neuf par rapport à Vatican II. Dans sa première partie, il rappelle que le don de Dieu en Jésus est définitif et complet. Il affirme également qu’on ne peut séparer le Christ et l’Esprit d’une part et l’Eglise d’autre part. Sa deuxième partie reprend le document de Vatican II «Lumen Gentium» pour donner les bases sur lesquelles l’Eglise catholique entreprend le dialogue interreligieux.
APIC: Affirmer que seule l’Eglise catholique donne le salut en plénitude est de nature à freiner le dialogue œcuménique en Suisse …
G.Emery: Je ne le crois pas. Je rappelle que lorsque le document aborde le rapport avec les autres religions, il traite essentiellement du dialogue avec les religions non-chrétiennes. Il rappelle que le Christ constitue une valeur centrale, universelle et définitive comme source de salut pour tous. Sans rejeter ce qui est vrai et sain dans les autres religions.
Ce rôle unique reconnu au Christ ne doit pas constituer un obstacle au dialogue interreligieux, ni aux valeurs reconnues ailleurs. Et ce regard positif vient justement de l’attachement à l’Evangile.
APIC: «Dominus Iesus» aborde essentiellement la question du rapport aux religions non-chrétiennes, mais où situer les autres Eglises chrétiennes et notamment les Eglises protestantes, avec lesquels l’Eglise catholique en Suisse entreprend de nombreux projets œcuméniques? Sont-elles compris parmi celles qui détiennent pleinement les moyens de salut?
G.Emery: Le document rappelle que l’unité ecclésiale n’est pas un assemblage de croyances. Elle réside dans la grâce et la vérité du Christ, dont la plénitude est confiée à l’Eglise catholique, mais dont vivent aussi les autres Eglises et communautés chrétiennes.
Je dirais donc que la communion de grâce se vit pleinement dans l’Eglise catholique (et les communautés qui vivent l’eucharistie, comme les orthodoxes, sont comprises dans cette dééfinition), et elle se vit avec une moindre intensité et une moindre extension dans les autres communautés chrétiennes ecclésiales.
Par ailleurs, il convient de souligner que le document ne vise pas les individus, mais uniquement les institutions religieuses, notamment les livres saints, les croyances, les rites et l’organisation des communautés religieuses.
APIC: Pourquoi la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi publie-t-elle «Dominus Iesus» maintenant?
G.Emery: Le document vise à répondre aux tentations exercées par les valeurs religieuses et les traditions culturelles non-chrétiennes. C’est une question qui est au cœur de l’actualité religieuse actuelle.
On assiste aujourd’hui à de nombreux dérapages. Beaucoup de valeurs non-chrétiennes sont considérées comme des voies de salut. C’est essentiellement contre ce syncrétisme que réagit «Dominus Iesus» lorsqu’il aborde la relation aux autres religions.
APIC: Diriez-vous à un croyant musulman qu’il se trouve dans l’erreur?
G.Emery: Non, bien sûr.Il y a de profondes valeurs religieuses dans l’Islam. Je dirai de ce croyant qu’il se trouve dans une voie de salut personnel. Mais sa religion ne porte pas toutes les valeurs de l’Eglise. Et si j’affirme qu’il y a des valeurs dans l’Islam, c’est que j’y découvre des traits du Christ.
APIC: En deux mots, comment jugez-vous «Dominus Iesus»?
G.Emery: C’est un document théologique profond et difficile, qui nécessite un approfondissement et exige une réflexion. Il a reçu l’approbation expresse de Jean Paul II, ce qui engage son autorité.Il contient des fondements essentiels pour poursuivre le dialogue interreligieux. Je souligne que pour entrer en dialogue, les partenaires doivent être conscients des valeurs qu’ils portent. (apic/bb)
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