Quatre mois de soins après son emprisonnement

Rwanda : Mgr Misago s’apprête à rentrer au pays après avoir rencontré le pape

Rome, 5 septembre 2000 (APIC) « Je retournerai au Rwanda après avoir rencontré le pape », annonce Mgr Augustin Misago, l’évêque de Gikongoro au Rwanda. Arrêté, jugé pour génocide et reconnu innocent, il a été remis en liberté le 15 juin dernier après une année de détention. Il vient de passer quatre mois en Europe pour se faire soigner. Il veut reprendre ses activités épiscopales le 16 septembre.

Mgr Misago a été arrêté le 14 avril 1999, après que le président du Rwanda l’eut accusé d’être l’un des responsables du génocide de 1994. Il est resté en prison pendant un an et a été reconnu innocent au terme d’un long procès. Fatigué et malade, il réside en Europe durant quatre mois et rencontrera le pape le 8 septembre. Dans deux semaines, il retournera dans son diocèse. Dans le premier entretien qu’il accorde à l’étranger depuis sa libération, l’évêque évite de faire des déclarations tonitruantes.

Aggravation de son état de santé

L’évêque rwandais souffrait de problèmes cardiaques sérieux déjà avant son arrestation, et son séjour en prison a aggravé son état de santé. Après qutre mois de soins, il annonce qu’il reprendra son travail à Gikongoro le 16 septembre.

« Il y a des risques à rentrer, avoue-t-il. De nouvelles difficultés m’attendent, mais je les accepte. L’arrestation, l’incarcération pendant une année, la demande de condamnation à mort témoignent d’une volonté de m’éliminer. De nombreux amis, ici en Europe, m’ont conseillé de ne pas retourner au Rwanda… Mais je dois y retourner. Je n’ai pas fui quand j’ai été accusé. Comment pourrais-je rester en exil à présent que j’ai été reconnu innocent? Si je ne retournais pas, certains pourraient rester dans le doute sur mon innocence. »

Certains ont affirmé que la libération de l’évêque était le fruit d’un accord diplomatique entre le Saint-Siège et Kigali. « Il n’en est rien, proteste-t-il. Mais si je ne retournais pas, les gens penseraient que c’est vrai. Et puis surtout, au Rwanda, il y a mes fidèles. Ils m’attendent et ils ont toujours été de mon côté. Dans les Actes des Apôtres, on lit que lorsque Pierre et Jean, Apôtres du Christ Ressuscité, étaient en prison, la communauté des croyants priait. Après leur libération miraculeuse, Pierre et Jean retournèrent auprès d’eux pour continuer à annoncer l’Evangile. Dans mon cas également, cet exemple doit éclairer la vision de tous. »

Peur de mourir en prison

L’évêque revient sur son arrestation et sur sa détention, qui fut « assez humaine ». Il n’a jamais été maltraité. Il a connu des moments d’angoisse et a eu une grave crise cardiaque et respiratoire: « J’avais peur, parce que je ne pouvais pas consulter facilement le médecin. J’ai eu peur de mourir seul en prison. »

Des moments de réconfort ont également ponctué son temps de détention. « La joie la plus grande, dit-il, je l’ai éprouvée quand Jérôme Rugema est venu pour témoigner. C’est un garçon qui a eu le courage de se présenter dans la salle pour dire qu’il était vivant, alors que l’accusation affirmait qu’il avait été tué à cause de moi. Naturellement, quand on a lu la sentence qui m’a déclaré innocent, on m’a enlevé un poids du coeur « 

« Les juges ont fait honneur à la loi »

Mgr Misago souligne que les juges se sont comportés avec dignité. « Ils ont eu du respect pour l’homme qui était devant eux et pour ses droits, ils ont su faire honneur à la loi, souligne l’évêque. Quand l’accusation disait des choses fausses contre moi, ou m’insultait, les juges demandaient toujours les preuves: sans preuves, ils ne permettaient pas que l’on m’accuse. Ils cherchaient la vérité, et, probablement, ils sentaient que j’étais innocent. Je veux profiter de cet entretien pour remercier les juges pour le courage qu’ils ont eu en donnant un jugement serein et objectif, malgré les déclarations du Chef de l’Etat contre moi. »

Comment un évêque a-t-il pu être arrêté sans preuves ? Mgr Misago ne le comprend pas. « Mais mon cas démontre au moins comment fonctionne la justice au Rwanda, commente-t-il. Dans mon pays, les prisons sont remplies de gens accusés sans preuves. S’ils ont agi ainsi avec moi, je me demande ce qu’il peut se passer pour tant de jeunes anonymes complètement inconnus du grand public international ». (apic/cip/fides/bb)

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