Etats-Unis: La religion pourrait jouer un rôle dans la campagne présidentielle
New York, 7 septembre 2000 (APIC) La religion devrait jouer un rôle majeur ces prochains mois alors que le vice-président Al Gore, candidat démocrate, et le gouverneur de l’Etat du Texas, George W. Bush, candidat républicain, sont engagés dans la course à la présidence. La décision du vice-président de choisir le sénateur Joseph Lieberman comme colistier a ajouté un accent religieux à la campagne démocrate. Il est le premier non-chrétien et le premier juif à être engagé dans la campagne présidentielle d’un grand parti politique.
Pour Nancy Tatom Ammerman, professeur au Séminaire œcuménique de Hartford, le choix fait par Al Gore va rendre difficile toute critique des évangéliques, respectueux du judaïsme, à l’égard des démocrates pour des motifs moraux et religieux. C’est la première fois qu’une campagne électorale prend une telle tournure. La combinaison Gore-Lieberman montre « qu’il est faux de dire que nous avons d’un côté un parti laïque, libéral, et de l’autre un parti conservateur chrétien », estime Nancy Tatom Ammerman.
George W. Bush a aussi parlé ouvertement de sa foi chrétienne. Il a affirmé que sa conversation avec l’évangéliste Billy Graham au milieu des années 80 a été un tournant dans sa vie, qui l’a poussé à s’engager sérieusement du point de vue religieux. En tant que gouverneur du Texas, George W. Bush a instauré une « Journée de Jésus » dans son Etat, et demandé aux habitants de faire des bonnes actions dans la tradition du Christ. Au début de cette année, il a déclaré que Jésus est le penseur qui l’a le plus influencé. Dick Cheney, colistier de George W. Bush et ancien secrétaire à la Défense, a, quant à lui, peu parlé de religion durant la campagne.
La religion et la morale joueront-elles vraiment un grand rôle?
Jay Rock, directeur des relations interreligieuses auprès du Conseil national des Eglises des Etats-Unis, estime qu’il n’est pas évident de dire si les valeurs et la religion joueront un rôle prépondérant dans cette campagne qui se terminera le 7 novembre. « Nous sommes le pays le plus religieux dans le monde, et pourtant il y a une nette séparation entre l’Eglise et l’Etat », a-t-il dit. Il est difficile « aux politiciens de faire de la religion un enjeu ».
Toutefois, la question morale devrait toucher la corde sensible des électeurs déçus par le président Bill Clinton, dont la présidence a été menacée par l’affaire Monica Lewinsky. Le choix de Joseph Lieberman, qui a été l’un des premiers à critiquer Bill Clinton durant cette affaire, même s’ils sont tous deux démocrates, montre clairement qu’Al Gore cherche à se distancier de Bill Clinton, disent certains observateurs.
« Joseph Lieberman semble aider Al Gore à mettre l’accent sur la moralité », a déclaré Nancy Tatom Ammerman. Immédiatement après l’annonce de ce choix, Richard Land, de la Convention baptiste du Sud, a souligné que Joseph Lieberman était « un homme qui prenait la religion au sérieux ». Pour Jay Rock, du Conseil national des Eglises, le fait qu’il soit pratiquant va interpeller des personnes de religions différentes.
Le choix du sénateur juif a été perçue comme un grand pas dans l’histoire politique des Etats-Unis. « Mais nous ne pensons pas que la religion devrait être utilisée dans une campagne politique », a affirmé Abraham H. Foxman, directeur de la Ligue anti-diffamation (organisation de lutte contre l’antisémitisme). « Certes, il n’y a rien de mal à proclamer sa foi, mais c’est presque du ’colportage’. » (apic/eni/fm)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse