Démilitariser le Timor-Ouest et désarmer les milices

Lausanne: Appel du mouvement catholique pour la paix Pax Christi réunie en assemblée

Lausanne, 10 septembre 2000 (APIC) Au lendemain de l’assassinat sauvage de trois employés du HCR par des milices pro-indonésiennes, la section suisse du mouvement catholique international pour la paix Pax Christi réclame le désarmement immédiat des unités paramilitaires anti-indépendantistes. Si ces milices, qui sèment impunément la mort dans les camps de réfugiés de Timor-Ouest et s’infiltrent à Timor-Est, soutenues qu’elles sont par l’armée indonésienne, ne sont pas mises rapidement hors d’état de nuire, l’indépendance future de Timor Est risque de se transformer en bain de sang, estime Pax Christi.

Pax Christi Suisse a consacré la partie thématique de son assemblée générale tenue samedi 9 septembre à Lausanne aux massacres de septembre 1999 qui ont finalement provoqué l’intervention de la communauté internationale. Une poignée de militants de Pax Christi ont joué un rôle déterminant dans la prise en compte du drame de Timor-Est par la communauté internationale.

La vingtaine de membres présents a exigé dans une résolution adoptée à l’unanimité que les responsables politiques et militaires des exactions commises depuis l’occupation de l’ancienne colonie portugaise en 1975 soient traduits devant la justice indonésienne dans un délai raisonnable. Faute de collaboration de Jakarta, les responsables des crimes devront être remis à un tribunal pénal international. Le gouvernement suisse est invité à maintenir la pression politique et économique sur les autorités indonésiennes si elles ne collaborent pas dans ce domaine.

Des pressions de l’Indonésie jusqu’au Vatican

L’assemblée générale de Pax Christi avait invité un connaisseur de la région et de ses acteurs, Adrien-Claude Zoller, directeur du Service international des droits de l’homme à Genève et membre du Comité de Pax Christi. Il a rappelé qu’avant l’invasion indonésienne en décembre 1975, l’ancienne colonie portugaise comptait près de 700’000 habitants, très majoritairement catholiques. En 1978, un recensement indonésien montrait que plus d’un tiers de la population timoraise avait disparu dans ce qu’A.-C. Zoller a qualifié de véritable « boucherie « . Dès 1983, Pax Christi est intervenu à la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU pour dénoncer ce « nouveau Vietnam ».

« Les Indonésiens nous ont alors attaqués à tous les niveaux, jusqu’au Vatican, témoigne A.-C. Zoller. Dans « un souci d’apaisement » et pour protéger les populations catholiques en Indonésie, le Saint-Siège a déplacé Mgr Da Costa Lopez, alors évêque de Dili, trop ouvertement favorable à l’indépendance. Rome cherchait à intégrer le diocèse de Dili au sein de la Conférence épiscopale indonésienne, ce qui aurait signifié concrètement une reconnaissance de l’annexion. »

Reconnaissance du droit de Timor-Est à l’autodétermination

Pour sortir le génocide de la population timoraise des placards de la communauté internationale, Pax Christi a contribué à mettre sur pied au niveau international la Consultation chrétienne sur le Timor-Est.

Alliée à d’autres organisations catholiques comme Pax Romana ou les commissions nationales  » Justice et Paix « , la Consultation chrétienne a fait pression avec Pax Christi lors de la visite du pape Jean Paul II à Timor-Est pour éviter la récupération politique indonésienne. Pour des raisons géostratégiques et de stabilité régionale, les Etats-Unis soutenaient à bouts de bras la dictature de Suharto, les nations islamiques faisaient bloc derrière l’Indonésie, pays musulman le plus peuplé de la planète, et un pays voisin comme l’Australie reconnaissait l’annexion dans le but de partager avec l’Indonésie les richesses naturelles de Timor-Est.

Selon A.-C. Zoller, le Saint-Siège, qui dit aujourd’hui avoir toujours reconnu le droit à l’autodétermination du peuple timorais, a tenté jusqu’au dernier moment de convaincre l’évêque de Dili, Mgr Belo de renoncer au Prix Nobel de la Paix, en 1996. Il s’était vu décerner cette haute distinction en compagnie de José Ramos Horta, éphémère ministre timorais des Affaires étrangères lors de la proclamation de l’indépendance en 1975 et symbole de la résistance nationale timoraise. (apic/be)

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